Nouvelles du combat contre les centres de rétention à Turin, Milan, Rome, Madrid et Paris

Publié le par la Rédaction

Deux bonnes nouvelles en provenance d’Italie

1) Dans la nuit de jeudi à vendredi huit personnes ont réussi à s’évader du centre de rétention de Turin et malgré les recherches elles nont pas été reprises. Souhaitons-leur bonne chance et bon vent !
2) Les camarades qui luttent pour la liberté de circulation et dinstallation et contre les centres de rétention et qui depuis le raid policier du 23 février étaient en prison ont été remis «en liberté» sous contrôle judiciaire hier.
Précision : Lucca est sorti de la prison de Turin vers 22 heures et peu avant il sest fait tabasser par certains gardiens, tabassage dont on pouvait voir les traces quand il est sorti.
Voilà un petit résumé des situations de chacun, les trois qui étaient emprisonnés et ceux qui subissaient des obligations ou interdictions diverses et variées :
— Andrea, Fabio et Marco ont lobligation de pointer tous les jours et Paolo trois fois par semaine.
— Lucca a une interdiction de quitter la ville de Turin.
— Maja et Massimo nont plus aucune restriction.

Sinon, comme on dit toujours que la lutte continue et tout ça, et bah justement dans les centres, en tout cas dans celui de la via Corelli, à Milan, elle continue avec une semaine de grève de la faim et des actions solidaires de l
extérieur : rassemblements, ravitaillement en eau et jus de fruit… À Rome cet après-midi, samedi 13 mars, une manifestation aura lieu sous les murs de Ponte Galleria.

Liberté pour tous avec ou sans-papiers !

zpajol - liste sur les mouvements
de sans-papiers
, 13 mars 2010.


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Enfin de bonnes nouvelles de Turin


Nous venons d’apprendre que les trois anarchistes Andrea, Fabio et Luca ont été libérés aujourd’hui, et placés sous contrôle judiciaire (à l’italienne) en attente d’un procès. Plus d’infos bientôt.

À bas l’État.


La lotta non si arresta !
Les arrêtés de Turin transférés
Nouvelles des personnes arrêtées




Émeute et départs d’incendie au centre de rétention de Madrid

Une émeute a éclaté dans le CIE de Madrid en début de semaine. Les retenus ont mis le feu dans plusieurs chambres. On entendait les cris des détenus depuis la rue : «Feu !», «Racontez ce qui se passe ici !» pendant que les alarmes incendies ne cessaient de sonner et que les retenus tapaient sur les fenêtres.

«On a brûlé des matelas, des papiers et d’autres choses. Je n’en peux plus. Les policiers nous ont frappés, mais moi je vais bien» raconte un interné. Selon plusieurs proches de retenus, ils envisageraient de faire une (autre) grève de la faim pour protester contre «le traitement humiliant, raciste, vexatoire que chaque jour, depuis trois ans, ils reçoivent : insultes, coups, enfermement dans des cellules punitives. Un traitement qui enfreint tous les droits.»

«Je suis raciste et je vais te renvoyer dans ton putain pays, connard !» C’est ce qu’a dit un flic à un retenu angolais avant de lui donner des coups de pied dans la poitrine et de lui mettre une camisole de force, alors qu’il refusait d’embarquer. Il est revenu au centre quasi inconscient. Quelques heures plus tard, il a été hospitalisé (il souffre par ailleurs d’une maladie grave). C’est cette histoire qui est le point de départ de la révolte.

Dans le même temps, on apprend qu’il y a eu pas mal de mouvement de protestation le mois dernier : émeutes collectives, affrontements avec les flics (dont plusieurs ont été blessés)…

Pour info, la Croix Rouge est entrée il y a à peine quelques semaines dans le CIE de Madrid avec une subvention du ministère de l’Intérieur de 200'000€.

LIBERTÉ DE CIRCULATION ET D’INSTALLATION !

Indymedia Nantes, 12 mars.


*


La Croix Rouge prise pour cible à Paris

Le jour de l’audience de Turin contre les compagnons arrêtés le 23 février dernier et accusés d’«association de malfaiteurs» pour la lutte contre les centres de rétention, et à une semaine du rendu du jugement contre les dix accusés de l’incendie du centre de Vincennes, six locaux de la Croix Rouge ont été pris pour cible à Paris, la nuit du 9 au 10 mars.

Situés dans les 3e, 5e, 9e, 11e, 12e et 18e arrondissements, ils ont été couverts d’affiches (voir le texte ci-dessous) et tagués, tandis que leurs serrures étaient sabotées et leur vitrine parfois brisée. Des tags comme «La Croix Rouge expulse», «La Croix Rouge collabore aux expulsions» ont recouvert les alentours de certains de ces locaux.

Solidarité avec les compagnons de Turin
Liberté pour tous, avec ou sans papiers
Sabotons la machine à expulser

