On accuse la nature, mais c'est l'État qui tient l'arme

Publié le par la Rédaction

 

L’explosion à la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, nous remplit le cœur de rage. Si la nouvelle, parvenue rapidement, a été plus ou moins noyée dans le flot d’informations relatif aux dégats engendrés par le séisme et le raz-de-marée ayant touché ce pays, ce n’est pas tellement un hasard : le pouvoir et les médias qui travaillent pour lui ont tout intérêt à propager l’idée selon laquelle le seul risque (en encore, ils parlent toujours de risques potentiels) du nucléaire demeure dans des événements rarissimes, le plus souvent naturels, comme celui qui vient de se produire.

 

Ainsi, en dehors de menaces exceptionnelles, du type tremblement de terre extrêmement puissant, tsunami ou attaque terroriste, les risques seraient infimes, voir inexistants. Ce gros mensonge, colporté à toute occasion par les nucléocrates (c’est-à-dire les personnes ayant un intérêt économique ou autre à défendre, entretenir et développer cette énergie) est froidement démenti par la simple réalité. Réalité très peu perméable à la propagande et à l’idéologie capitaliste, puisque rappelons-le, il n’y a de nucléaire que dans la mesure où l’économie et ceux qui en profitent en ont besoin. L’ensemble des «incidents» nucléaires, pour reprendre le langage des apprentis sorciers qui en font l’éloge, ne sont pas dus à ces contextes naturels exceptionnels, mais bien à l’existence même du nucléaire, à sa normalité. Il n’est que d’évoquer les catastrophes de Tchernobyl ou de Three Miles Island, il suffit de parler du transport et du stockage des déchets nucléaires pour réduire en cendres cette idée de «risque minimal et rarissime».

 

Dans le cas précis que nous évoquons ici, celui de la centrale de Fukushima, et même devant l’évidence de la gravité de l’explosion et de ses conséquences (une radioactivité équivalente à celle observée en une année entière). Les autorités japonaises ont tenté de minimiser la catastrophe, de persuader les gens que la situation restait globalement sous contrôle, établissant dans un premier temps une zone d’évacuation à dix kilomètres à la ronde, avant de l’élargir à 20 kilomètres puis à 30.

 

Mais dans le même temps, à proximité d’une autre centrale située à 45 km de celle de Fukushima, les mêmes taux de radioactivités étaient observés. Comme lors de chaque «incident» nucléaire, autorités et «experts» s’empressent de distribuer à qui veut les croire leurs bonnes vieilles recettes miracles : confinement et pastilles d’iode, le tout sous contrôle militarisé des zones menacées et des populations tentant d’y survivre.

 

Ici, en France, un des pays les plus nucléarisés de la planète, l’État est en pleine campagne de promotion internationale de cette énergie, toujours disposé à répondre aux attentes des nombreux pays prêt à dépenser des fortunes pour devenir à leur tour des sorciers de l’atome.

 

En parlant de «risques minimes», il y a pour le coup très peu de chances, ou plutôt aucune, pour que les spécialistes de la politique se mettent à prendre des décisions contraires aux intérêts des entreprises (tel EDF et Areva) misant tout sur l’atome et l’argent qui représente son exploitation.

 

Au-delà même du nucléaire, l’État ne fera aucun choix qui puisse représenter un risque pour ses intérêts économiques, et ce quel que soit la tendance politique du pouvoir. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les réactions indignées des représentants de l’«écologie politique», réclamant une sortie sur «une trentaine d’années» du nucléaire, sortie «progressive et au profit d’autres sources d’énergie, moins dangereuses». Comprendre : pas de sortie du nucléaire sans solution de rechange à même de préserver l’économie capitaliste. Nos écolos sont en première ligne du fameux «développement durable», vert, propre et sans secousse, idéologie à la mode visant à désamorcer toute critique sociale radicale et tout bouleversement profond. Ainsi, un vieux soixante-huitard vite converti aux charmes de l’opium politique et du Dieu-argent, s’empresse-t-il de réclamer un référendum pour décider de la poursuite ou de l’arrêt du nucléaire. Une belle couillonade, dont l’objectif est là encore de contrôler et de canaliser le refus possible de l’atome de la part des populations, et surtout de laisser à l’État l’initiative en la matière. Un semblable référendum avait été réalisé en Italie dans les années 80 (montrant le rejet du nucléaire), ce qui n’empêche nullement l’État et les industriels italiens de réinsérer aujourd’hui le nucléaire par la grande porte, main dans la main avec l’État et les industriels français.

 

On voit aujourd’hui des touristes fuir le Japon, de peur d’une contamination nucléaire d’ampleur. Mais ces personnes retournent souvent dans des pays où le nucléaire existe également, annulant de fait l’hypothétique efficacité de toute «zone de confinement». La peste nucléaire ne s’arrête pas aux frontières, cette évidence a été démontrée depuis l’apparition même de celle-ci. De même, l’évidence montre que, civil ou militaire, le nucléaire tue de la même façon, Les cobayes japonais sont aujourd’hui bien placés pour le constater.

 

De même, nous ne pouvons traiter du problème du nucléaire de façon isolé et autonome. D’une part le nucléaire est au cœur du capitalisme moderne, nécessaire à la satisfaction des appétits énormes de ce dernier en matière d’énergie. D’autre part, le nucléaire en tant que tel (et pas telle ou telle catastrophe) est bien utile aux États pour exercer un double chantage sur les populations : c’est soit le nucléaire, soit la bougie, et comme nous sommes les seuls experts en la matière, nous seuls avons le pouvoir de décider des mesures à prendre ou de son remplacement, de décider des mesures à prendre en cas d’«incident». Aussi, ce n’est pas telle ou telle catastrophe, mais l’existence même du nucléaire, sa terreur permanente habilement entretenue par les États, et la société qui en a besoin, qui constituent le fond du problème.

 

Et il n’y a que par des luttes directes, débarrassées de toute tutelle politique, et visant, au delà du nucléaire, la suppression du capitalisme, que nous pourrons entrevoir la possibilité d’une vie débarrassée de toute entrave, de toute domination, de toute exploitation.

 

Des anarchistes
Base de données anarchistes, 17 mars 2011.

 


Publié dans Terre et environnement

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