Matérialisation de chômeurs à la plate-forme téléphonique de Pôle Emploi

Publié le par la Rédaction

Ce matin mercredi 12 mai 2010, nous étions une vingtaine de précaires, intermittents de l’emploi et autres chômeurs en grève à occuper la plate-forme téléphonique du 3949 de Pôle Emploi à Noisy-le-Grand en Seine-saintDenis, au 480 Clos de la Courtine. Nous avons commencé à débattre avec les salariés embauchés pour faire fonctionner cette machine kafkaïenne. Ici au nombre de 120, ils sont principalement chargés des inscriptions (et non louverture de droits, qui ne concernent dailleurs que la moitié des chômeurs) au moins pour toute l’Île-de-France. Peu de temps après notre arrivée, les employés ont arrêté de travailler et la direction leur a ordonné de quitter les locaux, coupant court à toute discussion collective avec les salariés. Exactement comme dans les Pôles Emploi qui ferment leurs portes dès que des chômeurs viennent sy exprimer et y agir autrement que comme des individus isolés.

 

Nous avons cherché à contacter le directeur régional, Raymond Lagré, pour le sommer de répondre à la série de questions suivantes :

— Pouvez-vous confirmer la suppression du suivi mensuel personnalisé à la fin du mois de mai ? 
— Quel nombre de radiations a eu lieu en Île-de-France sur lannée 2009 et pour quels motifs ? 
— Combien y a-t-il de sous-traitants privés (spécialisés dans le coaching, les stages de motivations, etc. ?). Pouvez-vous nous donner la liste de ces entreprises ainsi que le budget qui leur est consacré ? 
— Y a-t-il une directive interne qui oblige les directions des agences de Pôle Emploi dappeler la police dès que des chômeurs et allocataires viennent faire valoir le droit dinformation aux usagers ? 
— Y a-t-il une directive interne qui officialise la présence de vigiles à lentrée des Pôles Emploi et qui les charge de faire le tri parmi les chômeurs et les allocataires (comme à lantenne Kléber de Montreuil où les vigiles disposent désormais dun cahier avec la liste nominative des chômeurs et allocataires sectorisés dans cette antenne) ? Combien coûte lemploi de ces vigiles ? 
— Combien coûte linstallation des lampes bleues en Île-de-France ? 
— Comment le plan de rigueur gouvernemental va-t-il se traduire pour les usagers de Pôle Emploi ?

 

Vers 16h, le directeur de cabinet de M. Lagré, M. Baillot est venu rejoindre les quelques flics présents en bas de limmeuble. Il a refusé de nous rencontrer dans les locaux pour répondre à nos questions. Nous avons alors décidé de le rejoindre au bas de limmeuble, ainsi que les salariés en chômage technique. Là aussi, il a refusé tout dialogue, précisant ne sêtre déplacé que «pour prendre des nouvelles de ses collègues» et «constater que le droit de retrait des salariés avait bien été appliqué». Mais au fait, cest quoi un droit de salarié imposé par une direction ?

 

En tous cas, cette obligation déviter tout contact avec les chômeurs grévistes est parfaitement cohérente avec la «révolution managériale» qui partout passe par un vaste processus de dématérialisation et dinformatisation. Plus nous sommes «dématérialisés» par Pôle Emploi (à travers internet, le téléphone ou les portes fermées), moins nous avons despace pour nous rencontrer et lutter contre les injonctions qui nous sont faites.

 

Aujourdhui, nous nous sommes matérialisés là, en chair et en os, nous avons cessé de nêtre que des dossiers, des chiffres, en somme des «D.E.». Car nous ne pouvons être réduits à des «demandeurs demploi», des victimes en manque de travail. Nous pouvons aussi bien user individuellement et collectivement du chômage pour résister à la mise au travail forcé, pour repousser les injonctions à ladaptation à la conjoncture économique.

 

Ni travail forcé Ni culpabilisation Ni management : 
Vive la grève des chômeurs !

 

CIP-IDF, 12 mai 2010.

 

 

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Grève des chômeurs : Pôle Emploi envahi

 

Plusieurs collectifs de chômeurs et précaires ont occupé et fait fermer aujourd hui la plate-forme téléphonique régionale de Pôle Emploi à Noisy-le-Grand, en Seine-et-Marne, chargée de l inscription des chômeurs à distance en Île-de-France, selon une source syndicale et la direction.

 

Signe d une exaspération croissante, pour la première fois depuis le début de la crise, ces collectifs ont lancé une «grève des chômeurs» et multiplient depuis le 3 mai les actions de protestation et intrusions symboliques, comme en 1997-98. Aujourd hui, une trentaine de manifestants ont pénétré sur la plateforme téléphonique de Noisy-le Grand vers midi et en sont ressortis trois heures plus tard, après avoir discuté avec le personnel et déposé une liste de questions et de doléances auprès de la direction régionale.

 

«Machine kafkaïenne»

 

Les occupants protestent notamment contre l utilisation de la plateforme depuis début 2009, qualifiée de «machine kafkaïenne», car elle oblige les demandeurs d emploi à avoir leur premier contact avec le service public de l emploi par téléphone. «Nous voulons être conseillés et non baladés. Nous voulons un véritable accompagnement adapté à chacun et non un accès standardisé. Nous refusons la substitution d un véritable accueil physique par un ersatz coûteux, peu pratique et discriminatoire», ont affirmé les manifestants dans un communiqué adressé par la Coordination des intermittents du spectacle CIP-Idf.

 

Le Snu-FSU, premier syndicat à Pôle Emploi, a apporté son soutien à cette nouvelle action. «Le 3949 est un lieu emblématique de la “rationalisation” du service public pour l emploi, et de la conception industrielle et inhumaine de sa transformation», a expliqué le syndicat. Le Snu est d autant plus opposé au 3949 que les salariés qui y travaillent sont des précaires, recrutés en CDD. Le syndicat a réclamé leur embauche en CDI et leur intégration immédiate au réseau des agences de Pôle Emploi.

 

Leur presse (Le Figaro), 12 mai.

 

 

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Publié dans Chômeurs - précaires

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