On aime le poulet grillé à Mayotte

Publié le par la Rédaction

Mayotte : des manifestations contre la vie chère tournent à l’affrontement

Des manifestations contre la vie chère ont tourné à l’affrontement avec les gendarmes, dont lun a été grièvement blessé, mercredi sur Petite-Terre, île de la collectivité française de Mayotte, dans larchipel des Comores, a-t-on appris de source officielle.

Un gendarme, gravement blessé aux reins, a été un temps «entre la vie et la mort», a déclaré à l
AFP le préfet de cette collectivité dOutre-Mer, Hubert Derache.

Dans la soirée, la ministre française de l
Outre-Mer, Marie-Luce Penchard, a appelé les habitants de Mayotte à ne pas écouter ceux qui cherchent «les chemins de la violence» et a annoncé larrivée de forces de lordre dépêchées de lîle française voisine de La Réunion.


Dans une déclaration à l
AFP, la ministre a dressé un nouveau bilan des incidents qui ont éclaté dans la foulée des manifestations de la journée, faisant état de trois blessés graves parmi les forces de lordre et 12 blessés légers, essentiellement des manifestants.

Des accrochages sporadiques, avec harcèlement des forces de l
ordre par des petits groupes de jeunes gens, se poursuivaient dans la soirée sur cette île de 15 km2, séparée par un bras de mer de 2 km de Grande-Terre (363 km2), principale île mahoraise.

Les barrages dressés par des manifestants sur Petite-Terre ont été dégagés, a précisé le préfet, selon lequel l
aéroport a fonctionné normalement même si nombre de voyageurs ont manqué leur vol pour cause de rues barrées.

Toute la matinée, des incidents s
étaient succédé sur Petite-Terre, avait constaté un journaliste de lAFP. La police a procédé à plusieurs arrestations.

Répondant à l
appel du «collectif des citoyens perdus de Labattoir et de Pamandzi», deux localités de Petite-Terre, les manifestants avaient commencé par occuper des ronds-points stratégiques pour témoigner de leur exaspération face à la hausse continue du coût de la vie.

«Nous, on a des soucis pour nos enfants, ils meurent de faim, la vie est chère à Mayotte, un carton de mabawa (ailes de poulets) coûte 50 euros», avait expliqué en hurlant une mère de famille.

Le collectif dénonçait aussi une «mauvaise gestion» des autorités, et notamment un projet de hausse du tarif des transports.

Les troubles ont éclaté à la veille d
une réunion du Conseil général qui devait décider jeudi une hausse — différée une première fois en raison de manifestations hostiles — du tarif des barges assurant, toutes les demi-heures dans chaque sens, la liaison entre les deux parties de Mayotte.

Mayotte, qui compte près de 200'000 habitants et affiche plus de 90 millions d
euros de déficit, est confrontée à une forte immigration clandestine venue des Comores voisines.

Début 2009, un mouvement de grève contre la vie chère de plus d
un mois avait frappé la Guadeloupe et la Martinique, deux îles françaises des Caraïbes où le taux de chômage avoisine les 22%. Le conflit social, émaillé de violences, avait été marqué par la mort dun syndicaliste, tué par balles.

Leur presse (AFP), 2 décembre 2009.



Explosion sociale à Mayotte

La journée de mercredi a été marquée par des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants, qui protestaient contre l’augmentation des tarifs de la barge. Un gendarme mobile a été très grièvement blessé. Des renforts ont été envoyés de la Réunion.

L’opération qui s’est tenue hier en Petite Terre à Mayotte a, comme cela était prévisible, dégénéré dans des affrontements violents entre forces de l’ordre et manifestants. Prévisible, car la technique employée par les manifestants n’était plus la même que celle du 12 novembre, date de la première grogne populaire contre les augmentations des tarifs de la barge. Ce jour-là, un seul barrage avait été dressé. Les leaders du mouvement pouvaient ainsi contenir la foule et avaient finalement obtenu que les augmentations des tarifs soient suspendues. Mais cette fois, suite à la décision de rétablir des augmentations, il avait été décidé de disposer de multiples barrages, à divers endroits. Une manœuvre qui se révéla dans un sens efficace, puisque la Petite Terre était paralysée dès 3 heures du matin. En revanche, il devenait très difficile, pour ne pas dire impossible, aux représentants du mouvement de contenir les débordements.

