Soutien Villiers-le-Bel : Menace d'interdiction du concert de Rouen

Publié le par la Rédaction

Réponse des organisateurs rouennais du concert de soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel (le 19 mai avec Demon One, Kommando Toxik, Abou2ner, DJ Plaiz, Dokou, Légendaire, Gueltou et DJ Smoke) à l’article paru dans le Paris-Normandie daté du samedi 15 mai 2010

 

Le 11 mai dernier, alors que la campagne de soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel était à peine lancée, nous découvrions simultanément dans le Figaro et sur le site d’extrême-droite Novopress.info que le syndicat de police Union Unité police/SGP FO se disait scandalisé par notre démarche et en appelait à son ministre de tutelle, Brice Hortefeux, afin qu’il vienne mettre un coup d’arrêt à cet élan de solidarité qu’il ne semblait vouloir partager.

 

Aujourd’hui, samedi 15 mai, c’est par voix de presse, dans l’édition quotidienne du Paris-Normandie que nous découvrons la nouvelle tentative d’intimidation des syndicats de police. Le syndicat Unité SGP Police, par la voix d’Olivier Marin et de Frédéric Desguerre (sic) en appelle au préfet afin qu’il interdise le concert prévu le 19 mai à Rouen à la salle Sainte Croix des Pelletiers. Tentative de censure qu’ils modèrent dans les pages du Paris-Normandie mais assument entièrement dans la-dite lettre au préfet. L’article du journal se clôt par la menace d’une manifestation des forces de l’ordre aux abords du concert.

 

 

Nos deux scribouillards syndicaux — qui avaient entre-temps créé un groupe sur le réseau social facebook où les commentaires d’injures, de menaces et de diffamation la plus crasse s’étalent à longueur de page — justifient confusément leur tentative d’intimidation et de censure de deux manières.

 

Tout d’abord, le soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel n’étant pas de leur goût, il devrait être interdit. Ou comment un simple syndicat de forces de l’ordre s’essaie à jouer la police politique. Ne leur en déplaise, jusqu’à nouvel ordre, soutenir des personnes inculpées parce que l’on conteste ce qui leur est reproché ou parce que l’on est solidaire de leur cause n’est ni un crime ni un délit. L’appel à la «révolte contre le pouvoir» que nous impute ce syndicat est au contraire, pour beaucoup un précieux héritage. Jusqu’à Éric Cantona qui déclarait il y a quelques mois que c’était là l’idée qu’il se faisait de l’identité française.

 

 

Faut-il préciser ici qu’en insinuant qu’il serait délictueux de soutenir des inculpés pas encore jugés, ce syndicat porte ouvertement et directement atteinte à la présomption d’innocence.

 

La deuxième justification apportée par ces messieurs concerne le contenu des paroles de certains des artistes qui se produiront ce soir-là. Les textes leur paraissent trop peu chaleureux à leur endroit. Serait-il interdit de ne pas aimer la police ? Nous ne rentrerons pas ici dans une explication de texte, nous nous contenterons d’encourager ces fonctionnaires précautionneux à mener leur démarche jusqu’au bout et sans discrimination. Nous attendons donc de leur part qu’ils réclament l’interdiction de vendre et de diffuser les œuvres de milliers de groupes de rap français, y compris de ceux qui ont reçu des victoires de la musique, ainsi que de toute l’œuvre de Georges Brassens, de Renaud et que d’une partie de celle de Johnny Halliday et pourquoi pas même le sketch nommé «la police» des Inconnus.

 

 

Concernant la tentative d’intimidation qui nous paraît la plus grave, à savoir la menace d’une manifestation de policiers aux abords et contre le concert du 19 mai : il semblerait que l’autorité du préfet — dans son rôle de garant de l’ordre — se trouve mise à l’épreuve par ses propres forces de l’ordre. Cocasse. Mais nous ne laisserons pas notre concert être perturbé par une émeute de policiers. Nous ne laisserons pas la police faire du centre-ville de Rouen son territoire, sa zone de non-droit. Et cela par tous les moyens qui nous paraîtront nécessaires, y compris par le biais de nos avocats.

 

Nous appelons toutes les personnes solidaires des inculpés de Villiers-le-Bel ainsi que toutes celles et ceux qui trouvent intolérable que ce concert puisse être menacé, à venir, quoi qu’il arrive, le 19 mai à 19H à la Salle Ste Croix des Pelletiers de Rouen.

 

Merci de faire passer cette information à tous vos amis et réseaux. Plus que jamais, nous avons besoin de solidarité.

 

Rouen, 15 mai 2010
Soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel.

 

 

*

 

 

Le concert qui choque la police

 

Le collectif «Respect-Vérité-Justice de Villiers-le-Bel» organise un concert à Rouen le 19 mai. Le syndicat Unité SGP-police dénonce un événement provocateur.

 

Novembre 2007. Après la mort de deux adolescents sur une mini-moto percutée par une voiture de police, des échauffourées éclatent à Villiers-le-Bel dans le Val d’Oise. Durant deux nuits consécutives, forces de lordre et jeunes saffrontent violemment. Des bâtiments publics et des commerces sont détruits, un commissaire est roué de coups, une centaine de policiers sont blessés, certains par arme à feu.

 

Deux ans et demi plus tard, quatre jeunes, soupçonnés davoir tiré sur la police, sont renvoyés devant la justice. Lundi 21 juin, ils comparaîtront devant la cour dassises du Val dOise pour «tentative dhomicide volontaire sur agents de la force publique».

