Lettre ouverte à M. Squarcini

Publié le par la Rédaction

Cher Bernard Squarcini,

 

Nous postons cette lettre sur les sites d’information alternatifs Indymedia, étant ainsi assurés quelle vous parviendra dans les meilleurs délais.

 

Nous prenons connaissance ce jour de votre dernier entretien de complaisance, dans Le Figaro . Voyez-vous, cela fait trois ans que nous vous avons sur le dos, et nous commençons à connaître vos manières. En juin 2007 déjà, vous aviez choisi le même journal pour entamer votre campagne de «sensibilisation» à la menace ultra-gauchiste, avec lassurance que vos balivernes seraient bientôt reprises par les paresseux plumitifs de tant dautres feuilles, que vous nourrissez des mêmes mensonges de première main. À lépoque déjà, nous en avions tiré la conclusion que des rafles ne sauraient tarder, auxquelles vous prépariez ainsi le terrain. La suite est connue : prison préventive pour des fumigènes, circulaire Dati imposant la saisie du parquet antiterroriste pour de simples tags, affaire de Tarnac, section antiterroriste traquant ceux qui luttent au côté des inculpés de Vincennes ou rouvrant des enquêtes closes remontant au CPE, etc. En bonne logique, nous en déduisons que vous préparez de nouvelles opérations dampleur pour une date proche. Faites attention, Monsieur Squarcini, vous devenez prévisible.

 

 

Naturellement, on narrive pas à une telle conclusion sur la simple foi de vos bonnes paroles. Cest le salut de ceux que vous servez qui limpose. Comme on sait, le roquet qui vous tient lieu de maître ne sagite que les yeux rivés sur sa réélection en 2012. La présidence du G20 est tout ce quil a trouvé pour sacheter une stature dhomme d’État. Cest évidemment vain, étant ce quil est. Il faut toute la touchante naïveté du parvenu pour croire que lon se mettra à le respecter en France sur la rumeur quil en imposerait à létranger. Or, qui peut ruiner cette apothéose en carton du G20, sinon ceux qui régulièrement, et encore récemment à Toronto, viennent saboter les festivités militarisées des «maîtres du monde» ? Qui ? La réponse est simple : ceux que lon sapprête à rafler sous quelque prétexte que ce soit. Telle est la «feuille de route» que lon vous a transmise, et qui se lit aisément entre les lignes de votre dernier interview. Un grand coup de pied simpose dans la fourmilière «gauchiste» afin de désarçonner préventivement toute velléité de sattaquer au prochain G20. Les mois qui viennent présentent la configuration idéale : assez éloignés du sommet pour que lon ne fasse pas trop bruyamment le rapport, et assez proches pour que leffet de dissuasion fonctionne à plein.

 

Cela fait trois ans que vous collectionnez des rumeurs, de lADN, des textes, des écoutes, que vous infiltrez, fichez, filez, photographiez, interceptez, notez, perquisitionnez ; tôt ou tard, il faut bien utiliser linformation recueillie, car linformation aussi se périme ; et il faut tout recommencer. Le moment est venu de faire en grand lusage de tout ce que vous croyez savoir. Nous ne vous croyons pas assez stupide pour rééditer le fiasco de Tarnac ; aussi cette fois-ci vous munirez-vous déléments plus «probants» et qui sait concerterez-vous cette opération avec quelque police étrangère : les Belges ne ruminent-ils pas depuis de longs mois contre les «vandalo-violents» ? la Grèce, lItalie et lAllemagne depuis des décennies contre les «anarchistes», «insurrectionnalistes» et autres «autonomes» ? Seulement voilà : votre stratégie est éventée. Vos ficelles sont trop grosses, vos motivations trop transparentes. Une fois de plus, vous allez rafler des gens non pour ce qu’ils auraient fait, mais pour ce quils pourraient faire. Vous allez prétexter on ne sait quel acte passé (dix vitrines cassées à Poitiers, par exemple) pour les empêcher de nuire aux plans de votre infantile monarque. Vous dites que la «détection de la menace» est le «must de votre activité», nous disons que la fusion du judiciaire et du renseignement dans la DCRI fait delle un organe de terreur maligne. Pour tout vous dire, nous sommes assez curieux de voir comment vous allez réussir à travestir cette pure opération de police politique en mesure salvatrice pour la démocratie.

 

À force de vivre sous vos yeux, nous avons fini par pénétrer vos raisons, et nous les avons trouvées bornées. Naturellement, nous comprenons que vos dirigeants soient hantés par le spectre de la Grèce. Nous comprenons aussi leur inquiétude dêtre tenus par à peu près tout le monde pour les pourritures quils sont. Comme le reconnaissait récemment Mathieu Kassovitz, le mystère nest pas quune poignée d«extrémistes» se révoltent, sémeutent, pillent et cassent, mais que la masse des gens, témoins chaque jour de laberration, de la manigance, de lobscénité qui les gouvernent comme des formidables crimes du régime nentreprennent rien pour sen débarrasser. Il devient chaque jour plus difficile de ne pas comprendre pourquoi fracasser des banques ou des sièges de multinationales pétrolières, pourquoi attaquer des commissariats, pourquoi haïr la justice, la politique et le capitalisme. En Grèce, ce ne sont pas des anarchistes qui ont tenté de prendre dassaut le Parlement, mais des grévistes conséquents. Vous semblez croire quen nous soumettant à un harcèlement judiciaire et policier, quen exaspérant un nombre circonscrit de militants inscrits dans vos fichiers vous arriverez à pousser lun ou lautre à quelquacte délirant ou indéfendable, à faire naître chez quelquun le raisonnement que, quitte à finir en prison, autant que ce soit pour quelque chose de sérieux, et non pour un autocollant sur un distributeur de billet. Malheureusement pour vous, nous sommes assez lucides sur la situation, et aucun dentre nous naspire au rôle héroïque davant-garde sacrificielle. Lexistentialisme armé des années 70 ne nous tente pas plus que cela, et nous savons être patients. Notre existence témoigne simplement de la profonde maladie qui frappe votre ordre social ; vous pouvez bien tenter de nous anéantir, la maladie restera, intacte et toujours aussi mortelle.

 

Monsieur Squarcini, depuis deux ans quexiste la DCRI, le flambant «FBI à la française» que vous promettiez na réussi à sillustrer que par deux chefs d’œuvre : laffaire de Tarnac et lenquête sur les rumeurs de vaudeville présidentiel, si lon excepte sa production cinématographique, tel que le grotesque reportage dautopromotion diffusé récemment sur France 2. Arrêtez les frais, Monsieur Squarcini ! Et dissolvez la DCRI avant quelle ne soit noyée par le ridicule ; le ridicule quil y a, par exemple, à se vanter de déjouer des attentats contre vous-mêmes.

 

En vous souhaitant une prompte retraite, à Gap ou ailleurs.

 

Comité Central de lUltra-Gauche Ultra-Organisée (CCUG-UO) 
Indymedia Nantes, 30 juin 2010.

 


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Marielle 08/03/2011 01:14


Je ne sais pas trop qui est ce M. Bernard Squarcini, mais, jarnidieu, qu'est-ce qu'il peut être laid !!!