Nouvel accès de fièvre antiterroriste

Publié le par la Rédaction


Le cliché antiterroriste est une sorte de lanterne qu’on allume et qu’on éteint. Cette fois, ce sont des Kurdes du PKK qui sont concernés par une nouvelle poussée de fièvre. Il est temps de décrire selon quelle méthode arbitraire un dossier de ce genre se construit.

Des dirigeants du PKK kurde viennent de se faire arrêter. On décidait ce mardi 9 mars au palais de Justice de Bruxelles de la question de savoir s’il fallait les laisser en liberté ou pas en attendant leur procès. Sur huit prévenus six restent en détention. Je ne sais pas dans quelles conditions ils sont détenus. Mais le dossier est totalement vide. Il y a je pense 57 inculpés. Ce sont des dossiers de plusieurs centaines de pages vides.

Est considérée par exemple comme une infraction terroriste le fait pour des femmes d’origine kurde vivant dans plusieurs pays différents d’organiser des colloques sur la situation des femmes au Kurdistan. Comme on le sait, les Turcs y mènent une politique d’épuration ethnique, et de ségrégation raciale (destruction massive de villages, assassinats sélectifs, torture, interdictions diverses, massacres collectifs… Tu dis le mot «Kurdistan» et tu vas en prison.) Au fond, les Kurdes n’ont pas le droit de parler entre eux de leurs problèmes, d’essayer d’aider les leurs. Seuls des journalistes auraient le droit de le faire : c’est-à-dire des gens qui passent par des écoles, qui apprennent à mentir, à dire que le PKK pratique des enlèvements.

Dans ces dossiers, il est en effet question d’enlèvements d’enfants kurdes par le PKK. En fait, le PKK représente un groupe, une association qui, en Belgique, en France pratique la solidarité. Cela N’est plus fort le cas dans notre monde où les associations existantes ont des buts spécifiques et ne font pas plusieurs choses à la fois. Mais il y a quelques décennies, il existait encore des communautés qui prenaient en charge les problèmes de certains de leurs membres. Ainsi, au PKK, certains membres s’occupent occasionnellement des mineurs qui ont des problèmes avec leurs parents. Un membre du PKK m’a parlé du cas d’un garçon qui a été pris en charge par un comité de femmes parce que son père alcoolique ne le nourrissait pas et que sa mère était partie. Le père évidemment a accusé le PKK de lui avoir pris son enfant. Voilà ce que la justice antiterroriste appelle un enlèvement. Tout le monde sait où est ce garçon qui ne souhaite pas retourner chez son père. À ce train-là, tous les organismes qui décident que des parents ne sont pas en mesure de s’occuper de leurs enfants procèdent à des enlèvements. En Belgique, la justice serait la plus grande kidnappeuse d’enfants et de loin, chaque fois qu’elle prive des parents de la garde d’un enfant…

Tous les membres du PKK donnent de l’argent pour soutenir le mouvement qui mène il est vrai une lutte armée en Turquie comme tant d’autres. Mais le rapport parle de racket. Ceux qui récoltent cet argent sont traités de racketteurs… À ce train-là, GreenPeace à qui je donne 2€50 par mois est aussi une entreprise de racket.

Ces dossiers sont des faux. Mais évidemment personne n’imagine que la justice fabrique des dossiers. Nul ne peut comprendre cela. Quel intérêt aurait la Belgique se demandent les gens ?

Le gros problème, c’est que la Turquie est encore un État dirigé par une hiérarchie militaire. Les militaires ont leur propre banque, leur propre budget. Les banques belges ou anciennement belges sont impliquées dans le financement de cette armée, dans le trafic d’armes à destination de la Turquie et de cette armée. D’où ces accusations fantaisistes, outrancières, qui menacent une fois de plus la démocratie, tant en Turquie où elle végète sous la botte des militaires, qu’en Belgique où certains ne voient en elle qu’un moyen technique pour réaliser des opérations financièrement juteuses, ce dont il ne faut pas bien sûr que des gens se doutent. La Belgique, c’est l’hypocrisie par excellence, la cacherie. Il y a tous les jours des choses qui passent au-dessus de la tête des gens.

Bien sûr, les personnes arrêtées sont en danger. Une extradition en Turquie d’un dirigeant kurde signifie torture et mort.

Il faut soutenir les membres de cette organisation qui se bat tout à fait légitimement contre des pratiques récurrentes dans des pays dominés par des forces armées et où la démocratie demeure une réalité plutôt nominale. On ne peut laisser perpétrer une épuration ethnique. Encore moins en être complice.

Le corollaire de ces arrestations, c’est évidemment la nouvelle mise en cause gravissime d’exilés, de personnes d’origine étrangère, un nouveau pogrom, alors que les étrangers rencontrent de plus en plus de problèmes en Belgique.

Paul Willems
Centre de médias alternatifs
de Bruxelles, 10 mars 2010.

Rafles antikurdes en France et en Italie ;
Manifs à Marseille et Montpellier (27 et 28 février 2010)
Répression contre la communauté kurde à Paris (10 février 2007)


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Newroz 11/03/2010 10:03


Merci pour cet analyse..