Dès le milieu de matinée, des affrontements explosaient donc, principalement à Pamandzi où des vitrines et des pare-brise explosaient sous des jets de pierres. Les gendarmes mobiles répliquaient alors par des tirs de grenades lacrymogène. Très vite, l’ambiance est devenue électrique aux quatre coins de Petite Terre, et les affrontements se sont faits plus sérieux. Plusieurs personnes ont été interpellées — dont un mineur de 15 ans — notamment pour jets de pierres, et devaient passer en comparution immédiate aujourd’hui.

La Préfecture fait état, par ailleurs, de trois gendarmes blessés, dont un très grièvement. Au sujet de ce dernier, le Préfet a indiqué que le pronostic vital était engagé. La direction de la Gendarmerie nationale a toutefois annoncé dans la soirée que son pronostic vital n’était plus engagé. Selon une source bien informée, ce militaire de 27 ans aurait été blessé aux reins par un tir accidentel de grenade venant d’un autre gendarme. Le préfet rapporte par ailleurs que «des passants ont été extraits de leurs véhicules et violentés au seul motif qu’ils étaient d’origine européenne». «Ces jeunes cherchent les gendarmes et ils vont les harceler, car ils savent où ils habitent» analyse un habitant de Pamandzi, faisant allusion au fait que beaucoup de gendarmes habitent Petite Terre. Dans son communiqué, le préfet explique d’ailleurs que «plusieurs fonctionnaires de gendarmerie et de police ont été blessés, notamment des femmes» et que «les rues des communes de Petite Terre sont (…) livrées à des bandes mobiles de délinquants». À 16 heures, le président du conseil général Attoumani Douchina avait réuni l’ensemble des élus de Mayotte pour mettre au point une motion à adresser à l’État, relative à la situation économique de la collectivité. Mais le sujet de Petite Terre est évidemment très vite venu sur le tapis.

Vers une nuit de violences

C’est le sénateur Adrien Giraud qui a mis les pieds dans le plat, en évoquant sa «tristesse, parce que je m’attends d’un moment à l’autre qu’on m’annonce un décès en Petite Terre. La manifestation qui s’y déroule actuellement est dramatique et grave», a-t-il lancé, avant de mettre directement en cause les conseillers généraux, déplorant qu’«aucun élu de Grande Terre ne s’est rendu sur place pour voir ce qui se passait». Il a estimé que les émeutes avaient été provoquées par «une goutte d’eau, l’augmentation des tickets de barge», alors que dans le même temps, la population sait que «les conseillers généraux ne paient pas la barge (ils bénéficient en effet d’une carte de gratuité, ndlr)» et voit ces mêmes élus «prendre tous les jours l’avion pour Paris à 3500 euros le billet». Une attaque cinglante, qui ne pressa néanmoins pas M. Douchina : il a attendu la fin de cette réunion, vers 18 heures 30, pour indiquer qu’il avait décidé de «geler» les augmentations de barge, «dans la recherche (…) d’un climat apaisé». Il a indiqué avoir joint la Ministre de l’Outre-Mer Marie Luce Penchard pour lui demander un effort de l’État sur ce dossier, à travers la continuité territoriale.

Mais cette annonce n’a pas réellement calmé les esprits en Petite Terre. Un représentant des manifestants indiquait ainsi que le mouvement ne serait pas stoppé tant qu’ils n’auraient pas obtenu une preuve tangible de cette décision. Il ne cachait pas son inquiétude quant aux événements qui pourraient se dérouler dans la nuit. «Les jeunes sont très remontés, ils ont formés des groupes un peu partout», indiquait-il. Les affrontements se poursuivaient donc, le préfet ayant fait appel à du renfort — un escadron de gendarmes mobiles qui devait arriver dans la nuit de la Réunion — pour tenter de rétablir l’ordre. Il a également appelé les Petits Terriens à rester chez eux. Tout semblait néanmoins réuni, hier soir, pour une nuit de violences.

Leur presse (Nicolas Bérard, Clicanoo), 3 décembre.



