Manif pour la dissolution de la BAC à Millau - 1er avril

Publié le par la Rédaction

Mobilisation pour la dissolution de la BAC à Millau

 

Quelque 150 Millavois se sont rassemblés hier soir sur le plateau de la gare pour demander la dissolution pure et simple de la Brigade anticriminalité de Millau (BAC).

 

 

«Cette brigade est à l'origine de pas mal d'incidents, et si nous nous rassemblons ce soir c'est parce-que nous sommes scandalisés par son comportement indigne», expliquent Sabine Bouquié et Serge Rolland, militants du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). «Il faut savoir qu'à Millau, ces policiers ont créé une atmosphère absolument détestable, en provoquant avec une agressivité qui n'a pas lieu d'être. Nous rappelons que la dissolution de la BAC était au programme des municipales de la liste NPA. Il aura fallu longtemps pour que les autres se réveillent. La police est indispensable, mais pas dans de telles conditions. La BAC a créé une peur qui n'existait pas : c'est désagréable de vivre dans cette atmosphère.»

 

«C'est le monde à l'envers : les honnêtes gens se sentent en situation d'insécurité», s'indigne pour sa part Dominique Gonzales, conseiller général et conseiller municipal socialiste de Millau. «Les jeunes sont systématiquement soupçonnés de délinquance ; on plaque des gens contre les voitures, ce n'est pas un comportement digne. Je dénonce le régime hypersécuritaire dans lequel nous nous trouvons.» Pour l'élu, la seule solution à la question est la dissolution de la BAC.

 

De son côté, Inaki Aranceta, l'un des leaders du NPA millavois, dénonce le dysfonctionnement du service public. «Millau est une trop petite ville pour avoir un hôpital qui aurait les moyens nécessaires, mais Millau n'est pas une petite ville lorsqu'il s'agit d'avoir une brigade anticriminalité. C'est complètement incohérent.»

 

Leur presse (La Dépêche), 2 avril 2011.

 

 

Témoignage : «Je demande le départ du commandant»

 

Une centaine de personnes a participé, hier soir, à un rassemblement contre la Brigade anticriminalité. Une première à Millau, en Aveyron, voire même dans toute la France. Au-delà du nombre de manifestants, et parfois des témoignages qui éclairent d'un jour funeste cette unité de la police millavoise (lire par ailleurs), c'est la sortie de Jean-Dominique Gonzales qui fera sûrement date elle aussi.

 

 

Présent aux côtés des jeunes et souvent de leurs parents, l'adjoint au maire, fraîchement réélu conseiller général, s'en est pris violemment à la Bac et au commandant de la circonscription de Millau. «Je suis très content que cette manifestation ait lieu. Cela fait des mois et des mois que les Millavois sont maltraités par la Bac. Les honnêtes gens se sentent en insécurité. Cette brigade ne sait plus faire la distinction entre les honnêtes gens et les délinquants.»

 

Ce préambule livré à la presse, Jean-Dominique Gonzales ne s'est pas arrêté là. «Le commissaire et le commissariat se coupent de la population. J'en veux simplement pour preuve l'épisode du Mondial de pétanque au cours duquel les associations de la cité ont été considérées comme des délinquants. J'en ai assez de cette dérive sécuritaire. Adolescent, je passais mes vacances en Espagne, sous Franco. Et, à l'époque, je n'ai rien vu de tel.»

 

Le visage grave, le conseiller municipal s'est alors fendu d'un dernier coup de griffe : «Je demande la dissolution de la Bac et le départ du commandant Delchambre.» Joint après coup par téléphone, ce dernier n'a pas souhaité réagir «sous le feu de l'action». Un peu plus tôt dans l'après-midi, le patron des policiers millavois avait renouvelé son soutien aux quatre hommes de la Bac.

 

Leur presse (Dominique Mercadier,
Midi Libre), 2 avril.

 

 

Manif anti-Bac : cafouillage en mairie

 

Pas de commentaire. Depuis la manifestation, vendredi soir, contre la Brigade anticriminalité de Millau, c'est le black-out total au commissariat. Personne ne souhaite réagir à ce rassemblement, à la création d'un collectif  «contre les abus de la police» et aux 450 premières signatures d'une pétition anti-Bac. Personne non plus pour répondre aux propos particulièrement violents de l'adjoint au maire, Jean-Dominique Gonzales.

