No Border Bruxelles : Bilan critique global et retour sur la grande manif du samedi 2 octobre

Publié le par la Rédaction

 

No Border Camp Bruxelles : Bilan critique

 

Préparé de longue date, le No Border Camp (NBC) de Bruxelles a réuni sur le campement même un gros millier de personnes venues de toute lEurope, majoritairement des Français, Allemands et Anglais. Au plus fort de notre capacité daction, cest-à-dire à la grande manifestation No Border finale du samedi 2 octobre, nous étions autour de 2000 personnes.

 

Face à nous, larmada de répression rituelle : 4000 policiers environ mobilisés spécialement pour le NBC, avec tout lattirail requis, à savoir blindés canon à eau, brigades montées, hélicoptères, police anti-émeute et brigades dintervention rapide, quadrillage des quartiers des institutions européennes avec barbelés et hérissons, etc.

 

Sil y eut quelques initiatives politiques réussies et intéressantes, on peut tirer globalement un constat déchec sur cette semaine : aucune action ni même manifestation na été réellement possible et lon a subi tout le long cette nouvelle tactique répressive devenue cas décole, à savoir les rafles massives et préventives. Face à ces nouveaux outils de répression, à la suite directe des évènements de Copenhague et de Toronto, des autocritiques commencent à émerger pour adapter notre action et notre force de frappe aux nouvelles tactiques policières, afin de les dépasser.

 

Si au No Border Camp de Calais en juin 2009, dans le contexte alors du post-OTAN à Strasbourg, les flics ont choisi loccupation militaire stricte de la ville avec un quadrillage quasi imperméable, doublée dune logique dintimidation et de provocation très forte, nous avons pu constater quasiment linverse à Bruxelles avec une police très discrète, très silencieuse, presque invisible. Mais également beaucoup plus réactive et dangereuse lorsquelle surgit. Ainsi, sans avoir besoin de poster des check-point à tous les coins de rue, dencercler le camp en permanence ou de lancer des micro-attaques psychologiques sur le NBC, la police belge sest montré dautant plus efficace dans sa stratégie de massacre et de neutralisation préventives. Que ce soient les journées de mercredi, jeudi ou vendredi soir, les dizaines de flics en civil postés discrètement tout autour du campement navaient quà transmettre linformation pour nous faire capturer dans des ruelles, des bouches de métro, ou des coins davenue.

 

En ce qui concerne le campement No Border en lui-même, cest sans doute la plus belle réussite de cette semaine, avec une auto-organisation solide dans un site intéressant, situé à proximité de lhypercentre, à 10 minutes de la Gare du Nord. En effet, dans une zone du nom de TOUR ET TAXI, le NBC se constitue dune immense ancienne gare désaffectée (bâtiment à toit fermé extraordinairement vaste), dun terrain vague et dune vaste zone extérieure désaffectée. Il est intéressant de noter que le NBC se situe dans une zone fermée et protégée par une enceinte, facilement défendable, et quasi en plein centre-ville.

 

Indymedia Center, Radio NoBord, Medical Team, Legal Team, Info Point, Action Point, Cuisines autogérées, Security Team, sanitaires autogérées, etc. Toute la logistique autogestionnaire classique est présente.

 

AG générale tous les matins à partir de 10 heures, AG de barrios et groupes de travail quasi en permanence, ateliers de «formation» à laction à la demande de beaucoup de camarades, réunions de préparation tactique et matérielle dactions et manifs, le NBC est bien sûr totalement ouvert aux habitants du quartier populaire qui lentoure, aux migrants et sans-papiers venus sinformer et se protéger, et aux journalistes des médias bourgeois uniquement de 15 à 16 heures avec une «escorte» de camarades.

