Nouvelles des front(ière)s de la Méditerranée, du 3 au 11 avril

Publié le par la Rédaction

Premières expulsions groupées de Lampedusa vers la Tunisie et premières manifs des concerné/es

 

Conformément à l'accord passé entre les gouvernements italien et tunisien, la déportation des Tunisiens arrivés après le 5 avril à Lampedusa vient de s'intensifier.

 

Deux vols par jour sont prévus sur la semaine, le premier a décollé aujourd'hui à 13h avec 30 Tunisiens à bord, chacun étant escorté par deux policiers et ayant dû subir une fouille minutieuse avant de quitter le centre de Lampedusa pour être monté à bord d'un bus conduisant à l'aéroport. Le second vol aura lieu vers 20h.

 

Au début il n'a pas été annoncé que les gens extraits du centre seraient expulsés en Tunisie et non pas conduits vers les camps de tentes en Italie. Mais cela s'est su (après le départ du premier bus apparemment) et une manifestation aux cris de «Liberté ! Liberté !» a commencé dans le centre, plusieurs personnes étant grimpées sur les toits. La police anti-émeute est intervenue.

http://www.agi.it/politica/notizie/201104111320-pol-rt10108-immigrati_volo_di_rimpatrio_decollato_da_lampedusa
http://www.tgcom.mediaset.it/cronaca/articoli/1005954/lampedusa-tensione-tra-immigrati.shtml

 

Dans le camp de tentes de Santa Maria Capua Vetere, situé à côté de Naples il y a également eu des protestations et rébellions cette nuit ainsi que des évasions.

http://www.lunaset.it/news.aspx?news=1421
http://www.rainews24.rai.it/it/news.php?newsid=151795

 

Liste Migreurop, 11 avril 2011.

 

 

Quelques nouvelles d'Italie : Lampedusa, Trapani, répression et solidarité à Bologne

 

Lampedusa

 

Les arrivées sur l'île se poursuivent, environ 1000 personnes seraient arrivées de Lybie ou de Tunisie ce week-end.

 

Berlusconi est venu sur l'île hier et a annoncé qu'à partir de lundi il y aurait deux vols d'expulsions collectives par jour vers la Tunisie.

 

Trapani (tendopoli de Kinisia)

 

Six personnes considérées comme en fuite du camp de tentes de Kinisia dont on ne cesse pourtant de répéter que ce n'est pas une prison (surtout maintenant que des permis de séjour devraient être accordés mais on voit que ces camps servent à l'identification et au fichage). Par ailleurs, il semblerait que ce camp de tentes établi à côté de Trapani ait été édifié sur une décharge d'amiante, une zone considérée comme hautement cancérigène (ci-dessous photo d'une banderole mise par les habitant/es contre le camp et dénonçant la toxicité du lieu).

http://www.agi.it/palermo/notizie/201103311734-cro-rt10227-immigrati_mamme_e_bimbi_in_marcia_contro_la_tendopoli_di_trapani

 

 

 

Répression contre celles et ceux qui luttent contre les centres de rétention, les armes, la guerre, le nucléaire en Italie

 

 

La traduction rapide (excusez les fautes) du texte des copines de «Nous nous ne sommes pas complices» (collectif qui s'est monté autour de Joy) pour appeler à participer à la semaine de solidarité avec les personnes arrêtées à Bologne et Ferrara.

 

 

Dans la nuit du 5 au 6 avril, pendant que dans la Méditerranée survenait la énième tragédie de femmes, d'hommes et d'enfants morts noyés à cause des lois raciales de la forteresse Europe, les diligentes forces de l'ordre et de la discipline se présentaient dans différentes villes aux portes d'une soixantaine de compagnones et compagnons avec un mandat de perquisition.

 

Une opération menée médiatiquement qui a conduit en prison quelques compagnons et compagnones à Bologna et Ferrara, administrant aux autres des mesures restrictives sur la base d'accusations qui puent le montage à des kilomètres et qui, en tant que telles tomberont, mais non sans leur avoir fait subir gratuitement quelques semaines si ce n'est quelques mois de prison, comme toujours.

 

Ce que les journaux ne disent pas et ne diront jamais c'est que les compagnons et compagnones perquisitionné/es et arrêté-es dénoncent depuis des années la violence des CIE (camps de concentration pour migrants) et les violences qui y sont perpétrées, que ce soient les violences sexuelles envers les femmes migrantes ou les abus et humiliations envers les hommes.

