Manif contre la vidéosurveillance sous pression policière à Dijon

Publié le par la Rédaction

Dernière visite avant démontage

Un peu plus de cent personnes se sont retrouvées Place François Rude, samedi 20 février, pour fêter le (faux) démontage des caméras de vidéosurveillance dijonnaises.

L’objectif de la manif est de faire un (dernier) tour des globes oculaires sécuritaires de la mairie malvoyante (rappelons qu’en 2007, la municipalité de gauche avait jugé bon de faire le jeu du gouvernement de droite en installant ces bijoux technologiques, faisant ainsi s’effacer complètement les maigres différences pouvant encore distinguer le PS de l’UMP). Dernière visite avant démontage, c’est ce que titrent les articles détournés du Bien Public (torchon local) que les manifestant-e-s distribuent pendant la déambulation.

Sur la place, avant de partir en cortège, filer le tract aux passants donne le ton : «Mais les caméras, moi je suis pour ! Faut en mettre surtout aux Grésilles (la banlieue “chaude” de Dijon), chez les bicots, là où volent les mouches à flics.» Le grabataire raciste, auteur des propos, a le mérite d’attirer l’attention des passant-e-s sur la manifestation et de nous rappeler les raisons du rassemblement.

Le départ est donné rapidement en direction des halles du marché où nous rencontrons notre première caméra. On peut alors tester le dispositif qui servira à cacher les engins liberticides tout au long de la déambulation : un sac-poubelle arrimé à des ballons gonflés d’hélium qui doit venir recouvrir la sphère vidéosurveillante. Le vent trop fort fait finalement échouer ce premier test.

Les passant-e-s qui nous regardaient amusé-e-s semblent déçus de notre échec. Certains nous encouragent, d’autres nous disent qu’ils n’étaient «même pas au courant de l’existence de la vidéosurveillance à Dijon». On les invite à nous suivre, content que les dijonnais restent réceptifs à ce genre d’action, qu’ils trouvent ça aussi marrant que nous de cacher les caméras !

Nous partons en direction de la Place Grangier où une deuxième tentative est faite, pas très loin d’un nid de condés, CRS, BACeux et autres piteux shérifs. Trop de vent, encore une fois. On y arrive finalement pour le troisième essai, entre les Galeries Lafayette, le MacDo et le magasin de moutarde. Là, sous l’œil attentif et bien amusé d’un maximum de passant-e-s, nous allons rendre au sac-poubelle son utilité : emballer les ordures ! Applaudissements et hurlements de bonheur dans nos rangs, sourires complices de ceux qui se sont arrêtés sur le trottoir pour nous regarder agir. Et la manif repart de plus belle.

Après une autre caméra emballée, une prise de tête avec les poulets de la BAC pour «atteinte au droit à l’image» (on vérifie là qu’ils n’ont pas réussi à comprendre l’objet de la manif), nous remontons la rue Piron au milieu du flot de voitures. L
a banderole survole les bagnoles qui n’ont pas été arrêtées par les flics, trop occupés à cimenter un mur démesuré de CRS en cas du durcissement de la prise de bec. On bifurque par la rue du Bourg, la remontons rapidement pour cacher encore une caméra.


En longeant la mairie, les gigantesques portes se ferment brutalement avant notre passage. On doit leur faire peur, nous qui pensions donner l’image d’une déambulation joyeuse et festive ! En même temps, on se rend bien compte que les passant-e-s la prennent comme ça et réagissent à l’inverse du personnel municipal. Une dernière caméra est rendue aux ordures, un dernier mot des «guides» qui organisaient la visite des vestiges de la civilisation sécuritaire, puis nous dispersons la manif.


Et c’est le moment que choisissent les cow-boys demeurés pour serrer deux des manifestant-e-s qui graffaient sous l’œil glauque des caméras pendant la manif. À la manière des plus cons des flics, ils sont quatre condés et deux de la BAC à monter une embuscade pour choper violemment les deux potes restés en fin de cortège, et les faire passer de l’autre côté du mur de CRS. On est complètement outrés par la provocation gamine et injustifiée des sbires de l’Etat envers les deux manifestant-e-s et puis envers cette manifestation qui s’est déroulée le plus calmement possible, sans incident, dans le plaisir et la meilleure humeur.

De notre côté, on choisit de ne pas répondre aux keufs, de ne pas rentrer dans leur jeu stupide et on continue sagement à rentrer au bercail. Un petit groupe reste quand même prendre des nouvelles des potes enfermé-e-s dans les camions de CRS, juste assez pour savoir que c’est effectivement pour un graf au sol qu’ils s’en vont au poste. Dérisoire.

Pour finir, deux autres manifestant-e-s seront emmerdé-e-s par les condés. On leur demandera d’effacer les photos où les bleus apparaissent. «Pourquoi vous manifestez contre les caméras ? Si vous avez rien à vous reprocher, elles posent pas de problèmes» dit le grand con des BACeux. «Et toi, si t’as rien à te reprocher, elles te gênent en quoi nos photos ?!» aimeraient lui répondre les manifestant-e-s intercepté-e-s !

Désagréable fin de parcours donc, pour une manif des plus joviale. On mesure encore une fois l’absurdité d’un tel déploiement des forces de polices, pour une centaine de manifestants inoffensifs, et l’appel à la réponse violente qu’il suscite, les flics s’amusant sans cesse à nous taquiner pour nous faire sortir de nos gonds.

On apprendra par la suite que les deux potes emportés ont «seulement» écopé d’un rappel à la loi, pour le graf à terre. Beaucoup de bruits et d’emmerdements pour rien, au final. Comme toujours, on serait tenté de dire.

Une fois les voitures de flics s’en allant, un CRS sans son casque m’adresse un joyeux et provocateur signe de la main : «Salut, à la prochaine». Tout sourire le chapon, animal de basse-cour qu’on se boufferait bien, mais que son geste rend absolument ridicule.

Brassicanigra, 24 février 2010.


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