Occupation de la Maison des Étudiants à Toulouse-le-Mirail

Publié le par la Rédaction


«Après que les syndicalistes étudiants ont dénoncé les “attaques du gouvernement contre les facs”, comme la réforme du financement des universités, et l’augmentation de la précarité, la tension est montée entre un groupe “d’autonomes” surexcités et un étudiant de la fac de droit, responsable de l’UMP-Facs. Ce dernier, qui a défendu sous les huées les réformes gouvernementales, a bien failli être sérieusement chahuté avant qu’un militant de Sud-Étudiant ne s’interpose. “Des individus sont venus m’intimider pour me dire que je repartirai en sang”, assure dans un communiqué le jeune référent du parti majoritaire.»
Leur presse (La Dépêche), 18 novembre 2009.

Notes sur les incidents en assemblée générale et sur l’occupation illégale de la Maison des Initiatives Étudiantes


En cette nouvelle rentrée universitaire, lancienne Maison des Étudiants (M.D.E.) du Mirail a été investie et occupée.
Ceux qui voulaient y inaugurer leur beau projet de Maison des Initiatives Étudiantes en ont été chassés.
Autre chose a commencé.
Depuis, devant la menace dune expulsion par la police, nous sommes partis.
De là où nous sommes, quelques réflexions à propos de ces dernières semaines.

1
Loccupation de la M.D.E. a été loccasion pour nous de suspendre le cours normal des choses.

Parce qu
une rentrée fait partie de ces moments qui viennent nous rappeler à quel point cette normalité salimente de notre étrangeté ; aux lieux que nous traversons sous l’œil de caméras de vidéosurveillance ; aux autres que nous croisons sans jamais leur adresser la parole ; à nous-mêmes.

Une Maison des Initiatives Étudiantes ne sera jamais qu’un dispositif de plus dirigé contre ceux qui veulent garder l’initiative.

Autrement dit, en finir avec cette étrangeté.

2
Habiter un lieu, c’est s’organiser collectivement pour le ravitaillement ; c’est aussi bien penser ensemble ce que nous faisons là.

Prendre un lieu sans l’habiter condamne à plus ou moins brève échéance à le gérer. Habiter un lieu veut dire : nous lier à lui par certains usages, les libérer. Ce qui semblait destiné à être une série de bureaux se transforme en autant de dortoirs, une salle d’accueil devient une cuisine et le jardin accueille nos soirées de discussions autour d’un feu de palettes récupérées dans les poubelles de la fac.

Durant quelques semaines, les nuits furent peuplées par d
autres présences que celles des patrouilles de vigiles.

3
Si nous sommes attachés à certaines pratiques, comme loccupation, et que nous finissons toujours par y revenir, cest que nous y éprouvons de la joie.

Persévérer dans cette joie signifie la prendre au sérieux.

Trouver les lieux, les instants. Pour ne plus rentrer chez soi.

Faire de notre sensibilité une question commune, offensive.

Ne pas la reléguer dans l
indicible pour mieux éviter de lassumer : notre dégoût ou notre tristesse face à ce monde sont éminemment politiques.

4
À loccupation, des complicités sont nées. Ces complicités sont à la fois désir commun de saboter les dispositifs universitaires et amorce dune désertion plus vaste.

L’écriture d’un texte, une fête, la préparation d’un repas ou d’une action font partie de ces moments où ce qui compte est notre manière d
être ensemble. Le point où disparaît la distinction entre la lutte et nos vies.

C
est peut-être ce que nous entendions par lexpression «existence politique».

5
Sur le chemin dun partage toujours plus grand de cette disposition à rencontrer nos amis, nous trouvons ce dispositif de neutralisation des gestes quest lassemblée-générale (A-G).

Qu
est-ce quune assemblée-générale ?

L
instance décisionnelle dont se dotent les militants en vue dune mobilisation. Le plus grand lieu de rassemblement à la fac. Où lon ne se réunit que sur la base dun isolement commun.

Le lieu où vient agoniser le désir que quelque chose se passe, que soit brisée, enfin, la monotonie du quotidien.

C
est le lieu de la déception par excellence.

Une A-G, c
est le même ordre du jour, invariablement. La même fuite en avant dans la dénonciation de nouvelles réformes. Les mêmes gestionnaires de la lutte qui essaient laborieusement de nous passionner pour des statistiques.

L
obligation, par souci de démocratie, de subir les antibloqueurs et de donner la parole à lUMP-fac.

L
éternelle comédie autour de la légitimité, qui namuse plus personne.

6
Nous ne partons pas dun mouvement étudiant. Nous nous sommes retrouvés en dehors de lui et contre ce qu’il empêche.

Pourtant, nous avons pris part aux assemblées-générales. D
’abord en criant, en faisant du scandale.

Parce que nous ne pouvions plus laisser cette obscénité qu’est l’A-G se dérouler paisiblement.

Finalement, la dernière A-G ne s’est pas tenue.

Nous avions préparé un texte, qui disait notamment ceci :
«En foutant le bordel dans les A-G, nous ne faisons que révéler ce que les apparences ont de plus en plus de mal à cacher.
Les A-G du Mirail n’enchantent personne, font chier tout le monde.
Si on continue à y venir, c’est qu’on trouve plus de joie à les saboter qu’à les subir.»

Une fois le texte lu, les militants assis à la tribune tentèrent de commencer l’A-G comme si rien ne s’était passé.

Il aura fallu un micro mis hors d’usage, et la bousculade qui s’en est suivie, pour que le conflit ne puisse plus être ignoré : des petits groupes se formèrent et commencèrent à discuter de la situation.