 

 

Présent avant-hier aux côtés des manifestants, l'élu a tout bonnement demandé «la dissolution de cette unité et le départ du commandant Delchambre». Invité à répondre à ses attaques, le patron des policiers millavois n'a pas souhaité jeter un peu plus d'huile sur le feu. «Passez me voir lundi matin», a-t-il précisé avant de prendre congé.

 

Selon nos informations, Éric Delchambre devrait recevoir au même moment le soutien du sous-préfet Paul Boulvrais. «En effet, je serai lundi matin au commissariat de Millau pour apporter le témoignage de ma considération et faire part de la confiance de l'État envers tous les policiers.»

 

Concernant la sortie de Jean-Dominique Gonzales, le représentant de l'État dans le Sud-Aveyron se dit «un peu surpris. En dix-huit de responsabilités dans diverses préfectures, c'est la première fois que je vois un élu mettre ainsi en cause nominativement un agent de l'État.» Et Paul Boulvrais de s'interroger. «Jean-Dominique Gonzales parlait-il en son nom ou au titre de la collectivité ? J'attends désormais que le maire se manifeste.»

 

Le communiqué de Guy Durand (lire ci-contre) s'apparente à une main tendue à l'autorité. Après un sacré bras d'honneur !

 

Guy Durand : «Dialogue»
Au lendemain des propos de Jean-Dominique Gonzales, prononcés lors de la manifestation contre la Bac, le maire souhaite apporter la mise au point suivante : «Ces propos n'engagent que leur auteur et ne sauraient engager la Ville. Une chose est de dénoncer la politique ultra-sécuritaire du gouvernement, une autre est de s'en prendre personnellement à des fonctionnaires de police. Le commandant Delchambre et son équipe ont tout notre soutien dans leurs difficiles missions. Nous avons besoin d'une police de proximité dans tous les quartiers de la commune. La Ville entend les inquiétudes suscitées par la Bac auprès de concitoyens qui ont subi une interpellation qu'ils jugent disproportionnée. Elle mesure aussi le travail réalisé par le commissariat pour garantir la sécurité des biens et des personnes. La responsabilité de la mairie est d'œuvrer à l'apaisement et au dialogue républicain entre la population et sa police. J'appelle chacun à s'engager sur ce chemin.»

Syndicat : «Inadmissible»
Côté syndical, Unité SGP police - Force ouvrière a décidé de réagir : «Hier, à Millau, lors de la manifestation demandant la dissolution de la Brigade anticriminalité, que nous ne pouvons que condamner, M. Gonzales, adjoint au maire, a tenu contre les policiers de ce service, des propos totalement inadmissibles. Unité SGP police - Force ouvrière condamne fermement les propos de cet élu qui assimile les policiers de la Bac à une police franquiste. Les policiers effectuent tous les jours, 24 heures sur 24, leurs missions dans des conditions de plus en plus difficiles et de plus en plus dangereuses. Unité SGP police - Force ouvrière saisit immédiatement le ministre de l'Intérieur pour lui faire part de sa plus vive indignation à l'encontre de cet élu et se réserve le droit d'engager des poursuites judiciaires…»

 

Leur presse (Dominique Mercadier,
Midi Libre), 3 avril.

 

 

Manif contre la BAC : retour de flammes

 

La manifestation de vendredi soir, contre la brigade anticriminalité (BAC) de Millau, n'en finit pas d'émouvoir élus et syndicat de police. Oubliant les 150 Millavois réunis sur le plateau de la gare, tout comme les 450 signatures collectées par la pétition demandant la dissolution de la BAC, les réactions se concentrent sur les propos d'un des élus contestataires : Jean-Dominique Gonzales.

 

Lors du rassemblement, ce conseiller municipal et général socialiste est allé trop loin de l'avis général, en déclarant : «Adolescent, je passais mes vacances en Espagne, sous Franco. Et à l'époque, je n'ai rien vu de tel», en référence à «cette dérive sécuritaire» de la BAC millavoise.

 

Conséquence prévisible de tels rapprochements historiques : dès le lendemain le syndicat Unité SGP police - Force ouvrière condamnait les propos indiquant qu'il se réservait le droit d'agir en justice. Entrant à son tour dans la polémique, le sous-préfet du sud-Aveyron a prévu de soutenir les policiers millavois devant la presse ce matin.

