Le corps de Jon Anza "retrouvé" dans une morgue de Toulouse

Publié le par la Rédaction

Conférence de presse d’Askatasuna

Introduction

Nous allons donner cette conférence de presse en trois langues. Les nombreuses personnes présentes ici sont la famille, les avocats, les militants associatifs, syndicaux et représentants de différences organisations politiques qui se mobilisent depuis la disparition de Jon. Cette conférence de presse se déroulera en trois parties : Jon Enparantza, Anaiz Funosas, Jean-François Lefort.

Jean-François Lefort : Les faits

Les raisons de cette conférence de presse : Nous vous avons invités à cette conférence de presse pour faire le point sur la disparition de Jon et plus précisément sur les évènements de ces deux derniers jours.

Récapitulatif des faits depuis la disparition à aujourd’hui :

Le 18 avril Jon disparaît, il ne se rend pas au rendez-vous qu’il a à Toulouse avec l’organisation ETA à qui il devait remettre de l
argent (voir plus loin).

Le 23 avril, son amie appelle les différents hopitaux de la région, y compris l’hôpital Purpan dans lequel Jon est découvert avant-hier. Depuis cette date, les hopitaux savent qu’une personne atteinte d’une grave maladie a disparu.

Le 29 avril, d’après la version policière, Jon est retrouvé dans un parc, en vie mais inconscient : sans l’argent, sans papiers, avec un billet de train aller-retrour Bayonne-Toulouse.

Toujours le même jour et en se basant sur la version policière, les pompiers (c’est à vérifier) récupèrent Jon suite à un appel. Il est hospitalisé inconscient.

Le 11 mai il meurt à l’hôpital.

Le 15 mai, la famille informe le procureur de Bayonne de la disparition de Jon.

Suite à cela, et donc 15 jours après que Jon ait été hospitalisé et 4 jours après sa mort, la Procureur de Bayonne Anne Kayanakis ouvre une enquête, elle communique en disant qu’elle a fait le tour des hôpitaux ; le tour des morgues ; vérifier le trajet en train ; et fait survoler la voie ferrée par un hélicoptère.

Le 19 mai, ETA par le biais d’un communiqué reconnaît Jon comme un de ses militants, informe qu’il n’est pas venu au rendez-vous et précise que la police française est en possession de ses empreintes digitales retrouvées dans une cache à Senpere.

Le 20 mai, en conséquence du communiqué d’ETA le juge antiterrorsite ouvre une enquête.

Le 24 mai des dizaines de personnes refont le trajet et posent des centaines de photos de Jon dans et autour des gares le long du trajet. On leur dit que le contrôleur du jour de la disparition est en arrêt maladie, remplacé par un intérimaire.

Le 2 octobre le quotidien Gara affirme, suite à des informations obtenues de «source fiable», que Jon a été enlevé par des forces de sécurité espagnoles, qu’il est mort suite à des interrogatoires illégaux et que son corps est enterré en France.

À partir de décembre, de nombreux articles de presse sont écrits dans différents quotidiens de l’État français.

Le 8 février, suite à la demande de la Procureur de Bayonne, l’Audience Nationale de Madrid ouvre une enquête.

Avant hier, le 11 mars, la PJ contacte la famille de Jon pour l’informer qu’un corps, qui pourrait être celui de Jon, a été retrouvé à la morgue de l’hôpital Purpan.

Hier, le 12 mars, suite à des tests ADN la police confirme que c’est Jon. Nous ne croyons pas à cette confirmation. La famille et les avocats informent les autorités que tant qu’ils n’auront pas vu Jon afin de l’identifier ils resteront devant la morgue. En milieu d’après-midi, le Procureur donne l’autorisation de voir le corps, Jon est formellent identifié.

NOUS VOULONS LA VÉRITÉ, nous nous battrons pour la connaître. Pour cela il y a un moment très important, lundi Jon sera autopsié. Nous exigeons qu’un médecin de confiance de la famille puisse y participer. Si ce n’est pas le cas, nous rejetterons en bloc ses conclusions. AU VU DES FAITS NOUS NE LEUR FAISONS PAS CONFIANCE. Ont-ils quelque chose à cacher ? Pourquoi veulent-ils nous cacher ce que l’autopsie peut dire ? Nous lançons un appel à se mobiliser lundi matin pour se rendre massivement à Toulouse pour exiger la présence d’un médecin de confiance et si ce n’était pas le cas empêcher qu’un simulacre d’autopsie puisse avoir lieu.

Jon Enparantza - Anaiz Funosas : Lecture politique

— La première chose pour dire que nous ne CROYONS JAMAIS LES VERSIONS OFFICIELLES. Des années de conflit politique nous ont déjà montré l’absence totale de crédibilité politique des versions officielles de la France et de l
Espagne.