 

Toutes les actions «officielles» du NBC furent un échec total, mis à part la journée du dimanche sur le Camp de Rétention 127bis et surtout la grande manif finale No Border du samedi : la journée du mercredi sur la participation des No Border à la grande Euro-manif rimera avec massacre et répression, doù lannulation pure et simple de toutes les actions denvergure du jeudi SMASH ECOFIN, et la grande manif sauvage du vendredi soir fut tout bonnement rendue impossible par des rafles massives et continues toute la soirée. Ainsi, seules les actions «commando» de groupes affinitaires réussirent, telles laction de taguage sauvage mardi tôt le matin, laction de blocage anti-Frontex mercredi à midi, les quelques voitures brûlées place de la Bourse et lattaque-saccage du commissariat la nuit de vendredi en riposte à la répression barbare, laction banderoles anti-Frontex et anti-déportation à laéroport samedi soir, ainsi que les multiples sorties du Pink Bloc avec Brigade des Clowns et Batucada en ville plusieurs jours daffilée.

 

Toujours est-il que le No Border Camp de Bruxelles résonnera finalement avec répression, rafles préventives, tortures à la Caserne Fédérale, et massacres de manif dune extrême violence. Il y aura eu près de 20 arrestations et quelques blessés légers dimanche 26/09 ; entre 450 et 500 arrestations mercredi 29/09 ainsi que de nombreux camarades blessés dont certains grièvement, avec 5 camarades à lhôpital ; une 20aine darrestations jeudi 30/09 ; 185 arrestations et des blessés vendredi 01/10 ; vives tensions samedi soir au campement à cause dun concert capitaliste, qui donnera lieu à une semi-attaque de la police sur le site même.

 

Retour sur la grande manif No Border du samedi 2 octobre à Bruxelles-centre

 

SAMEDI 2 OCTOBRE : MANIF NO BORDER, déterminés et vigilants.

 

En préparant la grande manif finale No Border du samedi 2 octobre, tout le monde ne peut sempêcher davoir en tête léchec cuisant de la grande manif No Border du samedi 27 juin 2009 à Calais où nous n’avons pas réussi à faire la jonction avec les migrants qui sont restés cloisonnés et encerclés par les flics ; où nous nous sommes résignés au parcours autorisé par les flics dans des zones inhabitées, le long de la mer, dans des zones industrielles désertes, loin de la population et de toute subversion possible ; du côté paternaliste insupportable des orgas, essentiellement le NPA, qui «remercie» tacitement les autonomes d’être «restés responsables» et de «ne pas avoir répondu aux provocations», se félicitant d’une manif qui restera sans écho, vide, mise en quarantaine ; où nous avons défilé dans des zones industrielles vides, avançant à lombre des matraques, entre les grilles anti-émeute de limpuissance.

 

Pourtant il est clair que politiquement, saffronter avec la police dans ce genre de manifestation est quelque part absurde et idiot, nest en rien le but poursuivi.

 

Les grandes manifestations No Border ont pour vocation de défiler bruyamment en centre-ville, en offrant lopportunité pour les migrants et sans-papiers qui le souhaitent de manifester avec nous à grand jour et visage découvert, de sortir de lombre, et de dénoncer sur le parcours des cibles politiques lié à lEurope-Forteresse par des actions symboliques. Manifs joyeuses, créatives, déterminées, et qui crachent à la gueule des bons citoyens, par les slogans et les actions, en dévoilant une réalité sociale étouffée par le silence des pantoufles.

 

Depuis plusieurs jours, nous sommes prévenus collectivement : la grande manif finale No Border est «tolérée» par la police, après négociations. Ils nous «promettent» de nous laisser défiler, de ne pas nous attaquer si on reste «calmes». À la moindre provocation de notre part, ils nous rentrent dedans. Cest une donnée importante à prendre en compte, ce qui ne nous empêche pas, bien au contraire, de préparer la manif sur la base dune autodéfense pratique et immédiate : en Bloc avec banderoles, renforcées si possibles, avec des lignes au coude à coude sur le devant et les côtés pour protéger lintérieur du cortège dont, notamment, les migrants et les sans-papiers afin quils ne se sentent pas inquiétés de participer à la manifestation.

