Mouvement de révolte à la prison de Saint-Quentin Fallavier (Isère) - 24 février 2011

Publié le par la Rédaction

 

Les medias nous ont appris que le jeudi 24 février, une mutinerie avait eu lieu au centre pénitentiaire de Saint-Quentin Fallavier. Comme toujours dans les «grands» medias, nous n’avons entendu que le point de vue des syndicats de surveillants. En tous cas surtout pas celui des prisonniers révoltés. Nous (des animateurs d’émissions de radio anti-carcérales de saint-Étienne et de Valence) sommes allés devant la prison pour chercher d’autres sons de cloche…

 

On nous avait dit dans les journaux et à la télé qu’une quarantaine de détenus avaient refusé de retourner en cellule après la promenade, et qu’ils avaient détruit des grillages.

 

Des ÉRIS (Équipes Régionales d’Intervention et de Sécurité) étaient alors intervenues en grand nombre (3 à 6 cars selon les versions). Ce sont des équipes spéciales de surveillants pénitentiaires, super équipés, super entraînés, et cagoulés, qui interviennent entre autres pour ramener l’ordre dans les prisons [À savoir que des témoignages répétés montrent comment le rôle des ÉRIS, c’est d’être violents. Par exemple, trois prisonniers ont porté plainte pour «violence» de la part des ÉRIS qui les ont selon eux tabassés en cellule à la prison de Corbas, suite à des mouvements de protestations.].

 

Cela s’est passé à l’heure des parloirs, donc des personnes venues visiter un proche détenu étaient devant la prison. Elles ont entendu des tirs à l’intérieur et vu deux ambulances entrer et sortir. Une centaine de gendarmes sont aussi intervenus.

 

La version «officielle», c’est-à-dire celle des syndicats de surveillants, est que cette révolte est causée par la nourriture servie par la Sodexo, entreprise privée qui gère la nourriture servie aux prisonniers depuis janvier : viande avariée, rupture de la chaîne du froid…

 

Le syndicat UFAP pénitentiaire de saint-Quentin avait par ailleurs publié deux communiqués une semaine avant ce mouvement de révolte : ils dénonçaient les tensions internes à la prison, comme toujours imputées uniquement à la violence des détenus. Ils demandaient qu’un grand nombre de prisonniers soit transféré afin de rétablir l’ordre, et sollicitaient le soutien des autorités et la présence des ÉRIS pour «parer à l’éventualité d’une rebellion organisée par la population pénale» et «sécuriser le personnel».

 

Ils dénonçaient aussi déjà, une semaine avant la révolte, les problèmes graves liés à la gestion de la nourriture par la Sodexo. On aurait pu croire qu’ils dénonçaient cela par compassion pour les détenus. Mais non : ils craignaient que ces derniers, exaspérés ne se rebellent et que cela pose un problème de sécurité !

 

Bref, une semaine avant le blocage de la promenade par quelques dizaines de détenus, les syndicats de surveillants affirmaient que la situation était tendue, notamment à cause des problèmes de nourriture, et ils demandaient un renfort sécuritaire.

 

Une fois de plus les surveillants dénoncent ce qui se passe en prison uniquement du point de vue de la sécurité et de leur sécurité. Ils se plaignent et demandent uniquement des moyens répressifs. Ils ont quasiment le monopole de la parole au sujet de la prison et en donnent une vision très subjective.

 

Décrire les surveillants comme désemparés et désarmés face à des détenus violents et impunis est une technique fréquente de la part de leurs syndicats. Souvent, quand on écoute la parole des prisonniers, elle dit autre chose… !

 

 

Cette révolte nous touche

 

Nous ne savons pas précisément ce qui l’a déclenchée ni comment elle s’est déroulée mais nous savons que les prisonniers ont 1000 raisons de se révolter, que leur parole ne circule quasiment pas à l’extérieur, et que le moindre mouvement de protestation en prison est très durement réprimé..