 

La municipalité socialiste, est, elle, plus gênée qu'autre chose. Dans un communiqué envoyé hier, le maire Guy Durand prend du recul par rapport à Jean-Dominique Gonzales, déclarant que ses propos n'engagent que lui. Allant plus loin, l'élu défend les policiers : «Une chose est de dénoncer la politique ultra-sécuritaire du gouvernement Sarkozy-Fillon, une autre est de s'en prendre personnellement à des fonctionnaires de police». Et d'ajouter que «le commandant Delchambre (dont Jean-Dominique Gonzales avait demandé le départ, N.D.L.R.) et son équipe ont tout notre soutien dans leurs difficiles missions».

 

Dans cette chamaillerie politique, qu'en est-il du problème de fond, à savoir les protestations de plusieurs Millavois contre les méthodes «musclées» des agents de la BAC ?

 

Leur presse (La Dépêche), 4 avril.

 

 

Millau : Le sous-préfet au secours des policiers

 

Le sous-préfet de Millau et le directeur départemental de la sécurité publique affichent un soutien sans faille à la BAC et au commandant du commissariat de la Cité du gant après les propos de Jean-Dominique Gonzales qui réclame son départ.

 

 

«J'apporte aux fonctionnaires de police de Millau, dont les personnels de la brigade anticriminalité, et au commandant Delchambre, le soutien et la confiance sans réserve des autorités de l'État.» Le message délivré ce lundi matin par le sous-préfet Paul Boulvrais, accompagné du directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) Laurent Coindreau, est limpide. La BAC de la Cité du gant ne sera pas dissoute — «C'est évidemment hors de question», a lancé le haut fonctionnaire — et, tout comme le commandant de police Éric Delchambre, elle ne mérite pas les critiques qui lui ont été adressées, vendredi dernier (cf. nos précédentes éditions), notamment par Jean-Dominique Gonzales.

 

Pour Paul Boulvrais, les propos tenus par le conseiller général de Millau-ouest — ce dernier a comparé la BAC de Millau aux milices de Franco — sont «scandaleux». «C'est un amalgame injurieux qui relève de l'analphabétisme historique et on atteint là le degré zéro de l'analyse politique», a ajouté le sous-préfet. Il n'est d'ailleurs pas exclu que le ministre de l'Intérieur (son cabinet a été informé) engage des poursuites contre l'élu millavois.

 

«Que les mécontents de la BAC portent plainte»

 

Quant au problème de fond soulevé lors de la manifestation de la fin de semaine dernière — le fonctionnement de la BAC à qui des comportements de «cow-boy» sont reprochés — le représentant de l'État et le DDSP sont formels : il n'y a rien à dire. «On ne peut pas se limiter à des incriminations générales et anonymes et à des injures. Si les policiers commettent des infractions, que ceux qui s'en plaignent témoignent précisément et saisissent le procureur de la République. Et si les faits sont avérés, les policiers seront poursuivis en interne et en externe», annoncent les deux hommes. À ce jour, les quelques plaintes déposées ont été classées sans suite.

 

Reste que la façon dont les agents de la BAC mènent leurs contrôles d'identité ne passe pas à Millau. «Si on était dans le monde des “Bisounours”, les interpellations de nuit se feraient avec des bouquets de fleurs. Mais nous sommes dans la vraie vie et la BAC, qui a des missions particulières, effectue un travail dangereux. Et lors d'un contrôle, les agents ne savent jamais à qui ils ont affaire», rappelle Paul Boulvrais en reconnaissant que «les contrôles de nuit ne sont pas un exercice de convivialité».

 

Bref, la BAC de Millau est irréprochable. D'autant plus que ses statistiques de lutte contre la délinquance sont «excellentes»…

 

La balle dans le camp du maire

 

Paul Boulvrais, le DDSP Laurent Coindreau et le commandant Delchambre sont formels : «Nous continuerons à travailler avec la mairie de Millau». Ce qui n'empêche pas le sous-préfet d'«observer» que «le maire a désavoué son adjoint (Jean-Dominique Gonzales, N.D.L.R.). Il faudra donc qu'il tire les conséquences de son communiqué public. La balle est désormais dans son camp», a lancé Paul Boulvrais qui, hier après-midi, recevait Guy Durand. Ce dernier s'expliquera sur ce dossier lors du conseil municipal, jeudi soir.

 

Leur presse (Denis Slagmulder,
La Dépêche), 5 avril.

