Palestine - Banlieue

Publié le par la Rédaction

Ce soir, comme un peu partout dans le monde et en réaction à l’assaut meurtrier de la flottille humanitaire pour la population de Gaza par larmée israélienne, nous avons participé à une manifestation de soutien à la Palestine. Quimporte le nom de cette ville et dans quel pays elle se trouve, le récit qui va suivre ne verse aucune larme patriotique ou identitaire. Nous navons rien à préserver ni à produire localement pour la suite de cette soirée, à part ce texte plein de rage qui part perdant dans le paysage daujourdhui pour ces raisons. Tant mieux, si le pouvoir pouvait séloigner dici aussi loin que de nos vies.

 

«Si vous continuez, on va arrêter les manifestations !» balance quelquun de lorganisation aux personnes qui avancent devant librement sans demander lautorisation à personne. Nous sommes à quelques mètres de la gare. Plus très loin dune rue commerçante. À une centaine de pas dun quartier populaire. Derrière, dans le cortège, une rumeur se répand. Les «jeunes banlieusard.es» ont des cailloux, ils vont casser des vitrines. Alors que les flics de la Bac commencent à se répandre autour de nous, la rumeur prend le pas sur les corps. Une partie des personnes sarrêtent, laissant tout un groupe en proie facile pour les flics. Manœuvre que nous pouvons laisser dans le doute à linconscient des civilisé.e.s blanc.hes de voir se faire traquer encore et encore les immigré.es. Dans le discours, les choses sont là pour ne pas dire les mots, dissoutes dans un paquet de lessive qui rend propre la contestation, la lutte politique et syndicale traditionnelle et son racisme latent. Les mauvaises intentions sont lancées avec une violence dordre colonial inouïe. Nous sommes considéré.es comme des indigènes sans pensée, sans personnalité. Tout un panel de la grande Gauche nous donne alors sur le trottoir — toujours sur le trottoir ! — des leçons sur la méthode de faire avec lingrédient réactionnaire de la démagogie du pouvoir : la peur. Du genre, «Si vous voulez faire la guerre, allez en Palestine !», ou «Ce nest pas ta manifestation !» Aujourdhui, descendre du trottoir, cest commencer une guerre…

 

La peur de lautre. La peur de descendre du trottoir. La peur de commencer une manifestation alors que des centaines de personnes sont rassemblées pour exprimer la même colère contre cette guerre qui se propage de la Palestine aux banlieues des villes européennes. La peur à chaque coin de rue que lengouement à crier «Palestine vivra ! Palestine vaincra !» nous emmène à continuer notre route, à vider un supermarché de ses produits israéliens, à boycotter cet État terroriste au sens où il tue des civil.es, et à commencer à nous attaquer à notre propre gouvernement qui soutient cette politique de répression et de colonisation jusque dans nos vies.

 

Nous ne devions pas partir en manifestation ce soir. Nous devions rester sur le trottoir en attendant le prochain massacre. Mais beaucoup nont pas eu peur des menaces de la Police, dautres nont pas tourné au plus court, dautres encore nont pas répondu aux mots dordre de se taire mais ont plutôt donné de la voix. Il aura fallu atteindre un point critique, pas loin de la gare, dune rue commerçante et dun quartier populaire avec une pression policière plus forte et une rumeur courante dans les têtes que les cailloux sont dans les poches pour que tout ce monde fonde en arrière, vers le début dune manifestation qui naurait pas dû commencer.

 

Nous aussi nous avons peur mais celle-ci nest pas appareillée à une organisation. Cest celle de voir sous nos yeux toute une frange de la résistance au colonialisme se faire enterrer par les bulldozers, se faire bombarder par des drônes, se faire encercler par des murs, se faire tuer par lArmée et par la Police.

Des canons aux Tasers. De la Palestine aux Banlieues.

Cette peur fait que notre rage nest pas négociable. Ni notre envie de confronter partout cette peur à celle de lÉtat colonial, que bon nombre de personnes dans les organisations de soutien à la Palestine propagent delles-mêmes. Et qui deviennent par à-coups des auxiliaires de la Police et des Médias, allant jusquà ramasser quelques poubelles renversées et à en remettre les ordures sous les couvercles. Rien ne doit dépasser.

 

Après ce soir, nous pensons fortement que notre volonté dagir ne peut pas sarrêter à une prochaine manifestation déjà programmée, mieux encadrée par les forces de lordre et la bonne pensée occidentale. «Si vous continuez, on va arrêter les manifestations !» Leur solidarité sarrête là où commence la nôtre. Quel sens a cette phrase vis-à-vis de notre résistance ? Elle peut avoir que nous pouvons continuer, sans attendre personne pour manifester, pour boycotter, pour saboter tous les rouages du colonialisme.

 

Si dans nos villes, dans nos quartiers, dans nos rues il y a la peur dune Intifada, les cailloux dans les poches !, qui peut se retourner contre la domination blanche, cest peut-être que de la Palestine à la Banlieue il ny a quun pas.

 

Gaza, banlieue du monde.

 

Courriel, 2 juin 2010.

 

 

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Info intéressante (rassemblement de ce lundi soir)
Des développements intéressants lors du rassemblement parisien de ce soir aux abords de l’ambassade d’Israël.
Avait été convenu entre les gentils organisateurs et la police que nous resterions sagement derrière les barrières métalliques disposées autour de nous, à des centaines de mètres de lambassade, comme des bêtes de foire, sous la sono nauséabonde du «collectif Cheikh Yassine».
Ça ne sest pas passé comme prévu.
Dabord, parce que plusieurs milliers de personnes, dont beaucoup de jeunes issus de limmigration, étaient présents.
Ensuite, parce que de 800 à 2000 jeunes ont fait sauter les barrières pour investir la rue, puis marcher en direction de lambassade, malgré les gazages des flics.
Pas des voyous, mais des jeunes et quelques moins jeunes animés par une colère saine. Jai manifesté avec eux, de même que le camarade Pierre, et je me suis retrouvé en première ligne face aux flics. Parmi les slogans, ont ressurgi : «Israël assassin, Sarkozy complice», «Gaza, on noublie pas» ou encore «Police complice».
À leur manière, les jeunes ont mis en évidence le cordon sanitaire des appareils et consorts. Les PG, PCF, et la majorité du NPA comme les autres sont restés sagement derrière. Cétait un débordement spontané.
Courriel, 1er juin.

 


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