Donc nous sommes allés devant la prison une semaine après ce mouvement pour recueillir infos et témoignages, pour faire circuler d’autres versions que celles de l’AP et des syndicats de surveillants. Nous avons discuté avec des détenus du centre de semi-liberté [
bâtiment à l’écart du reste de la prison, dont les détenus peuvent sortir une partie de la journée, pour travailler ou chercher un emploi], et avec les gens qui allaient voir un proche au parloir, pour leur demander s’ils pouvaient faire sortir des informations et proposer du soutien face à la répression, si nécessaire.

 

Voilà les quelques infos que nous avons recueillies. Bien entendu elles sont partielles et il y a diverses versions, car il est très difficile d’obtenir des infos sur ce qui se passe derrière les murs. Nous ne prétendons pas à une quelconque objectivité, mais c’est sûr que ces paroles sont révélatrices d’autres sons de cloches que ceux de l’Administration Pénitentiaire.

 

Des dizaines de prisonniers de la maison d’arrêt [le centre pénitentiaire de saint-Quentin comporte une maison d’arrêt, un centre de détention et un centre de semi-liberté] avaient donc refusé de rentrer en cellule à 11h à la fin de la promenade, et ce jusqu’à 15h.

 

Tout le monde nous a dit que, suite à ce blocage, il y avait eu de 30 à 40 transferts (détenus déplacés dans une autre prison pour casser la rebellion et sanctionner, isoler et éloigner certains prisonniers), certains ont notamment été envoyés en région parisienne.

 

Et tout le monde nous a dit que les mitards (cellules du quartier disciplinaire) étaient remplis, soit une trentaine de personnes ainsi punies. Déjà, pas besoin d’être un fin mathématicien pour constater que 60 ou 70 personnes ont été sanctionnées alors qu’on nous parlait de 30 prisonniers qui bloquaient la cour. Souvenons-nous qu’avant même ce mouvement, les syndicats demandaient un transfert en nombre. Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient : faire taire et calmer les prisonniers.

 

Autre sanction collective : de nombreuses personnes nous ont rapporté que sur au moins un étage entier (et probablement toute la prison), les prisonniers ont été enfermés en cellule pendant au minimum 4 jours sans aucune sortie, aucune promenade, rien. De quoi devenir fou. Ce genre de punition collective suite à une révolte en prison, qui touche tous les prisonniers même ceux qui n’y ont pas participé, est une technique systématique de répression en prison. Même les détenus du centre de semi-liberté qui, à l’écart, n’ont absolument pas participé, ont été enfermés en cellule tout le week-end. Le prétexte fourni : le manque de personnel. Un détenu en semi-liberté nous fait remarquer que pourtant, depuis la privatisation d’une grande partie des services quotidiens dans la prison, les surveillants sont aussi nombreux alors qu’ils ont moins de travail : ils ne gèrent quasiment plus que la surveillance et la sécurité.

 

Ensuite, on nous a parlé d’un déploiement d’ERIS et de gendarmes énorme. Imaginez des détenus désarmés face à une armée de robocops cagoulés. Évidemment les forces sont démesurées et déséquilibrées. On sait qu’il y a eu des tirs de flashballs, des détenus tabassés, avec au moins un bras cassé.

 

Il nous semblerait logique que des détenus subissent aussi la répression judiciaire mais nous n’arrivons pas à savoir si des procès sont prévus. Il serait important de se renseigner sur ces procès et de soutenir les accusés.

 

Plusieurs personnes ont confirmé la version officielle : la cause du mécontentement était la bouffe avariée servie par la Sodexo. Mais d’autres nous ont aussi expliqué qu’une fouille de cellules avait eu lieu la veille à 21h, ce qui semble peu réglementaire, et avait dans tous les cas passablement énervé les détenus. Une fouille est une sorte de perquisition de cellule lors de laquelle les affaires personnelles peuvent être mises sens dessus dessous, renversées, abîmées… Des dizaines de prisonniers auraient alors décidé de protester en organisant pour le lendemain le blocage de la promenade.