 

 

Le sous-préfet au soutien de la Bac et du commandant É. Delchambre : «Envie de rester»

 

Comme il l'avait annoncé samedi, Paul Boulvrais est venu apporter son soutien aux policiers millavois hier matin. Le sous-préfet entendait ainsi réagir aux propos particulièrement violents prononcés vendredi par Jean-Dominique Gonzales et à la manifestation anti-Bac.

 

 

«Cette unité doit être dissoute et le commandant doit partir.» Difficile de lancer une attaque plus frontale. Depuis, Guy Durand, le maire de Millau, s'est désolidarisé de son adjoint appelant pour sa part au dialogue entre la police et la population. Une mise au point nécessaire, selon le représentant de l'État, qui se devait toutefois de mettre les pieds dans le plat à son tour.

 

Entouré de Laurent Coindreau, le directeur départemental de la sécurité publique, d'Éric Delchambre, le commandant de la circonscription de Millau, et du capitaine Lefèvre, Paul Boulvrais est d'abord revenu sur les conditions du rassemblement : «L'appel a été lancé par des tracts anonymes et sur les réseaux sociaux. Loin des règles démocratiques qui régissent d'habitude une manifestation. Ceci étant, je tiens ici à apporter aux fonctionnaires du commissariat de Millau le soutien et la confiance sans réserve des autorités de l'État.»

 

«Le ministère de l'Intérieur se réserve le droit de poursuivre M. Gonzales…»

 

Ce propos liminaire assené, le sous-préfet s'est ensuite occupé du cas Jean-Dominique Gonzales. Il a tout d'abord insisté sur «le caractère scandaleux du ciblage nominatif du commandant Delchambre». «C'est bien là, a-t-il ajouté, une connaissance lacunaire des institutions. La police exerce son travail sous le double contrôle de l'État et du parquet. S'en prendre au commandant Delchambre dans ce cas précis c'est aussi intelligent que de reprocher au postier le prix du timbre. Nul ne conteste à qui que ce soit le droit de critiquer, de mettre pourquoi pas en cause la politique de sécurité du gouvernement, ça fait partie du débat républicain. Là, ce n'est pas le cas. Quand on fait l'amalgame avec la police de Franco, c'est vraiment le degré zéro de la politique. Le ministère de l'Intérieur a été saisi. Il se réserve le droit de poursuivre M. Gonzales pour diffamation, voire pour dénonciations calomnieuses.»

 

Pas le pays des Bisounours

 

Concernant le travail de la Brigade anticriminalité, Paul Boulvrais n'a pas transigé : «Nous ne sommes pas au pays des Bisounours. Elle intervient le plus souvent la nuit, ça ne se passe pas avec un bouquet de fleurs. C'est risqué, dangereux. Ce n'est pas un exercice de convivialité. Pas question de la dissoudre.»

 

Plaintes et pétition

 

On évoque alors les plaintes, les 450 signataires de la pétition anti-Bac, un certain malaise au sein du commissariat, un audit de commandement opéré récemment, le (lourd) silence de certains syndicats habituellement très prompts à en découdre avec la presse (lire aussi par ailleurs)… La réponse fuse : «Que ceux qui se plaignent témoignent. Qui, où, quand, comment, dans quelles circonstances ? Ils peuvent saisir le procureur de la République directement. S'il existe des faits en contradiction avec le code pénal ou la déontologie de la police, ils seront sanctionnés. Dans le cas contraire, s'ils sont imaginaires et dispensés de façon injurieuse, les contrevenants seront poursuivis…»

 

Les Millavoises et les Millavois savent désormais ce qu'il leur reste à faire. Ou pas ! 

 

Dominique Mercadier

 

Syndicat Alliance : «Il faut un changement de cap» 
Très discret jusqu'ici, le syndicat Alliance est sorti de son silence, hier soir. S'il «tient à faire part de son indignation à la suite des propos tenus par un élu de la République, comparant la Police nationale millavoise aux milices franquistes et prônant la dissolution de la Bac», son appréciation de la situation éclaire d'un autre jour la vie au sein du commissariat de Millau.  
«La politique sécuritaire locale menée par le chef de circonscription trouve désormais ses limites, peut-on lire dans le communiqué transmis hier à la presse. La course aux résultats telle qu'elle est menée, organisée, privilégiant le quantitatif au qualitatif a, certes, contribué à améliorer les statistiques mais elle a surtout réussi à exaspérer une partie de la population.» 
Et Alliance de préconiser «plutôt qu'une dissolution de service, un changement de cap de la part du chef de la circonscription, pour une gestion plus adaptée à la nécessité de lutter contre les véritables délinquants de cette ville. Alliance Police nationale réclame depuis fort longtemps l'arrêt à la course aux résultats, contre-productive. Pour Alliance, les policiers doivent se recentrer sur leurs missions de cœur de métier (protection des personnes et des biens, lutte contre les délinquants et autres trafiquants). La population millavoise doit à nouveau pouvoir compter sur sa police nationale.» 
Cette fois, ce n'est pas un élu mais un syndicat policier qui met directement en cause Éric Delchambre.

