Menaces sur le LKP : guerre psychologique ?

Publié le par la Rédaction

1° Provocation policière

Lors du meeting du LKP, le vendredi 9 octobre devant le Palais de la Mutualité, Jean-Marie Nomertin, de la CGTG a expliqué pourquoi le cortège du samedi 3 octobre était passé exceptionnellement par les grands axes plutôt que par le centre-ville de Pointe-à-Pitre. Il affirme que le LKP a appris de source sûre que des jeunes ont été payés pour se livrer ce jour-là, à de graves provocations rue Frébault, la grande rue commerçante de Pointe-à-Pitre. Cette provocation, devait, toujours selon Jean-Marie Nomertin, entraîner une répression à balle réelle des forces de l’ordre (au moins 600 gendarmes auraient débarqué récemment en Guadeloupe) contre les vrais manifestants.

J’avais également eu vent de cette nouvelle par un manifestant en qui j’ai toute confiance et qui m’avait affirmé la tenir personnellement d’un membre de la police ; mais sans avoir pu la vérifier, je n’avais pas voulu la colporter. La police fait-elle courir délibérément ce genre de rumeur pour effrayer la population ? On ne peut pas l’exclure. Néanmoins, le Canard enchaîné, dans son édition du 6 mai 2009, a déjà épinglé le recours aux provocations des gendarmes mobiles pendant les manifs, comme en témoigne cet extrait d’article de Didier Hassoux :
«Fin de manif du 1er mai. Il est un peu plus de 20 heures, place de l’Opéra à Paris. À gauche de l’Opéra, un groupe de jeunes punks zone sur les marches. Des gendarmes mobiles ont pour consigne de les dégager, afin d’éviter les embrasements de fin de cortège. Soudain, une demi-douzaine d’encapuchonnés, baskets aux pieds, crânes rasés et bardés d’autocollants “Casse-toi pauv’con” ou “Rêve générale”, volent au secours de leurs camarades zonards. Certains ont le visage masqué. Ils invectivent les gendarmes, les provoquent, prennent le reste de la foule à témoin… La tension monte, des projectiles volent. Forcément, ni une ni deux, les bleus embarquent tout ce beau monde, comme pris dans une souricière. Tout, sauf la demi-douzaine de provocateurs qui réussissent à s’évaporer. Et pour cause, ils sont de la maison poulaga… Une heure plus tôt, une trentaine de ces chauffeurs de manifs sortait deux par deux de fourgons de police stationnés boulevard Richard Lenoir, comme en témoignent des photographies dont Le Canard dispose.
La préfecture de police ne nie pas. Difficile : de mémoire de manifestants, il y a toujours eu des flics en civils dans les cortèges. Et toujours, également, “des pousses-au-délit”. (…) Ces faux manifestants font partie d’une “compagnie de sécurisation”. Elle a été créée, officiellement en 2005, par Sarko, inventeur du “provoquer plus pour coffrer plus”, à l’issue des manifs de lycéens opposés au projet de loi Fillon, alors ministre de l’Éducation. Selon la préfecture, il s’agissait de “protéger les manifestants” contre les provocateurs, les voleurs, les casseurs, etc. Depuis, ladite “compagnie” a fait ses preuves dans toutes sortes de manifs, au point qu’il est question d’en créer d’autres ailleurs en France. Ses membres agissent en civils, sans signe distinctif d’appartenance à la police, cherchant “le flag’”. Voire en le provoquant, comme ce 1er mai à Paris (…)»

2° Ordre de tuer ?

Reste que dans le cas guadeloupéen, la rumeur va plus loin puisqu’elle fait état d’une répression à balles réelles qui s’ensuivrait, avec ordre de tuer. Alors est-on dans une manipulation policière ou se trame t-il vraiment quelque chose de grave en Guadeloupe ? Ce même 9 octobre, Domota a réaffirmé que le LKP n’avait pas d’autre choix que d’appeler à la reprise de la mobilisation dans les jours ou les semaines à venir. Nous serons extrêmement vigilants concernant les circonstances de tout éventuel dérapage et la répression que ça pourrait entraîner. Le LKP, plus que jamais, doit se garder de tomber dans la moindre provocation ni se laisser entraîner dans aucune autre. L’auteur de ces lignes ose espérer qu’il s’agit seulement d’une manœuvre intimidatoire, dans une sorte de guerre des nerfs. Dans le cas contraire, loin de calmer les choses, la mort par balle, à nouveau, d’un ou de plusieurs elkapistes pourrait bien cette fois mettre l’archipel à feu et à sang alors que le LKP, de son côté, affiche certes une détermination réelle, mais tout à fait pacifiste.

Enfin et surtout, nous ne pouvons penser sérieusement que des faits d’une telle gravité pourraient avoir lieu sans la carte blanche du plus haut sommet de l’État et nous nous refusons à imaginer que dans une démocratie au XXIe siècle, il puisse en être ainsi à l’encontre d’un mouvement social aussi légitime…

Frédéric Gircour - Chien créole, 11 octobre 2009.

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