Papineau : "Cette attaque a été lâchement perpétrée par des inconnus qui contestent jusqu'au fondement même de l'État"

Publié le par la Rédaction

Poitiers : Le patron de la police écrit à ses troupes

Le directeur de la sécurité publique vient d’écrire un message interne à ses policiers. Il revient sur les événements des derniers mois. Extraits.

Depuis plusieurs mois, les policiers de la Vienne et plus particulièrement ceux de Poitiers sont chahutés. Les violences lors de la manifestation anticarcérale du 10 octobre dernier et les événements qui ont suivi ont durablement secoué la vie locale. Ils ont aussi contribué à créer un sentiment de malaise, voire une fracture, entre la police et ceux qui ont souhaité manifester dans la rue leur opinion sur cette situation-là.

«Ne pas donner prises à nos détracteurs»

En plus, des tags proférant insultes et menaces de mort contre la police sont venus raviver une tension qui semblait vouloir s’apaiser progressivement. C’est dans ce contexte que, le 26 février dernier, trois jours après cette vague de tags, le patron de la police dans la Vienne, le commissaire divisionnaire Jean-François Papineau, a pris sa plus belle plume. Il a livré à ses troupes le fond de sa pensée sur ces derniers événements. En voici le résumé.

«Cette attaque a été lâchement perpétrée par des inconnus qui contestent jusqu’au fondement même de l’État», écrit-il en préambule de son message de service.

Le patron de la police note qu’elles arrivent «à la suite de critiques mensongères émanant d’un “comité” dépourvu de statut juridique» en faisant référence, sans le nommer, au Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux. Il stigmatise violemment la presse écrite, coupable à ses yeux d’avoir «publiquement relayé» les positions du comité.

Cette situation «n’entamera pas notre détermination», écrit le commissaire qui appelle les policiers de la Vienne à poursuivre leur mission «avec discernement» et «sans faillir au devoir d’exemplarité afin de ne pas donner prise à nos détracteurs». «La présence de la sécurité publique ne saurait être remise en cause dans son principe», assure-t-il. «Notre professionnalisme doit être notre seule réponse à l’infamie : il en va de notre honneur.»

Le courrier, qui souligne la «cohésion sereine» manifestée par les policiers, s’achève sur les marques de soutien prononcées lors de réunions de travail.

Celle du préfet, d’abord, qui a porté plainte après les tags [Sollicité à l’époque par la rédaction, il n’avait pas souhaité réagir publiquement à ces actes, pas plus que le maire de Poitiers qui renvoyait à un précédent communiqué, ni les syndicats de police.] et celles ensuite du procureur de la République, de l’inspecteur d’académie et du directeur central de la sécurité publique.

Des «messages chaleureux» transmis alors que les tensions locales ont suscité des discussions et des interrogations au sein même des effectifs policiers.

Tensions
«Plus vous prétendez comprimer la presse, plus l’explosion sera forte. Il faut donc vous résoudre à vivre avec elle…» Autre temps. Autres mœures. Mais même constat. Cette citation, François-René de Chateaubriand l’a signée au XIXe siècle. Et personne, aujourd’hui, oserait prétendre que ce sombre romantique était animé d’une folle flamme anarchiste. Poitiers, XXIe siècle. Les rapports entre le pouvoir, ici la police (lire ci-contre), et la presse n’ont pas changé : méfiance, amicale connivence, défiance, critiques… Mais il est vrai aussi que depuis les événements du 10 octobre à Poitiers, et la publication de nombreux articles sur le sujet, les relations entre les deux parties se sont sacrément tendues. Les deux quotidiens de la Vienne (52'000 exemplaires et plus de 150'000 lecteurs) ne sont donc plus les bienvenus au commissariat de Poitiers. Mais arrêtons là la polémique. Nos lecteurs, aussi citoyens, avaient surtout le droit de savoir. Allez, pour la touche finale, et pour le plaisir quand même, une dernière citation sarcastique. De Zola celle-là. «La presse (…) deviendra seulement utile le jour où l’on aura pu la dompter et employer sa puissance comme un instrument gouvernemental.»
Le billet de Jean-Yves Le Nezet

Leur presse (Emmanuel Coupaye,
La Nouvelle République), 17 mars 2010.

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