 

«Le procès de la banlieue tueuse de flics»

 

Pour les membres du collectif «Respect-Vérité-Justice de Villiers-le-Bel», le scénario est déjà écrit : «Ce sera le procès de la banlieue tueuse de flics, chargé de réconcilier le pouvoir avec lélectorat du Front national et tous les flippés de France. Ça ne se passera pas comme ça, nous devons libérer les incarcérés de Villiers-le-Bel.» Jusquau premier jour de lété, ce collectif organise des concerts de soutien, un peu partout en France, afin de sensibiliser la population sur le sort des accusés, mais aussi pour récolter des dons. Une scène Rap (Demon One, DJ Plaiz, Abou2ner, Rdelite…) est programmée à Rouen, mercredi 19 mai à 19 heures, à la salle Sainte-Croix-des-Pelletiers, qui peut accueillir jusquà 490 personnes. «Cest une démarche provocatrice. Imaginez un comité de soutien à des policiers qui organiserait un concert sur le thème : comment kärcheriser les cités ?, commente Frédéric Desguerre, secrétaire général dUnité SGP-police — majoritaire en Haute-Normandie. Ce comité appelle clairement à casser du flic, cela nest pas tolérable dans un État de droit. Peu importe sa forme, la liberté dexpression est fondamentale, mais elle doit exister dans le respect des uns et des autres. On ne peut pas appeler impunément à tuer un autre homme. Il faut regarder certains clips des artistes, qui doivent se produire, pour comprendre la haine quils ont envers la police.»

 

Cependant, le syndicat ne demande pas linterdiction de la tenue du concert. «Nous avons écrit à Mme le maire de Rouen et à M. le préfet pour les alerter. Il est clair que certains troubles à lordre peuvent exister avec la tenue de tels événements. Cest à eux de prendre leur responsabilité. L’État est censé protéger les fonctionnaires de police», poursuit Olivier Marin, secrétaire départemental adjoint dUnité SGP-police en Seine-Maritime.

 

Une contre-manifestation envisagée

 

Contactée hier, la mairie de Rouen confirme que la salle Sainte-Croix-des-Pelletiers est réservée, mais renvoie une éventuelle décision dannulation en préfecture. Le directeur de cabinet du préfet, Jean-Christophe Bouvier, affirme de son côté que ses services ont bien reçu «un courrier à ce sujet» et qu«un examen attentif est en cours». «Pour lheure, je nai pas déléments susceptibles dêtre donnés ni dans un sens, ni dans lautre. Je pense quon y verra plus clair en début de semaine prochaine», précise-t-il.

 

Mercredi soir, Frédéric Desguerre et Olivier Marin nexcluent pas dorganiser «une contre-manifestation à proximité. Pour, nous aussi, sensibiliser la population et dialoguer avec elle.» Un dialogue impossible, lui, entre certains jeunes et policiers. Et réciproquement.

 

Les vidéos qui font polémique 
Le collectif «Respect-Vérité-Justice de Villiers-le-Bel» organise un concert le 19 mai à Rouen. Ce que dénonce un syndicat de policiers.
La programmation de ce concert de rap n’a pas les faveurs de l’organisation professionnelle Unité SGP Police. Le syndicat de policiers — majoritaire en Haute-Normandie — y voit un événement provocateur. «Ce comité appelle clairement à casser du flic» jugent les responsables de ce syndicat. Les vidéos de Abou2ner puis de Kommando Toxic ne leur donnent pas forcément tort.

 

Coup de gueule - Abou2ner / DJ Plaiz

 

Anti porc - K.ommando Toxik

 


Leur presse (Baptiste Laureau, Paris Normandie), 15 mai.


 

*

 


Police : «incitation à la révolte» dénoncée

 

L’Union Unité police/SGP-FO (premier syndicat de gardiens de la paix) a dénoncé aujourdhui une «incitation à la révolte» contre la police en évoquant laction dun comité de soutien aux personnes poursuivies pour des jets de projectiles contre la police en novembre 2007 à Villiers-le-Bel (Val-dOise).

 

Dans une lettre au ministre de lIntérieur, Brice Hortefeux, parvenue à lAFP, le syndicat écrit que, depuis le début du mois, «un comité de soutien aux mis en cause» pour ces faits «effectue une propagande sur Internet qui ne manquera pas de retenir (son) attention».

 

Ce comité, selon lui, «calomnie laction de la police» lors des incidents de 2007 et «incite à la révolte» contre elle et «le pouvoir».

 

Le même comité organise une série de concerts de rap et de rassemblements afin de venir en aide aux mis en examen lors de ces caillassages, selon ce site Internet.

 

Le syndicat dénonce «cet appel à la libération des inculpés (mis en examen dont un procès est prévu le 21 juin prochain, ndlr)» et «se déclare choqué par la tenue de ces concerts».

 

Des violences à Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, avaient éclaté après la mort de deux adolescents dans la collision de leur mini-moto avec une voiture de police.

 

Lors de ces violences, une centaine de policiers avaient été blessés par des tirs darmes à feu et des jets de projectiles et 31 dentre eux sétaient constitués partie civile.

 

De présumés auteurs ont déjà été condamnés pour ces faits, dautres sont cités à comparaître le 21 juin et sont sous mandat de dépôt en lattente.


Leur presse (AFP), 11 mai.


Commenter cet article