 

Un vrai malaise…
Si l'on en croit Laurent Coindreau, le directeur départemental de la sécurité publique, il n'y a pas de problème avec la Bac. «Elle est très dynamique et il faut s'en féliciter», prévient-il. Le malaise de la population ? «Sociologiquement, ajoute-t-il,   le Sud-Aveyron a toujours eu l'esprit rebelle.»
Même son de cloche du côté du syndicat Unité SGP : «C'est une unité qui dérange car elle fait du bon boulot. Le métier de policier, vous savez, n'est pas facile. 10'000 agents sont blessés chaque année…»
Problème de commandement. Sous couvert de l'anonymat, d'autres évoquent en revanche des dysfonctionnements. Une histoire bien différente : «Il y a eu des plaintes mais à chaque fois elles ont été minorées ou classées sans suite. Allez voir les gendarmes. Eux aussi ont reçu des plaintes. Ce n'est pas les collègues qu'il faut blâmer mais un véritable problème de commandement qui contribue à des interventions limites.»
Et maintenant ? En dépit du discours de façade des autorités, le malaise semble bel et bien réel dans le huis clos du commissariat de Millau.
Éric Delchambre, aussi soutenu soit-il par sa hiérarchie, est-il encore l'homme de la situation ? En coulisses, certains en doutent déjà. Quid ensuite des policiers de la Bac, après l'attaque en règle dont ils font l'objet ces derniers jours ? Particulièrement délicate, leur mission s'annonce désormais encore plus compliquée.

 

Leur presse (Midi Libre), 5 avril.

 

 

Jean-Dominique Gonzales n'a «rien contre la police nationale de Millau»

 

Jean-Dominique Gonzales, conseiller général de Millau ouest, est critiqué pour ses propos sur la BAC de Millau.

 

Maintenez-vous vos propos de vendredi dernier ?

 

Oui. Mais je précise une nouvelle fois que je n'ai rien contre la police nationale de Millau. Au contraire, je pense qu'elle fait bien son travail et je respecte ce service public. En revanche, je suis formellement opposé à la brigade anticriminalité dont je demande la dissolution.

 

Pourquoi cette sortie ?

 

En tant qu'élu, je me suis fait le porte-parole de tous ces gens qui se sont fait contrôler, plaquer contre leur voiture et fouiller au corps alors qu'ils n'avaient rien à se reprocher. On est à Millau, pas dans les quartiers nord de Marseille, il faudrait s'en rendre compte. On a franchement l'impression que les agents de la BAC sont incontrôlables. Quant au commandant Delchambre, c'est lui le responsable de la police à Millau. C'est donc à lui de faire en sorte que les choses changent.

 

Comparer la BAC à la police sous Franco, tout de même…

 

Mais cela ne me choque pas car quand je vois comment les Millavois se font interpeller, cela me fait penser à un État policier. Je suis un politique (…)

 

Propos recueillis par Denis Slagmulder
Leur presse (La Dépêche), 6 avril.

 

 

Millau demande une inspection de la BAC

 

Hier soir le conseil municipal de Millau a demandé une évaluation des méthodes de la Brigade anti-criminalité. Elle en appelle à une enquête de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

 

La démission de Jean-Dominique Gonzales de son poste d'adjoint au maire semblait aller dans le sens de l'apaisement. Le conseiller général avait mis le feu aux poudres en comparant la Brigade anticriminalité (BAC) de Millau aux milices de Franco, donnant à la manifestation anti-BAC une nouvelle dimension.

 

Aujourd'hui Jean-Dominique Gonzales assure qu'il avait envisagé cette démission «au lendemain des Cantonales». Soit. Et peu importe : elle tombe à pic pour dissocier la municipalité du conseiller général, et offrir un apaisement des relations entre la ville et ses policiers.

