Lyon : Retour sur l'intrusion policière au Grand Lyeu

Publié le par la Rédaction


Mercredi 3 mars aux environs de 16 heures au squat du Grand Lyeu trois flics se sont introduits… S’ensuit contrôle d’identité, photos du lieu et piochage dans l’infokiosque. Récit.

Le mercredi 3 mars aux environs de 16 heures, nous étions six habitant.e.s de la maison à vaquer à nos occupations habituelles, entre cuisine, bricolage et farniente sous les premiers rayons du soleil de mars… bref… c’est certainement attirée par cette ambiance printanière que la flicaille décide de nous rendre une visite de courtoisie…

Les personnes présentes dans le jardin voient alors débarquer un illustre inconnu, visiblement rentré par le grand portail de la maison, et ne portant aucun signe distinctif permettant de supposer son appartenance à notre corps de métier préféré.

Il y a un moment de flottement où nous nous demandons tous d’où sort ce type et quelles sont ses intentions, puis tombe enfin la réplique culte de ce genre de mauvais film : «Bonjour messieurs, contrôle de police !» De là notre nouveau copain joint le geste à la parole en nous agitant son brassard sous le nez. De là nous lui rappelons qu’il n’a rien à faire là, que nous sommes dans notre domicile et ainsi protégé.e.s par [sa] loi. Rien à faire, il cherche visiblement à gagner du temps en bafouillant que c’est un squat, que le portail était ouvert (?) et qu’il est donc dans son droit, sur quoi il nous demande d’ouvrir la porte à ses collègues. Devant notre refus, il commence vraiment à s’énerver, et va lui-même ouvrir.

Nous faisons une nouvelle tentative pour protéger la maison, profitant de ce contretemps pour fermer la grande porte à clef, une partie des habitant.e.s restant dans la cour et l’autre à l’intérieur, surveillant ce qui se trame. Deux autres flics rentrent, un homme et une femme. Celle-ci semble la plus gradée, et est clairement la plus agressive, menaçant directement de casser la fenêtre et d’appeler des renforts. À partir de là, pas grand-chose à faire, ni les rappels du code du logement, ni la menace d’appeler un avocat ne fonctionne, les identités sont relevées et les keufs commencent à vadrouiller dans la maison, piochant dans l’infokiosque un large panel de brochures (de Siné Hebdo à Rebetiko, en passant par des manuels de bricolage et des zines féministes. Et même pas une piécette dans le prix libre, bande de radins !) Et surtout, prenant des photos de tout ce qu’ils voyaient, prétextant le fait que la maison n’est pas aux normes, la cheftaine de cette joyeuse bande déclarant d’ailleurs être habilitée ERP (la norme des Établissement Recevant du Public, comme les salles de concert ou les MJC). C’est le début de la reconnaissance !

Cette petite balade dans les lieux n’aura duré qu’une dizaine de minutes, puis la conversation prend un tour beaucoup plus surprenant. Jouant les gentils policiers, illes se mettent à débattre sur le pourquoi du comment de nos pratiques, tour à tour compréhensifs (la solidarité, la crise blablabla…), moralisateurs (les pauvres voisin.e.s et le tapage nocturne) ou blessé.e.s (mais pourquoi vous nous haïssez, nous on défend la veuve et l’orphelin…), tout en glissant entre deux phrases innocentes des questions beaucoup plus orientées (sur les soutiens aux sans-papiers, les dégradations de D.A.B. ou les mouvements étudiants).

Dans ce genre de cas, et malgré l’apparente décontraction de la situation, nous avons affaire à des représentants de l’ordre en quête d’informations et il faut garder à l’esprit que nous ne sommes nullement tenus de répondre à leurs questions. Pour nous, cela reste un coup de pression de plus, pas le premier et pas le dernier, mais la méthode intrusive de cette visite nous a un peu laissé.e.s sur le cul… Mais pas très longtemps ! La vie du Grand Lyeu suit son cours et réserve encore quelques surprises !

Rage et courage !

Rebellyon, 8 mars 2010.

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