Opération Pujadas

Publié le par la Rédaction

Juliette G. témoigne [Le témoignage d’une joggeuse qui passait par là le jour de l’action]

 

Joggeuse inconditionnelle, je passe tous les mercredis en début de soirée devant le 7 esplanade Henri de France. J’y croise le présentateur vedette de France 2 David Pujadas qui me gratifie parfois, au sortir de son JT, d’un petit salut de la tête avant de s’en aller sur son scooter, sauf les quatrièmes mercredi du mois où il est trop pressé pour cela.

 

Ce 30 juin, j’ai assisté à une scène totalement inhabituelle. David Pujadas, au lieu de partir de France Télévision sur son cyclomoteur, a enfourché fièrement un bolide en or massif derrière lequel pendouillait une laisse elle aussi dorée !

 

 

Étonnée, je m’arrêtais questionner quelques vigiles stationnés là. M. Pujadas ne prenait-il pas un risque inconsidéré en faisant un tel étalage de richesse ? Ne risquait-il pas de s’attirer les foudres de la population en s’affichant ainsi du côté des riches et des puissants dont il est censé être indépendant en tant que journaliste ? Était-ce un comportement digne du service public ?

 

Les gardes m’ont tout de suite rassurée en me rappelant que M. Pujadas avait fait ses premières armes sur la chaîne privée TF1 — notamment pour Charles Villeneuve et son magazine Le Droit de Savoir — et qu’il préférait apparaître sous son véritable visage, un puissant infiltré chez les journalistes, et non pas un journaliste infiltré chez les puissants, comme le titre d’une de ses anciennes émissions pourrait le laisser croire. Il a donc agit de la sorte par fierté et non par manque de conscience des réalités sociales ! Je ne peux que saluer son courage.

 

À utiliser sans modération.

 

Le Magazine de l’homme moderne.

 

 

 

 

Embouffonnage de Pujadas : Laxisme ou barbarie ?

 

«Agression», «opération abjecte», «lynchage»… C’est les joues bloblottantes d’indignation que la presse a accueilli la Laisse d’or de David Pujadas, décernée en grande pompe le 30 juin sur le trottoir de France Télévisions. Ce soir-là, devant la caméra de Pierre Carles [La séquence figurera dans son prochain film, Fin de concession, dont la sortie en salles est prévue le 27 octobre prochain.], l’homme tronc du «20 heures» recevait le trophée de «journaliste le plus servile» décerné par le collectif «Mords et fuis», soit un kit de luxe comprenant une laisse chatoyante, une boîte de cirage, une brosse et un plumeau multicolore, comme le racontent nos confrères du Plan B, toujours disponibles pour couvrir les grands événements depuis qu’ils ont mis fin à la parution de leur journal [Lire «Communiqué : David Pujadas reçoit sa laisse d’or».]. Le collectif «En remettre une couche» en profitait pour repeindre en couleur or le scooter du lauréat, ainsi métamorphosé en carrosse royal. Manière d’honorer la participation de Pujadas aux dîners du Siècle, un club ultra sélect où convergent les patrons qui se goinfrent (Pébereau, Pinault, Rothschild…), les politiques qui s’empiffrent (Kouchner, Raffarin, DSK, Dati…) et leurs courtisans à plumes (Elkabbach, Joffrin, Attali, Giesbert…).

 

«Ce que tu donnes à Bertrand, il te le rend en caguant», affirme un vieux dicton provençal. Traduction : donne-leur une Laisse d’or, ils te montreront les dents au lieu de remuer la queue. «David Pujadas victime d’un guet-apens», grondent Europe 1 et Le Journal du dimanche, tandis que les sites «people» dénoncent une agression barbare : «David Pujadas malmené à la sortie du JT» (Voici), «David Pujadas agressé avec une laisse» (7sur7), «Humilié, David Pujadas reçoit une laisse d’or» (Voilà)… Sur le site lepost.fr, le journaliste Bruno Roger-Petit, ex-éponge à France 2 mise à détremper sur Europe 1, évoque un «lynchage médiatique» dont la «violence» lui rappelle les tortures d’Abou Ghraïb et les pogroms antisémites [Mais pas les crimes pédophiles de Marc Dutroux. Lire «Pujadas agressé à la sortie de son bureau : petit lynchage entre amis ?».]. De son côté, la direction de France 2 proteste dans un communiqué contre une opération «lamentable» et «méprisable» qui «porte atteinte non seulement à l’honneur de David Pujadas mais aussi au travail de l’ensemble de la rédaction de France 2».

La cérémonie aurait-elle donné lieu à des dérapages répréhensibles ? À l’écart des polémiques et attaché à la véracité des faits, CQFD a mené sa contre-enquête. Notre conclusion est accablante : loin d’avoir chahuté le petit David, les «Mords et fuis» ont fait preuve à son égard d’une magnanimité quasi capitularde. Europe 1 nous avait mis la puce à l’oreille en précisant que «le journaliste qui enfourchait son scooter a refusé de se soumettre à la volonté des protagonistes qui souhaitaient lui enrouler la laisse autour du cou». Le devoir leur incombait de l’inviter plus fermement à tâter l’or de sa laisse. Mais, pris au dépourvu par l’ingratitude de leur récipiendaire, ils l’ont laissé détaler dans le sas de France Télévisions et appeler au secours les vigiles. Lesquels ont ensuite pourchassé le collectif dans le RER, tirant la sonnette d’alarme pour les retenir et bloquant le trafic de la ligne A pendant une quinzaine de minutes, sans autre résultat toutefois qu’une lourde amende pour France 2. «Et demain ? s’inquiète Bruno Roger-Petit. Et après Pujadas ? À qui le tour ?» Oui, à qui le tour ?
 

 

Olivier Cyran - CQFD no 80, juillet-août 2010.

 


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