 

Leur engagement a permis de démasquer les connivences entre les entreprises italiennes comme l'Eni ou Finmeccanica ou d'autres avec les régimes dictatoriaux (comme la Lybie et le Nigeria) et leur responsabilité dans la destruction de l'environnement et l'exploitation des populations colonisées.

 

Il est clair que ce qui gêne le pouvoir ce sont les contenus sur lesquels portent les luttes et les débats : dénoncer les violences de ce système qui ne laisse pas de salut à celles et ceux qui ne le servent pas et ne lui permettent pas de fonctionner, inviter à penser de manière critique et souhaiter une possible rébellion contre la guerre et la violence de l'État dans lequel nous vivons. Voilà les vrais chefs d'inculpation et ce qui fait peur aux vrais violents et mafieux qui détiennent le pouvoir !

 

Nous nous sentons solidaires de celles et ceux avec qui nous luttons, ensemble, de celles et ceux avec qui nous avons dénoncé la violence dans les centres de rétention et les politiques colonisatrices de l'État italien, de son armée et de ses entreprises.

 

Nous voulons rappeler le soutien concret qu'a réellement apporté le milieu anarchiste à la lutte féministe contre les centres de rétention, sans aucun sectarisme et dans le respect des différences.

 

Le moment est venu de mettre de côté la peur de la répression et d'être toutes et tous solidaires des compagnones et compagnons qui ne se sont pas laissés effrayer ou arrêter par ces logiques répressives. La répression avance et nous nous autoréprimons et allons de moins en moins vers la reconnaissance réciproque et la solidarité.

 

Terroristes pour nous sont ceux qui exploitent, emprisonnent, violent, torturent, bombardent.

 

Pour toutes ces raisons nous vous invitons toutes et tous à participer à la semaine d'initiative et de solidarité avec les compagnones et compagnons du centre de documentation Fuoriluogo arrêté/es

* Dimanche 10 avril : 15h, rassemblement sous la prison de Bologne. 19h, rassemblement sous la prison de Ferrara en solidarité avec les arrêté/es et contre toutes les prisons (cages) ;
* Mardì 12 avril : 13h, repas social devant la cantine universitaire contre les lagers de l'État et tous leurs complices ;
* Jeudi 14 avril : 18h, place de l'Unité à Bologne, assemblée publique pour la manifestation du samedi 16 ;

* Samedi 16 avril : 15h, piazza XX Settembre (Bologna) cortège contre la guerre d'occupation en Lybie, en solidarité avec les insurgés du Maghreb, contre la guerre intérieure faite de prohibition et de répression, contre les lagers (camps) de l'État et aux côtés de celles et ceux qui se rebellent dehors comme dedans, contre toutes les cages (prisons) et en solidarité avec les compagnones et compagnons arrêté/es et  toutes les prisonnières et tous les prisonniers.

 

Noinonsiamocomplici
Liste Migreurop, 10 avril.

 

 

Nouvelles en vrac d'Italie et des frontières

 

Alors qu'hier les ministres de l'Intérieur italien et français ont passé un accord prévoyant de patrouiller conjointement le long des côtes tunisiennes pour empêcher les gens de quitter les côtes africaines et que l'Allemagne vient, comme la France, de prendre des mesures pour limiter à l'extrême l'arrivée et l'installation sur son sol de Tunisiens titulaires du permis temporaire de 6 mois délivré par l'Italie, quelques nouvelles de ce qu'il se passe ici et là.

 

 

Lampedusa

 

Avant-hier, suite à l'annonce de l'expulsion de 30 personnes venant d'arriver à Lampedusa, les autres réfugiés présents sur l'île ont vigoureusement protesté.

 

500 personnes pour la plupart originaires d'Afrique sub-saharienne sont arrivées de Lybie hier.

 

Trois conducteurs de bateau qui hier ont contraint 30 personnes à se jeter à la mer avant d'entrer dans le port ont été arrêtés.

 

 

Vintimille-Menton

 

Manifs de solidarité avec les immigrés et contre la fermeture des frontières entre la France et l'Italie organisées aujourd'hui de chaque côté de la frontière : à Menton à 10h et à Vintimille à 16h.

 

Articles en italien sur cette zone de frontière.