 

Ainsi, au point de départ en manif, au Parc Maximilien à 13 heures, les consignes collectives sont données : manif en Bloc pour protéger les migrants et le cortège, pas daction violente partant du cortège, même si la solidarité restera active, être prêts cependant à riposter comme il se doit à la moindre action denvergure de la part des flics.

 

Le cortège sébranle. Compact, serré, bruyant, joyeux, déterminé. Les banderoles sont déployées tout autour du cortège en Bloc, également en premier lieu pour empêcher toute infiltration de flic en civil et pour se protéger collectivement des cars-périscope de la flicaille (cars de flics avec des caméras sur piliers flexibles pour ficher les participants à la manif). La Batucada est à lavant, donne le ton, endiablée, rythmée, soudée. La Brigade des Clowns, très mobile et énergique, détourne et ridiculise les symboles capitalistes, mobilise lattention des flics et se fout de leur gueule. Nous avons également une poignée de camarades chargés de repérer et désigner les flics en civil par des pancartes CIVIL COP ou ATTENTION POLICE EN CIVIL avec des flèches montrant précisément leur positionnement, ce qui marche à merveille.

 

Au plus fort de la manif, je dirais honnêtement que nous étions autour de 2000 personnes, ce qui reste un bon cortège.

 

Nous passons devant les bureaux denregistrement dedits «régularisation» où 40'000 sans-papiers sont en attente de régularisation.

 

À un moment donné, nous nous inquiétons un peu : on sengouffre sur une rive du canal, entre la flotte et des murs de bâtiments désaffectés, éloignés de tout, et encadrés étroitement par les flics qui barrent tous les ponts. Nous comprenons que cest pour nous empêcher dapprocher de trop près un Centre Ouvert sur lautre rive, solidement gardé par les flics. Néanmoins, des migrants nous font signes et nous leur répondons avec bruit.

 

Enfin, nous pénétrons dans le centre-ville, jusque vers la place de la Bourse. Cest une grande victoire politique de parvenir à défiler en plein centre de Bruxelles où les slogans anticapitalistes et No Border résonnent avec force, salués par les gens à leurs fenêtres. Le Bloc est très compact, il y a facile près dun millier de camarades en noir dont plusieurs dizaines cagoulés, mais la discipline collective est de rigueur et nous passons entre les vitrines de luxe fermées-grillagées et les grosses bagnoles sans attaquer. Quelques énormes pétards et feux dartifices tonnent. En débouchant sur la Place de la Bourse, superbe scène politique : nous investissons les marches de la Bourse et pendant une grosse demi-heure nous scandons, chantons, toutes les banderoles No Border et les drapeaux rouge et noir flottant sur la Bourse avec camarades cagoulés, sans-papiers, clowns, etc. Quand le cortège sébranle de nouveau, il bloque longuement un carrefour, le temps que deux camarades grimpent à des lampadaires pour accrocher sauvagement une grande banderole NO BORDER qui fait toute la largeur de la rue.

 

Puis nous revenons au Parc Maximilien où un podium de libre parole est installé pour loccasion, où chacun peut sexprimer à sa guise.

 

Ainsi, malgré toutes les provocations policières, nous avons eu lintelligence politique de ne pas partir en actions directes anticapitalistes puisque lobjectif était alors de défiler en centre-ville, avec migrants et sans-papiers, darborer haut nos drapeaux et nos banderoles, de gueuler fort nos slogans radicaux et révolutionnaires, tout en montrant notre détermination et notre initiative solidaire en investissant les marches du Palais de la Bourse, en faisant péter des feux dartifice, en accrochant une énorme banderole No Border en pleine avenue entre deux lampadaires en face dune  triste enseigne géante Coca Cola. Ceci tout en restant collectivement vigilants, avec un cortège en Bloc entouré de banderoles, une coordination réussie entre la Brigade des Clowns, les groupes anti-flics en civil, la Batucada, et le Black Block présents.

 

Cette journée peut être considérée comme la seule vraiment réussie de la semaine.

 

Que crament toutes les prisons

Que croulent toutes les frontières

et s’effondrent tous les systèmes

No Border, No Nation !

 

7 octobre 2010.

 


Commenter cet article