Nos corps dans tous leurs états !

Publié le par la Rédaction


Ce texte a été diffusé «à la volée» au meeting de Christine Boutin, le 21 octobre 2009 à l’hôtel Mercure de Tours nord, en même temps que Résistons ensemble. N’en déplaise à certain-e-s, à qui l’antisexisme «à outrance» casse les couilles.

Nos corps dans tous leurs états !

Femmes tondues à la libération, parce qu’elles avaient couché avec l’ennemi… Cette action a permis à la société virile et sexiste de reconquérir ce qu’elle prend pour son territoire souillé par l’étranger. De cette manière, l’État et les bon.ne.s citoyen.ne.s privent ces personnes de ce qui participe alors à leur identité féminine. Les femmes étaient et sont violées par des soldats et des civils lors des guerres ; qu’elle soient d’indépendance, coloniales ou civiles ; comme on domine le territoire ennemi.

Les femmes sont toujours considérées propriété de la Nation. Il y a les viols que le temps permet d’avouer, il y a ceux qu’on refuse d’appeler ainsi. Il y a toutes ces femmes qui jamais n’en parlent et il y a les plaintes que l’État refuse de prendre en compte. Les années passent mais les processus demeurent. Violences sexuelles, violences morales.

Aujourd’hui en France, une femme meurt tous les quatre jours sous les coups de son compagnon. Avant cela, combien de fois l’avait-il frappée, humiliée, exploitée, violée ? C’est aussi cette meuf qu’on siffle, qu’on insulte. Trop mec, trop pute. Trop brusques, trop violentes, allumeuses ou croqueuses d’hommes, les femmes ne sont jamais comme il faut. Jamais comme IL veut. Dans la rue ou à la maison, se rendre disponible, toujours. À la nuit tombée, c’est l’aventure tous les cent mètres, ces messieurs mattent leurs proies du coin de l’œil, les interpellent, comme s’il était impossible de marcher tranquillement dans la rue. Eh non, la place des femmes n’est encore pas là.

À la piscine, elles sont obligée de couvrir leurs seins. En garde à vue, il leur est interdit de porter un soutien-gorge tandis qu’à l’extérieur celles qui n’en portent pas sont montrées du doigt. Vraiment, tout est pensé, contrôlé, pour que chacun.e reste à son poste. Ne me libère pas, je m’en charge ! Aujourd’hui, au nom de la République et de ses valeurs, et comme l’a fait l’État français lorsqu’il colonisait ses sauvages, on explique aux femmes comment elles doivent s’émanciper. Et comment telle culture les asservirait tandis que l’autre leur apporterait la liberté. Étrange, à l’heure où les lois liberticides s’installent aisément dans nos vie quotidiennes.

C’est cette loi sur le voile. Utilisation politique de la soi disant libération des femmes sur le modèle occidental pour permettre aux idées racistes de s’installer dans l’ensemble de la population. Le méchant homme non-blanc face au gentil émancipateur blanc, c’est en fait un moyen pour l’État français de faire la guerre à l’islamisme. La liberté ce n’est pas de porter une mini-jupe ou un jean’s s’Il nous le demande, c’est au contraire la possibilité pour un homme de porter une robe. Nous exigeons le choix de le faire sans que personne n’y ait à redire. C’est aussi la liberté de se cacher, de se masquer pour enfin se réapproprier nos corps.

Nous exigeons le droit à l’anonymat. Les murs du métro, les arrêts de bus, les magasines, les allées de magasins… Le capitalisme nous rappelle chaque jour que nous vivons dans une société sexiste dans laquelle les corps des femmes ne leur appartiennent pas. Et combien ce n’est pas ces corps qui choisissent leurs propres états. Libérée mais discrète, gentille maman et femme active, souriante, à l’écoute et disponible. Élancée et agile, épilée et bien coiffée. Hétérosexuelle, hétéronormée, séduisante et sexy. Mais pas trop. Les putes aussi ne sont pas LA femme qu’il faut.

Une femme n’en est pas une si elle n’est pas LA femme, normée. D’ailleurs, CETTE femme, personne ne la connaît ! Trans, pédés, gouines subissent les violences sexistes chaque jour, parce qu’ils et elles permettent à leurs corps d’être dans tous leurs états. Des violences quotidiennes, les insultes, le mépris. Des violences institutionnelles comme le refus d’accorder à tous et à toutes les mêmes droits. IL préfère nous dire comment nous devons être féminin ou masculin. Jamais les deux, jamais ni l’un ni l’autre. IL préfère nous dire comment, avec qui et où, nous devons mettre nos corps dans tous leurs états. Les catégories, masculin et féminin, hétérosexuel.le et homosexuel.le, sont là pour enfermer nos corps et nos vies, pour les soumettre. Reste à ta place et tais-toi.

Qu’importe si tous les garçons n’ont pas envie d’aimer les filles, d’être forts, virils et rassurants ! Qu’importe si toutes les filles ne rêvent pas d’être des mères-épouses, et préfèrent être violentes et vulgaires ou d’aimer les filles en douceur ! Qu’importe s’il veut devenir elle, et elle lui. Le choix de nos vies et la liberté de disposer de nos corps n’est pas négociable.

Nous ne sommes pas les marionnettes de l’État et du Patriarcat. Ils nous détruisent, détruisons-les !

Indymedia Grenoble, 2 novembre 2009.

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