 

 

Bologne et ailleurs

 

Une soixantaine de perquisitions mercredi dans toute l'Italie, six personnes emprisonnées (dont une libérée hier) et d'autres placées sous contrôle judiciaire dans ce que les médias et la police désignent comme être les milieux anarchistes, c'est-à-dire contre des gens qui se battent contre les centres de rétention, la guerre et le nucléaire et contre les entreprises qui se font de l'argent grâce à cela.

 

 

Turin

 

Suite au décret du 5 avril accordant un permis de séjour temporaire aux personnes venant d'arriver Tunisie, une centaine de Tunisiens viennent d'être libérés du centre de rétention de Turin. Ils seront identifiés et répertoriés et recevront mercredi le fameux petit papier d'autorisation temporaire de séjour. Il s'agit de personnes qui s'étaient enfuies de Lampedusa ou du camp de Manduria et qui avaient été capturées ensuite.

 

 

Manduria

 

Un article du Figaro sur les difficultés de gestion du camp.

 

Leur presse (Migreurop), 9 avril.

 

 

150 personnes perdues en mer suite à un naufrage au large de Lampedusa + articles sur les accords italo-tunisiens

 

200 personnes en route pour Lampedusa sont tombées à la mer cette nuit. 47 ont été récupérées, les recherches continuent pour retrouver les autres.

 

Suite à l'accord oral qui prévoit de donner un permis de séjour temporaire de 6 mois permettant de circuler dans l'espace Schengen aux personnes déjà arrivées en Italie mais d'organiser l'expulsion de ceux qui arriveront après ce décret, Maroni retourne aujourd'hui en Italie pour finaliser les accords.

 

Liste Migreurop, 6 avril.

 

 

Nouvelles des camps en Italie + déclaration Guéant sur les 2800 Tunisiens interpellés en France en un mois

 

1) Résumé rapide de choses lues ça et là dans les journaux italiens

 

Les  nouveaux camps se remplissent sur le territoire italien, celui de Santa Maria Capua Vetere en Campanie, enferme désormais environ 500 personnes. Plus de 1000 autres y seront conduites aujourd'hui. «Maintenant ils nous emmènent en prison ?» pouvait-on apparemment entendre parmi les transférés hier. Selon le coordinateur de la Croix Rouge qui gère le camp et qui reconnaît que la préfecture n'a pas encore dit quel serait le statut de ceux qui y sont conduits, il s'agit «d'un camp d'avant-garde, le meilleur d'Italie» et hier les transférés ont pu avoir visite médicale, repas et douche chaude. Ceux qui disent qu'il s'agit d'une prison mentiraient… Pourtant quand hier soir trois personnes ont tenté de quitter l'ancienne caserne elles ont été capturées juste à l'extérieur des murs d'enceinte et reconduites dans le camp.

 

À Manduria un mouvement de grève de la faim est dans l'air du temps. Alors que plusieurs personnes n'ont toujours pas réintégré le camp et campent ostensiblement à l'extérieur, la région se militarise chaque jour davantage. Les élus qui veulent visiter le camp s'en font refuser l'entrée. Un imam a également été empêché d'entrer dans un camp.

http://corrieredelmezzogiorno.corriere.it/lecce/notizie/cronaca/2011/5-aprile-2011/tendopoli-santa-maria-capua-veterecarloni-pd-resta-fuori-chiarisca-maroni-190377735305.shtml

 

Parmi les camps déjà en fonction, ceux de  Manduria, Trapani, Caltanisette, Potenza et Santa Maria Capua Vetere. Devraient bientôt ouvrir ceux de Turin, Brescia, Padova, Fermo, Vipiteno et Viterbe.

 

À Lampedusa les arrivées continuent. Des bateaux de réfugiés sont également arrivés en Sardaigne.

http://www.ilmattino.it/articolo.php?id=144379

 

 

2) Déclarations de Guéant

 