Les manifestations tournent à laffrontement

Mercredi matin, la population de Petite Terre sest réveillée au son des tam-tam des manifestants. Depuis plusieurs jours, la rumeur courait, elle a été confirmée par les hommes et les femmes qui ont posé les barrages sur les lieux de passage stratégique de lensemble de la Petite Terre (Labattoir et Pamandzi compris). La route nationale de Pamandzi était jonchée de micros-barrages faits avec les moyens du bord : branchages, poubelles retournées et objets divers. Depuis la veille, les gendarmes étaient sur le qui-vive, mais il semble que lampleur du mouvement les ait surpris. Du rond-point du Four à chaux, les manifestants se sont repliés vers Pamandzi où le rond-point de RFO a été le théâtre daffrontements entre gendarmes mobiles et manifestants, auxquels sétaient greffés des jeunes. Les mamas, en retrait mais bien présentes, ont regardé les échanges de cailloux, bombes lacrymogènes et flash-balls.

«Il faut nous comprendre, on en a marre que le Conseil général fasse ce qu
il veut sans nous consulter…», indiquait un homme dans la quarantaine. «Les élus ne nous écoutent pas, ils vont voir quici on ne se laisse pas faire !», haranguait un autre manifestant. Dans la foule, dur de trouver un membre du Collectif des citoyens perdus, à linitiative des manifestations. Ce dernier semble lui-même connaître des problèmes en interne, certains protagonistes jugeant que le mouvement est devenu trop politique. Les esprits se sont calmés quelque temps et les manifestants ont convergé vers Labattoir, le quartier de la Vigie, où dautres affrontements ont eu lieu. Dans laprès-midi, le rond-point de RFO à Pamandzi était toujours tenu par les manifestants, les nombreux barrages nayant pas été levés, il devenait particulièrement difficile de circuler en véhicule dans les rues. 200 à 300 jeunes étaient encore postés au Four à chaux. Si une accalmie était notée dans laprès-midi, vers 16 heures des pneus et des poubelles ont été brûlés sur la route nationale de Pamandzi et plusieurs personnes saccordaient à dire que la Petite Terre ne dormirait pas sur ses deux oreilles cette nuit… En début de soirée, le bilan était de trois blessés parmi les gendarmes, un par coup de poing, les deux autres par une bombe lacrymogène renvoyée par un manifestant. Côté manifestants, on a signalé 9 blessés. Trois personnes sont passées en comparution immédiate. Des informateurs nous ont averti de l’arrivée d’un Transall de la Réunion pour amener du renfort.

En fin de journée, le préfet a adressé un communiqué dans lequel il condamne ces violentes manifestations. «Ces exactions, sont regardées avec consternation depuis la Métropole. Elles ternissent l
image de Mayotte qui sest engagée avec tant denthousiasme dans le processus de départementalisation. Le préfet de Mayotte appelle donc la population au calme et à la raison et invite ceux qui se trouvent encore dans les rues à larrêt de violences inutiles et inqualifiables. Seule la négociation pacifique permettra aux Mahorais de faire entendre leurs revendications et leurs inquiétudes», concluait le communiqué. Le préfet avait par ailleurs annoncé mardi, lors des négociations, que désormais les véhicules de police paieraient leur passage sur la barge, une mesure réclamée par lopposition qui devrait faire gagner environ 500'000 € au STM.

Leur presse (Mayotte Hebdo), 3 décembre.

Publié dans Colère ouvrière

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magaflor 05/12/2009 12:02


Bonjour,
J'ai du mal à me contenir. Disons que lorsque l'on est ici nous savons que cet article est tissé de non-dit et de choses inavouables.

Les mahorais comme d'habitude ont dréssé des barrages avec des intentions pacifiques, mais le prefet à ordonner immédiatement l'intervention des forces de l'ordre en envoyant des bombes
lacrymogènes sur les manifestants sans aucune discussion.

Il frappe fort et vite alors que les mahorais sont calmes. Ils ont sentis une agression. Cela ne va pas toujours fonctionner ainsi. Il faut savoir pourquoi le peuple grogne et il va falloir
savoir trouver d'autres moyens que de cogner.

La démocratie est née dans le sang, elle peut revenir dans le sang à cause d'abus non pardonnables.

Il faut savoir que le conseil général à gaspillé le budget 2009 et prévoir une augmentation de tarif de la barge pour combler le déficit de 78 Millions, n'est pas une solution. Les mahorais disent
"ils ont gaspillé notre argent à eux de trouver une solution..." "nous ne sommes pas des vaches à lait !"

Comme d'habitude les articles dresse un portrait qui arrange les décideurs.

Ils est trop facile de faire croire que les débordements sont toujours d'une source confuse aux yeux des lecteurs.
merci.
magaflor.