7
La perception de notre agitation par les gestionnaires de la lutte est la suivante: «Ils ne font pas de politique, la preuve : ils attaquent l’A-G.»

Nous disons le contraire : si nous sabotons les A-G, c’est parce qu’elles n’ont plus rien de politique et que nous refusons de les abandonner à leur pauvreté.

De la même manière, on nous définit comme un groupe isolé et sectaire.

Pourtant, nous sommes toujours plus nombreux à faire le constat que la politique classique n’est qu’une forme morte.

Nous pensons que la perpétuation de cette forme reste encore la meilleure garantie que rien ne se passe.

Ce qui implique que nous ne nous étonnons pas du fait que l’administration et les différentes organisations militantes s’accordent à vouloir sauvegarder le pluralisme démocratique des A-G.

Autrement dit, à nous en exclure.

8
Pour l’heure, nous disparaissons.

La lourde et ennuyeuse machine qu’est l’A-G semble enrayée pour un temps.

L’hypothèse a été émise d’appeler à des conseils de guerre ou à des assemblées de lutte.

Si cependant il nous arrive de revenir, c’est que nous cherchons ceux qui cherchent autre chose.

9
En passant, il n’y a pas de question des dégradations de la M.D.E., tout comme il n’y a pas de question de la violence dans les A-G, sauf pour les différents gestionnaires, de la lutte ou de la fac. Il n’y a que des lieux qu’on ne laisse pas intacts à l’ennemi avant de partir, et une indifférence qui se croyait souveraine qui reçoit la réponse qu’elle mérite.


À ceux qui s’indignent sur un forum ou sur un tract, à ceux, donc, qui ne méritent pas plus qu’une note de bas de page, nous disons : Nous ne parlons pas la même langue.

Toulouse, décembre 2009
Indymedia Nantes, 10 décembre.


Occupation de l’ex-M.D.E., Toulouse-le-Mirail

Nous occupons depuis maintenant 15 jours, l’ancienne Maison des Étudiants, à la fac de Toulouse-le-Mirail.
«Devant le refus des occupants de quitter les lieux, nous avons pris la décision de présenter en référé au tribunal administratif une demande d’expulsion.» (L’équipe de direction.)

On vous parle d’ici. On pourrait le faire d’ailleurs.
On aurait pu le faire avant. On le fait maintenant.
Ce qui est certain, c’est qu’on n’aurait pas pu le faire autrement qu’en rupture avec ce que ses propriétaires projetaient de faire de leur Maison des Étudiants.
Nous voir monter une association, leur soumettre un projet.
Aller en cours pour continuer à être un étudiant.

On emmerde l’Étudiant.

Ne faire l’expérience de la chaleur humaine que dans un métro bondé ; ne penser le partage qu’au moment où il nous manque une pièce pour un café ; ne prendre ses repas en commun que dans un réfectoire, muni de son petit plateau individualisé.
N’envisager la lutte que sous la forme d’un mouvement étudiant.

Nous désertons cette existence séquencée par des dispositifs dont la fonction est que rien ne se passe.
Nous habitons une faille où nous mettons en commun des colères et des joies, des pratiques et des désirs.
Les complicités que nous expérimentons ouvrent les possibles d’une existence politique.
En dehors et contre l’économie.
Joindre le geste à la parole pour agrandir la brèche.
Parce que nous ne voulons pas contribuer à rendre ce monde meilleur en le critiquant.

Le Nous qui habite ce lieu appelle au partage.
Le Commun dont nous parlons appelle à la rencontre.

Indymedia Nantes, 17 novembre.


Occupation à la fac du Mirail
La Maison des Étudiants de la fac du Mirail a été investie avec rage et joie ce mercredi 4 novembre vers 16 heures par une quarantaine de personnes.
En effet, elle était jusqu’à présent gérée par l’administration, rendant de fait toute possibilité d’en faire un lieu ouvert tuée dans l’œuf.
Les fondements idéologiques de ce qui s’y fera sont explicités dans le tract ci-dessous.

De la rage et de la joie

Comme décidé lors des AG du mouvement dernier, nous venons de prendre un bâtiment afin d’en faire un lieu subversif et autogéré.

On veut de la rage et de la joie. Un peu de vie pour bousculer les lourdes ferrailles du Mirail. On veut pourrir de nos empreintes cette rentrée aseptisée au possible, cette rentrée audacieusement plastique comme si de rien n’était. S’approprier le temps, s’approprier l’espace, comme on reprend une bonne bouffée d’air, à la limite de l’asphyxie universitaire et de ses petits dispositifs souriants et cools.

L’autogestion au-delà des belles phrases et de tout formalisme stérile, réside dans la capacité des individus à gérer eux-mêmes leur quotidien en dehors et contre toute forme d’autorité et de médiation. Qu’elles viennent de l’État, de l’administration, des partis politiques, des syndicats ou des associations apolitiques fumeuses.

Le dernier mouvement nous a au moins appris une chose : nous n’avons plus rien à attendre des divers pouvoirs quelle que soit leur forme. Ainsi la maison dite «des étudiants» se veut être l’endroit où s’organise concrètement une résistance à l’ordre social en place par une mise en pratique désaliénée.

Le projet n’en est qu’à ses prémices, il n’existe pas de matrice prédéfinie, le lieu sera ce qu’en feront ceux qui s’y investiront au travers d’une pratique assembléiste.

Rejoignons-nous.

Des individus occupant la M.D.E.
Indymedia Toulouse, 6 novembre.

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