Leur justice travaille à Pau

Publié le par la Rédaction

Une amende avec sursis pour des tags au Tour

 

Finalement, ils ont écopé une amende de 300 euros avec sursis. Haritza G…, Émilie M… et Leire L… ont connu la décision du juge du tribunal correctionnel de Pau, à l’issue du procès qui a eu lieu hier.

 

Condamnés par la cour pour «dégradation de biens publics», ils avaient peint des inscriptions sur le parcours du Tour de France. Des slogans mettant en exergue le conflit politique dont fait l’objet le Pays Basque. Les faits datent du 24 et 25 juillet 2007 et la procédure judiciaire a abouti en plein Tour de France, à quelques jours de leur prescription.

 

Une semaine après les faits, les trois jeunes avaient été entendus par les enquêteurs, lors d’une garde à vue, et leur domicile avait été perquisitionné. Depuis, ils n’avaient eu aucune nouvelle de l’affaire.

 

Hier, à l’extérieur du tribunal, une vingtaine de personnes s’est rassemblée en solidarité avec les trois jeunes et répondant à l’appel d’Askatasuna. 

 

Le Journal du Pays basque, 16 juillet 2010.

 

 

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Tags en roue libre sur le Tour de France : pas une affaire d’ETA !

 

Le trio de tagueurs l’a échappé belle sur la route du Tour 2007 en Soule. Des graffitis signés ETA auraient pu leur valoir la voiture balai !

 

«Vous nêtes pas poursuivis pour des motifs politiques. Mais comme si vous aviez écrit sur la route “Marcel aime Raymonde” ! Ça se gondole dans les travées. Le président Yves Poumeau de Lafforest semble toutefois, à tout le moins, un brin dubitatif. La maréchaussée mauléonnaise, le nez dans le guidon, avait été troublée ce même 25 juillet 2007, par deux attentats commis contre des résidences privées à Larrau et Licq-Athérey, revendiqués par les autonomistes basques.

 

Tandis que les pédaliers avalaient lAubisque, lenquête qui faisait une montagne des incidents accoucha dune souris. Sans que soit établi un lien entre les exactions et les œuvres sur asphalte accrochées aux cimaises de la Grande Boucle. À Gotein et à Trois-Villes, les deux jeunes filles et le garçon, originaires de Bayonne, Saint-Jean-de-Luz et Oloron, avaient eu recours à la peinture sans tourner autour du pot ! Pour plaider en euskara et en toutes lettres en faveur de lindépendance dun Pays-Basque pas au bord du rouleau…

 

En affirmant au passage que celui-ci nétait pas à vendre. Et en revendiquant lamnistie pour les prisonniers dETA. Le trio fait valoir ses convictions. La caisse de résonances que constitue le Tour avait servi de tribune à la jeunesse souletine protestant contre une surrenchère immobilière qui faisait main basse sur les terres.

 

Reste que cet exercice graphiste vindicatif tombe sous le coup de la prévention. Le ministère public requiert à lencontre du gruppetto, en roue libre sur le faux plat de lemploi, 150 heures de travail dintérêt général. Me Aramendy na pas à passer le grand braquet. Lavocat, plutôt partisan dune dispense de peine, en connaît un rayon sur la tolérance entourant les inscriptions sur le passage de lépreuve cycliste. Il enchaîne en disant que le message navait rien dune apologie du terrorisme. 300 euros damende avec sursis. Pas vraiment le Tour de vis…

 

Leur presse (Jacques Caubet,
La République des Pyrénées), 16 juillet.

 

 

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Les tagueurs finalement mis à l’amende

 

300 euros d’amende avec sursis pour les militants basques.

 

Aritza G…, 31 ans, Leire L… et Émilie M…, 25 ans, arrivent au tribunal de Pau avant une petite bande disséminée de militants du mouvement Libertat, venus les soutenir. «On les soutient presque complètement. Cest une lutte juste. Après, les moyens…» dit lun deux.

 

Les trois jeunes, dont le casier judiciaire est vierge, comparaissent pour dégradation de bien public. Dans la nuit du 24 au 25 juillet 2007, à la veille du passage du Tour de France dans le Pays Basque, ils sont interpellés alors quils taguent un mur, à Larrau pour lun dentre eux, et à Trois-Ville pour les deux autres : «Le cri», «Rejoignons-nous et luttons ensemble», «Un village = un gaxtetxe» [maison de jeunes, NDLR], «Armistice totale» ou … «Vive Bibi».

 

Ce nest pas la teneur des propos qui est jugée par le tribunal mais la dégradation de bien public. Les prévenus encourent une peine de 500 € damende.

 

Yves Poumeau de Lafforest, qui statue seul, prend linitiative : «Vous avez pensé que le Tour de France était une bonne occasion pour faire passer vos revendications ?» Émilie M… acquiesce : «Je cherche à faire connaître mes opinions et les problématiques du Pays Basque. Nous avons utilisé ce procédé pour que les tags soient visibles depuis les hélicoptères qui filment le Tour.»

 

«Une décision politique»

 

Des «faits détestables» pour le procureur, Patricia Boncœur. Elle requiert une peine de 150 jours de travail dintérêt général, étant donné la situation professionnelle — sans-emploi — des accusés. Leur avocat, Me Philippe Aramendi, sinterroge : «Pourquoi sont-ils convoqués devant le tribunal ? À chaque fois que je regarde le Tour de France, les routes sont taguées. Ces tags ont un caractère nationaliste qui dérange car le Pays Basque dérange. Et je vous demande de faire la part des choses et de ne pas être influencé. Cest comme sils avaient écrit Marcel aime Raymonde.» Il demande à ce que ses clients soient déclarés coupables, mais quils soient dispensés de peine.

 

Le juge se retire pour prendre sa décision. Les tagueurs sont condamnés à 300 euros damende avec sursis.

 

Sur les marches du tribunal une vingtaine de soutiens entoure Émilie, Leire et Aritxa. Celui-ci déclare : «Cest une peine de principe mais cela reste une décision politique. À chaque fois que le Tour passera nous serons présents, dune manière ou dune autre. Pour faire parler du statut du Pays Basque.» Ils ont décidé de ne pas faire appel.

 

Leur presse (Marion Wagner, Sud-Ouest), 16 juillet.

 


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