 

Une autre version rapporte que les «détenus incontrôlables» seraient un groupe de jeunes détenus faisant des gags aux surveillants : se cacher dans la cellule d’un autre, jeter du dentifrice dans le dos d’un surveillant, etc. Tout serait parti de là.

 

Quand on leur a demandé s’ils connaissaient les raisons de ce mouvement, les prisonniers du centre de semi-liberté ou les proches en ont raconté plusieurs, et ont révélé en fin de compte qu’une longue liste de mécontentements, cumulés, ont pu mener à cette révolte :

— Depuis leur privatisation, les cantines (système par lequel les prisonniers peuvent acheter des produits par correspondance) fonctionnent n’importe comment : on reçoit de la lessive alors qu’on avait demandé du café, etc.
— La nourriture est infâme,
— Quand ils sont deux en cellule, les détenus paient chacun pour une seule télé et un seul frigo… donc ils paient double !
— Les activités sont quasi inexistantes et pas satisfaisantes,
— …

 

Ça nous semble important de soutenir des prisonniers qui se révoltent, de faire savoir ce qui s’est passé, pourquoi et comment…

 

Il nous a semblé que des gens avaient envie de parler mais avaient un peu peur. Face à la machine carcérale, la méfiance est un réflexe. Les prisonniers n’ont pas l’habitude qu’on leur propose de parler et qu’on s’intéresse à ce qu’ils ont à dire. Pourtant ça nous semble primordial. Le silence autour de ces évènements nous effraie.

 

Bref, nous cherchons toujours des informations sur cette révolte et ses suites !

 

Nous cherchons de manière générale des infos, témoignages et points de vue sur la prison.

 

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À noter qu’un autre mouvement de révolte a eu lieu quelques semaines plutôt à la Maison d’arrêt du Val d’Oise, à Osny. Fait très rare : au bout d’une semaine de tensions et de protestations, c’est deux cent prisonniers qui ont fini par refuser de remonter en cellule. Comme toujours : répression féroce, transferts, sanctions disciplinaires et procès… Et on n’entend nulle part le point de vue des prisonniers eux-mêmes. [Écouter le compte-rendu du procès, le 14 mars, de l’altercation entre détenus et matons à la Maison d’arrêt d’Osny, par Oliv’ de l’Envolée. — Note du JL.]


Papillon (contact)
Numéro Zéro - saintÉtienne, 20 mars 2011.

 

 

 

 

Isère : La malbouffe s'invite à la prison de Saint-Quentin-Fallavier

 

Des cadres de Sodexo ont été suspendus pour avoir servi des plats périmés aux détenus… 

 

Des yaourts et de la viande avariés. Voilà ce qui était au menu des détenus de la prison de Saint-Quentin-Fallavier (Isère), où depuis début janvier, la préparation des plats a été confiée à Sodexo.

 

Selon nos informations, la société vient de suspendre ses deux responsables de la restauration au sein de la maison d'arrêt en raison de manquements graves aux procédures d'hygiène.

 

Des risques élevés d'intoxication alimentaire

 

«Lors d'une inspection réalisée en février, on s'est aperçu que la date limite de consommation de nombreux produits était largement dépassée», dénonce Pascal Rossignol, délégué régional de l'Ufap-Unsa. Ce syndicat des personnels pénitentiaires avait alerté à plusieurs reprises sa direction de la piètre qualité des plats servis aux détenus.

 

«Poches de viandes verdâtres et nauséabondes», «cuisine sale», «rupture de la chaîne du froid»… Des «actes de malveillance» qui, selon l'Ufap, ont exposé les détenus à un risque élevé d'intoxication alimentaire. «Lors de l'inspection, le départ des plats avariés a été bloqué. Mais qu'en a-t-il été les autres jours ? ajoute Pascal Rossignol. Tout cela n'a fait qu'attiser les tensions à la prison.»