La Croix Rouge enferme
En Italie comme en France, l’État tente d’arrêter la lutte qui s’est déroulée dedans comme dehors contre les centres de rétention. À Turin, Rovereto, Mantova, Cuneo le 23 février 2010, la police a perquisitionné des dizaines de domiciles et enfermé six compagnons. Les accusations visent plusieurs années de luttes : rassemblements devant les centres, occupations et attaques (Croix Rouge, sièges de partis de droite comme de gauche, irruption dans un restau de luxe…). La Croix Rouge italienne aide la justice à construire les dossiers contre eux, vu qu’elle est impliquée dans la machine à expulser : elle gère direction les camps de rétention de Turin, Milan et Rome, couvrant les viols et les tabassages des sans-papiers, les bourrant de drogues et témoignant contre eux dans les procès des révoltes à l’intérieur.
Quand on était petit, on nous a appris que la Croix-Rouge faisait partie, comme ses consœurs, de ces institutions au grand cœur. Et que même si elles ne changeaient fondamentalement rien au fonctionnement de ce monde dominé par l’exploitation, la guerre, la misère et l’oppression, elles essayaient au moins d’en soigner les blessures et d’en atténuer les souffrances, comme ils disent dans leur langage profondément religieux. Pourtant le secours neutre n’existe pas. Et dans le cas de la Croix Rouge, ce n’est pas bien compliqué à voir…
Tandis que la faim, les désastres, la guerre et l’oppression font fuir chaque année des millions de gens dans l’espoir de pouvoir reconstruire ailleurs une vie un peu meilleure, ce qui les attend ici en Europe c’est le racisme, les rafles, une exploitation sans limites et, au bout de compte, les centres de rétention et les déportations.
En Italie ou en Espagne, la Croix Rouge Internationale gère directement les centres de rétention d’où l’État déporte les sans-papiers en fin de procédure. Des centres de rétention avec leurs gardiens, leurs cellules d’isolement, leurs passages à tabac, leurs abus et tout simplement la privation de liberté. C’est là que la Croix Rouge montre encore plus clairement ce qu’elle est vraiment : l’aile humanitaire de la domination.
En Belgique, ce sont les infirmiers de la Croix Rouge qui, quand les indésirables se mutinent dans ces centres, soignent les blessures sans faire entendre la moindre critique et les bourrent de tranquillisants.
À Roissy, la Croix Rouge cogère avec la police la zone d’attente pour sans-papiers qui débarquent à l’aéroport, et sert aussi de caution aux méthodes de la police des frontières (menottes, coups, bâillon, drogues) lors des expulsions forcées par avion qui s’ensuivent.
Le 17 août 2006 lors d’une gigantesque rafle, 508 personnes d’Afrique et d’Europe de l’Est sont chassées du domicile qu’elles occupaient à Cachan depuis 2003. Chaque bus préfectoral qui repartait avec les expulsés pour aller les recracher toujours plus loin en banlieue était escorté d’uniformes bleus à l’extérieur et deux membres de la Croix Rouge à l’intérieur.
De septembre 1999 à 2002, ce sous-traitant de tous les États s’est aussi vu confier la gestion du hangar de Sangatte, près de Calais. Là, elle va isoler près de 1800 réfugiés avec la complicité des CRS qui surveillent le camp, pour laisser à l’État le temps de construire un centre de rétention juste à côté, à Coquelles. À partir de novembre 2002, elle va ainsi ficher tous les réfugiés, préparant le démantèlement du camp et la chasse à l’homme qui suivront peu après.
La Croix Rouge entretient aussi des liens étroits avec l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), cet organisme qui cherche à soumettre les flux migratoires aux besoins du capitalisme et du contrôle social. Ce même organisme se sert d’une multitude d’organisations humanitaires et d’ONG pour réaliser son chantage avec ses primes de retour. La Croix Rouge est ainsi souvent présente lorsque les flics rasent les camps de Rroms à coups de pelleteuse pour les faire monter dans les cars, direction «retour à la case départ» (Roumanie, Bulgarie…).
Et tout cela, ça s’appelle choisir son camp.
Mais il n’y a pas que sur les plages espagnoles et italiennes ou dans les ports et aéroports européens que les sans-papiers débarquent : il y a aussi ces millions de réfugiés au Moyen-Orient et en Afrique qui ont été chassés de chez eux par les guerres, la misère ou les désastres écologiques pour ensuite être accueillis dans d’énormes camps de concentration. Ceux-ci sont souvent gérés par la Croix Rouge et pas seulement avec ses médecins, mais aussi avec ses agents de sécurité. Ainsi la Croix Rouge ne fait que renforcer l’ordre actuel composé d’oppresseurs et d’opprimés — et tandis qu’elle soigne ces derniers, elle tente aussi de calmer la révolte qui, elle seule, pourrait réellement changer quelque chose.
Dans ses interventions, elle cherche à intégrer la politique européenne de contrôle des flux migratoires dans les manœuvres militaires des forces de l’ONU. Chacun sait (et pas mal d’employés dissidents de la Croix Rouge l’ont quitté parce qu’ils ne supportaient plus cette neutralité odieuse) qu’il est impossible de rester neutre en temps de guerre. Rester neutre signifie choisir le camp du plus fort — même quand on soigne le plus faible. La conduite des guerres actuelles serait «humanitaire», mais quel être sensé pourrait jamais croire qu’il y a quelque chose d’humanitaire dans les bombardements, les corps déchirés, les blessés, les viols ? En prétendant rester neutre, la Croix Rouge ne fait que renforcer le pouvoir en place. En Irak, en Afghanistan, en Haïti comme ailleurs.
L’histoire en apparence sans fin de l’exploitation et de l’oppression a toujours eu besoin d’un corps de collaborateurs qui se cachent volontiers derrière un «je ne savais pas». La gestion démocratique du capitalisme et de l’oppression a tout intérêt à étendre le plus possible ce que quelqu’un a appelé à l’époque des camps d’extermination nazis «la zone grise de la collaboration». Refuser de collaborer avec un système qui organise la déportation systématique pour préserver les profits économiques et le pouvoir de quelques uns, c’est ouvrir la possibilité d’une critique réelle du monde dans lequel on est forcé de vivre.
Grattons le vernis humanitaire
de ce système mortifère de déportation,
d’incarcération et d’exploitation !
Solidarité avec les inculpés
de la révolte incendiaire de Vincennes !
Liberté pour tous, avec ou sans papiers !
Sabotons la machine à expulser

Indymedia Nantes, 11 mars.

Croix Rouge : la neutralité choisit toujours son camp, 16 septembre 2009
Quand la Croix Rouge part en croisade, 24 mai 2009

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