2800 clandestins tunisiens interpellés
Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a indiqué aujourd'hui lors de la séance des
questions d'actualité à l'Assemblée nationale, que 2.800 Tunisiens en situation
irrégulière avaient été interpellés en un mois.
Le ministre, qui répondait à Rudy Salles (NC, Alpes-Maritimes), a relevé que «la pression migratoire (tunisienne) sur l'Italie a des conséquences» pour la France où «entre le 23 février et le 28 mars, ce sont 2.800» Tunisiens en situation irrégulière qui ont été interpellés.
«1.700 ont d'ores et déjà fait l'objet d'une reconduite à la frontière, la plupart à la frontière avec l'Italie», a précisé le ministre. Il a souligné que «la France n'est pas prête à accepter cet afflux d'immigration», qu'il a qualifié d'«économique».
Outre des mesures internes, telles que la mise en place «de contrôles dans la bande des 20 kilomètres par rapport aux frontières, dans les aéroports et dans les gares», la réponse se doit aussi d'être «européenne», a estimé M. Guéant. Selon lui, cela nécessite «que les accords de Schengen soient respectés» et que «Frontex (l'agence européenne de surveillance des frontières extérieures à l'UE) organise mieux son dispositif».
Enfin, a ajouté M. Guéant, les pays de la Méditerranée européenne doivent se réunir sur cette question de la pression migratoire et leurs ministres de l'Intérieur se retrouveront mercredi à Luxembourg.
Leur presse (AFP), 5 avril.

 

Liste Migreurop, 5 avril.

 

 

Nouvelles des front(ière)s de la Méditerranée, journée du dimanche 3 avril

 

 

Comme d'habitude, cela ne se prétend pas exhaustif…

 

 

Manduria

 

Journée de dimanche et nuit de dimanche à lundi dans le CAE de Manduria (il semblerait que les camps de rétention provisoires qui viennent d'être érigés se nomment ainsi, CAE, qui signifie centre d'accueil et d'identification) : Dans l'après-midi il y a eu de nouveau plusieurs centaines d'évasions. La plupart des personnes qui ont réussi à sortir du camp ont en fait rejoint les 300 manifestants et manifestantes qui étaient massés à l'extérieur du camp. Ensemble ils ont manifesté aux cris de «Asile Liberté» (en français). Le préfet a essayer de négocier avec les manifestants qui venaient de l'intérieur du camp pour leur faire réintégrer leur prison. 200 d'entre eux n'ont pas cédé à son chantage (vous allez aggraver votre cas, etc…) et vu que le préfet a refusé leurs propositions (entre autres propositions des prisonniers : on rentrera dans le camp si les autres manifestants, les Italien/nes solidaires avec nous peuvent aussi rentrer) ils sont restés dormir rassemblés à l'extérieur du camp pour protester et demander une protection internationale et la liberté de circulation. D'autres sont retournés dans le camp, volontairement ou non.

http://www.dailyblog.it/immigrati-altissima-la-tensione-fuori-tendopoli-di-manduria-ad-aizzare-gli-immigrati-ci-sono-i-giovani-dei-centri-sociali/03/04/2011/
http://www.lagazzettadelmezzogiorno.it/notizia.php?IDCategoria=273&IDNotizia=416781

 

 

Il semblerait que la détermination des gens emprisonnés à Manduria ait, en tout cas pour la journée d'hier, contraint les autorités à user de diplomatie plutôt que de matraques. Aujourd'hui Berlusconi, appuyé par la France, sera en Tunisie pour négocier des accords permettant l'expulsion des milliers de Tunisiens arrivés en Italie. Mais comme le disent les personnes enfermées : «N'essayez pas de nous rapatrier ou nous déclencherons une guerre».

 

Lampedusa

 

À Lampedusa les arrivées continuent (200 cette nuit) et la situation reste tendue. Hier des mineurs regroupés depuis plusieurs semaines dans une salle paroissiale se sont révoltés en voyant que plusieurs de leurs camarades étaient emmenés pour être transférés sur le continent et pas eux et un feu s'est déclenché dans la paroisse.

 

Sur les personnes qui arrivent à Lampedusa, le départ de Tunisie, lire ce reportage.

 

Tranferts, Naples

 

Les transferts vers le continent se poursuivent. Un bateau vient d'arriver à Naples, ne transportant que des hommes. Ils ont été accueillis sur  le port par une banderole de bienvenue faite par des personnes solidaires mais ils seront pris en charge par des volontaires de la Croix rouge qui gèrent les camps de rétention où ils seront  répartis et identifiés par la police qui essaiera de procéder à l'identification de leur nationalité afin de les classifier dans l'un des multiples statuts (demandeur d'asile, clandestin, réfugié…) dont sont affublés celles et ceux qui migrent.

 

Pour finir,  par rapport aux évasions, il faut savoir que pas mal de gens se font tout de même rattraper, que ce soit aux alentours du camp, comme le montrent les photos ci-dessous qui donnent une terrible impression de chasse à l'homme, ou ailleurs en Italie, dans les gares ou les rues de grandes villes du nord.

 

Liste Migreurop, 4 avril.

 


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