 

Sodexo réagit

 

Pour sauver son contrat avec l'administration pénitentiaire, Sodexo a pris des mesures. «Il s'agit d'une erreur humaine intolérable. Nous devions réagir vite», indique le délégataire. La société a accéléré la mise en place d'un plan de maîtrise sanitaire au sein de la prison.

 

Des règles de qualité et de sécurité auxquelles les personnels et détenus en poste dans les cuisines sont actuellement formés. 

 

Rébellion
Le 24 février dernier, une trentaine de détenus du centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier avaient refusé de regagner leurs cellules et dégradé les grilles de la cour de promenade. Les Équipes régionales d'intervention et de sécurité (Éris) de Lyon et Dijon avaient dû être appelées en renfort. 

 

Leur presse (Élisa Frisullo,
20 Minutes), 9 mars.

 

 

Saint-Quentin-Fallavier (38) : Mutinerie maîtrisée

 

Ce jeudi 24 février dans la matinée, des détenus ont refusé de regagner leurs cellules. Ils ont été maîtrisés.

 

Une trentaine de prisonniers qui refusaient de rentrer de leur «promenade» ont finalement regagnés leurs cellules après plusieurs heures suite à l'intervention des forces de l'ordre. Motif de la colère, selon nos informations, l'alimentation jugée avariée et le manque de choix à «l'épicerie».

 

La muterie a débuté en matinée dans deux cours du centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier. Les détenus ont opposé une résistance aux gardiens, à l'heure de prendre la direction des cellules. Armés de grillages et de barres récupérés dans une clôture, ils ont tenu tête une bonne partie de la journée.

 

Des gendarmes à bord de plusieurs fourgons ont été dépêchés en nombre et membres de l'Équipe Régionale d'Intervention et de Sécurité sont également intervenus.

 

En tout début d'après-midi, une partie des détenus a pu être maîtrisée. Des tirs de dissuasion ont été entendus de l'extérieur, plongeant les familles dans la peur. C'était en effet jour de parloir à Saint-Quentin. Deux ambulances sont également arrivées sur place.

 

Après cet épisode les derniers prisonniers ont accepté de regagner l'intérieur.

 

Selon un syndicaliste FO, gardien au centre pénitentiaire, la grogne montait depuis quelques jours dans la prison. Des détenus ayant visiblement trouvé des aliments avariés dans les rations quotidiennes et se plaignant du peu de choix proposé à «l'épicerie». 

 

Leur presse (Franck Grassaud,
France 3 Alpes), 25 février.

 

 

Isère : une trentaine de détenus refusent de regagner leurs cellules

 

Une trentaine de détenus de la prison de Saint-Quentin-Fallavier, en Isère, ont refusé pendant quelques heures jeudi de regagner leurs cellules, nécessitant l'intervention des Équipes régionales de sécurité (Éris), a-t-on appris de sources pénitentiaire et syndicale.

 

«En fin de matinée, ils ont refusé de remonter après la promenade. Devant leur opposition à regagner leurs cellules et après la dégradation de la grille de promenade par quelques prisonniers, les Eris sont arrivées», a expliqué à l'AFP Daniel Carré, de l'UFAP-Unsa-Justice.

 

Les raisons de cette grogne restaient indéterminées, selon le syndicaliste et la direction des services pénitentiaires.

 

Quarante membres des Équipes régionales d'intervention et de sécurité de Lyon et de Dijon, formées pour le maintien de l'ordre en prison, sont alors intervenus et ont forcé «sans incident» les détenus à réintégrer leurs cellules, a poursuivi M. Carré selon lequel tout est rentré dans l'ordre vers 15h30.

 

Selon le syndicaliste, ces incidents surviennent «dans un contexte de surpopulation pénale et de manque d'effectifs de personnel».

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 24 février.

 


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