 

Hier soir, en séance du conseil municipal, c'est également par «souci d'apaisement» que les conseillers municipaux ont voté une motion (l'opposition a voté contre) demandant une enquête de l'IGPN (via la préfète). Et là, le doute est permis : les policiers accueilleront-ils cette demande comme un signe «d'apaisement» ? Rien n'est moins sûr…

 

Certes les conseillers municipaux reconnaissent le «sens aigu du devoir» et les conditions de travail «souvent difficiles», «accentuées par le manque d'effectifs et de moyens» ; ils reconnaissent le «travail, souvent couronné de succès» des policiers. Mais ils prennent également en considération les propos de certains administrés (et leur manifestation) qui «se sont émus des conditions de leur contrôle» par la BAC de Millau.

 

Pour les élus millavois, seule une enquête de l'IGPN permettra «une évaluation impartiale des méthodes» de la BAC.

 

Millau imagine qu'ensuite «la confiance entre la population et sa police» pourrait être restaurée à travers un «dialogue républicain», «respectueux», «dépassionné», dans le cadre du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), coprésidé par le sous-préfet et le maire.

 

Pourquoi pas. Mais en attendant cette ambiance «dépassionnée», ce «débat républicain» et ce climat de confiance, c'est le rapport de force qui perdure : d'un côté les policiers de la BAC soutenus par leurs confrères et leur hiérarchie ; de l'autre les élus millavois qui ne manquent pas de rappeler dans leur motion quelques points du Code de déontologie de la police.

 

Leur presse (La Dépêche), 8 avril.

 

 

La manifestation contre la Bac fait déjà des vagues

 

Le fait est suffisamment rare pour être signalé. Un appel à manifester contre la Bac (brigade anticriminalité) de Millau a été lancé ces derniers jours. Les réseaux sociaux ont fait le reste. Et si l'on en croit les échos du web, le rassemblement, prévu cet après-midi, à partir de 18 heures, devant la gare, pourrait réunir plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de personnes.

 

Les griefs contre la Bac ne sont pas nouveaux. Régulièrement, ils remontent jusqu'à nos oreilles. Dans le même temps, le commandant Delchambre se félicite du travail de cette unité, indispensable, selon lui, pour assurer la sécurité en ville. Le patron des policiers millavois met également en avant l'absence de plaintes ou de preuves tangibles qui pourraient justifier une enquête interne.

 

Devant cette montée en puissance de la contestation, la riposte n'a d'ailleurs pas tardé. Dès hier, Unité SGP police et le Snop ont tenu à apporter leur soutien (lire ci-contre) à leurs camarades. Tout cela ne serait, selon eux, que fantaisies et contre-productif «dans le difficile contexte de progression des atteintes physiques aux personnes, phénomène impossible à enrayer depuis des années et dont se plaint une grande partie de la population». Visiblement, tout le monde ne partage pas ce point de vue.

 

Leur presse (Dominique Mercadier,
Midi Libre), 1er avril.

 

 

À Millau, la brigade anticriminalité devient motif de manifestation

 

De prime abord, et vu la date choisie, l'information pouvait inciter à pencher pour un «poisson d'avril». Mais pour le syndicat Unité SGP Police, l'appel à la manifestation, ce vendredi, à 18 heures, sur le plateau de la gare de Millau est bien réel.

 

Ce soir, en effet, plusieurs personnes ont prévu de se retrouver pour manifester «contre la brigade anticriminalité (BAC) de Millau». Ils entendent ainsi protester contre ce qu'ils appellent des provocations régulières et le «caractère mineur» des motifs d'interpellation avancés par ces agents. Pour quelques Millavois, cet appel «n'est pas étonnant». Beaucoup, notamment un groupe sur le site internet Facebook, évoquent un «comportement de cow-boy» de la part de ces policiers.

 

Ce que, bien évidemment, conteste le syndicat qui, dans un communiqué, entend protester «contre ce genre d'actions fantaisistes». Dans son rôle, Unité-SGP Police affirme son «total soutien» à cette unité du commissariat millavois «qui, tout au long de l'année, réalise de nombreuses affaires et interpellations liées à des crimes et délits».

 

Une chose est sûre pour Patrice Ricard, secrétaire régional adjoint de l'organisation : «les méthodes de la BAC ne peuvent pas être contestées car les agents, qui sont tous des policiers confirmés, respectent le code de déontologie», assure-t-il.

 

Suffisant pour convaincre les Millavois de ne pas manifester ce soir ?

 

Leur presse (La Dépêche), 1er avril.

 


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