Leur justice travaille à Lyon

Publié le par la Rédaction

Cour d'appel de Lyon suite aux manifs suivant l'élection de Sarkozy en 2007

Un jeune homme et deux jeunes filles étaient sorti(e)s à Lyon le 8 mai 2007. Ils se sont tous et toutes retrouvées gazées sur la place Bellecour car il y avait un mouvement important contre l'élection de Sarkozy. Désirant retrouver la voiture qui était stationnée près de la place des Terreaux, elles se sont repliées à cet endroit. Mais, l'une d'elles s'est fait poursuivre par les flics, tandis que l'autre retrouve son copain qui était encerclé par les flics sur la place des Terreaux alors que s'organisait un sit-in pacifique, tandis que lui essayait de maintenir le calme au sein de ce sit-in et il y avait réussi. Mais cela ne l'a pas empêché de recevoir un tir de flashball directement sur lui.

La première jeune fille a été repoussée par les flics jusqu'aux pentes de la Croix-Rousse. Là elle a appelé son amie sur son portable pour se retrouver à la voiture. Quand elle est arrivée place des Terreaux, elle a vu le jeune homme tout à fait tranquille, mais à terre, menotté, en train de se faire taper dessus par les flics. L'autre jeune fille est alors venue lui porter secours car c'est son copain. Alors la première est venue simplement demandée pourquoi le jeune homme se faisait tabasser. Là, ce sont les flics qui se sont énervés et ils ont arrêtés tout le monde.

Tous les trois se sont retrouvés en garde à vue à l'hôtel de police Marius Berliet. Là ça a été de mal en pis. Le jeune homme a été pris à part. Les deux jeunes filles se sont retrouvées dans une grande salle où un autre gars était menotté, à plat ventre au milieu de la salle avec un flic qui lui avait mis le pied, chaussé de rangers, sur sa cheville. Au bout d'un moment il s'est mis à hurler car il lui avait pété le tendon d'achille. L'une des jeunes filles, par solidarité, lui a dit qu'elle pouvait se porter témoin.

Alors les flics se sont jetés sur elle, et comme elle leur a dit qu'elle n'aimait pas la violence, ils l'ont tabassé dans un coin reculé. L'un des flics lui a mis un énorme coup de poing dans la figure, avant qu'elle reçoive des coups sur l'ensemble du corps en étant plaquée contre un mur. Une policière a même essayé de l'étrangler. Puis, cette même policière lui a donné un violent coup de pied dans le genou.

Résultat pour elle : luxation grave de la rotule (elle a été obligée de marcher plusieurs semaines avec deux béquilles), marques de strangulation, et hématomes partout sur l'ensemble du corps.

Le jeune homme est passé en comparutions immédiates le 9 mai 2007 accusé d'avoir eu l'intention de lancer une pierre de la taille d'un pavé sur les policiers. Le procureur avait demandé 6 mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Les policiers demandait 300 euros de dédommagement et l'avocat des policiers 500 euros de frais de justice. L'avocat de la défense de ce jeune homme avait déclaré qu'il était tout à fait nouveau que la justice puisse cautionner d’indemniser un préjudice virtuel (l'intention de lancer une pierre) alors que les dédommagements ne peuvent s’effectuer que pour des faits réels, et avait demandé par conséquent la nullité de ce préjudice. Il avait été en fin de compte condamné à deux mois de sursis et 250 euros de frais de justice.

Les deux jeunes filles sont sorties de garde à vue le lendemain dans l'après-midi. D'ailleurs les policiers ont volé à l'une des deux une chaînette en or et une bague en or, car elles ont été obligées de signer un dépôt d'objets sur une feuille vierge où rien n'était indiqué. L'autre jeune fille a porté plainte pour les blessures illégitimes qu'elle a subies, mais elle n'a encore, à ce jour, aucune date de procès des policiers.

Elles ont reçu, par contre, une convocation pour un procès le 21 janvier 2008 où elles ont été relaxées toutes les deux, ce qui était la moindre des choses.

Et bien, les policiers et le ministère public ont fait appel de ce jugement et elles ont été convoquées de nouveau le vendredi 11 décembre 2009 à la Cour d'appel de Lyon. Or, la quatrième chambre de Cour d'appel de Lyon, c'est l'horreur, car les flics même s'ils mentent ont toujours raison.

L'une d'elles était accusée d'outrages et rébellion pour des mots qu'elle n'avait pas dit. L'autre jeune fille était accusée d'outrages pour des insultes qu'elles n'avait pas prononcé. Et en plus, le magistrat a tenu compte de 3 mois de sursis pendant 5 ans qu'elle avait eu en 1998 (c'est-à-dire onze ans avant !) pour avoir brûlé un drapeau français.

Et dans le délibéré de la Cour d'appel de Lyon qui s'est passé le lundi 11 janvier 2010, elles ont été condamnées chacune d'elles à 1120 euros ! (300 euros de dédommagements aux policiers, 200 euros de frais de justice, 500 euros de jours amendes à 5€, et 120 euros de frais de procédure).

Elles n'en reviennent pas…

Témoins Lyon - Résistons ensemble, 21 janvier 2010.

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