— Nous ne croyons pas non plus la version qu
ils nous servent depuis que le corps de Jon est apparu. Ni tout ce qui a été dit dans la presse, ni ce que les autorités françaises ont dit hier, et spécialement ce quont dit le Procureur de Bayonne et le chef de la PJ dans la conférence de presse dhier après-midi.

— Cette fois, en plus, d
où quon la prenne, doù qu'on la regarde, cette version ne tient pas debout. Si on regarde les éléments quils nous donnent, la version quils sont en train de mettre en scène est INACCEPTABLE pour nous.

— Elle est pleine de contradictions et de vides. Des dizaines de questions restent sans réponse ou avec des réponses abracadabrantes ; quand il a disparu nous avons demandé : Où est Jon ? Qu
est-ce que vous lui avez fait ? Quavez-vous fait de lui ? Nous voulons la vérité. Les questions demandent des réponses claires et précises, et il ny en a aucune.

— Aujourd
hui nous posons de nouvelles questions : Où a-t-il été retenu pendant 10 jours ? Qui la retenu ? Quest-ce quils lui ont fait pendant ces dix jours ? Pourquoi disent-ils quil na pas de marques alors que le corps est trop abîmé pour laffirmer ? Comment ont-ils pu le cacher pendant presque un an alors que la police de Bayonne avec le Procureur à sa tête lont soi-disant cherché partout ? Qui, comment et pourquoi ont-ils caché ce corps ?

— Anne Kayanakis nous a parlé hier de dysfonctionnements et de nouvelles questions. Nous, ce que nous voulons, CE SONT DES RÉPONSES. Elle a parlé d
une seule certitude : que la thèse défendue par Rubalcaba et Alliot-Marie (sur Jon se serait enfui avec largent) est totalement écartée. Ce dont nous sommes sûrs, cest que nous sommes devant le silence de la raison dÉtat. Nous exigeons les réponses à ces questions, et nous lui disons : cest aux responsables politiques et à leurs services secrets quil faut aller les poser.

— Ce qui se CONFIRME, c
est ce que les proches de Jon, lentourage et la gauche abertzale ont dénoncé depuis le début. Nous sommes devant un nouveau fait de guerre sale, une action qui est allée jusquà la mort. Nous confirmons, donc, avec ces éléments, que les forces de sécurité espagnoles et françaises ont enlevé Jon, quils lont torturé et conduit à la mort. Ce que nous savons, parce que ça se voit, cest que les autorités françaises lont caché pendant un an. 10 mois dans une morgue, pourquoi ? Pour effacer tous les éléments compromettants ? Les forces de sécurité espagnoles lont retenu pendant 10 jours et mené à la mort. Les forces de sécurité françaises ont gardé le corps pendant un an. Voilà limplication de chacun, et les responsabilités politiques sont visibles. LÉtat français a protégé cette opération et a utilisé le corps de Jon. Il est directement impliqué par la gestion macabre quil a fait de ce cas.

— Ils ont décidé de remettre le corps de Jon en circulation maintenant, après l
avoir gardé pendant un an caché on ne sait où. Cela a été une décision politique. Ils ont géré la guerre sale et le corps de Jon en fonction de leurs intérêts politiques. Cest la responsabilité des deux États. Zapatero et Sarkozy sont les premiers coupables. Ils ont couvert ensemble les déclarations honteuses de Rubalcaba et dAlliot-Marie. Les paroles et les silences des principaux responsables politiques ont totalement déformé les évènements.

— Notre dénonciation ne s
arrête pas là. La guerre sale continue avec le corps. Nous voulons dénoncer avec force lattitude misérable, inacceptable et cruelle qu’ils ont eue avec la famille hier. Linterdiction du ministère quun médecin de confiance participe à lautopsie, de voir le corps… Ils ont eu envie de jouer avec la souffrance quils ont provoquée. Pour oppresser, pour humilier encore plus. Nous ne laccepterons jamais, et nous exigeons quun médecin de confiance participe à cette autopsie. Nous ferons tout ce que nous pouvons pour limposer, garantie sans laquelle nous ne croirons jamais les conclusions de cet examen.

— Cet évènement, malheureusement, n
est pas isolé, il se produit dans un large contexte. Nous le situons dans la répression générale exercée par la France et par lEspagne. Dans le contexte dune oppression qui na plus de limite. Il suffit de se rappeler tous les enlèvements de ces derniers temps, Dani Saralegi, Alberto Lopez, Juan Mari Mujika, Lander Fernandez, Alain Berastegi…

— Nous exigeons des réponses à tous les niveaux. La police, le Procureur, tous devront dire la vérité. La dette qu
ils ont avec ce peuple salourdit encore plus avec lhistoire de Jon. Nous exigeons dAlliot-Marie en particulier quelle cesse ses mensonges, quelle nous dise la vérité, puis quelle SEN AILLE. Elle doit démissionner.

— En ce moment extrêmement dur, nous voulons exprimer notre soutien entier à la famille.

— Nous demandons à Euskal Herria, aux citoyens basques, de ne pas accepter cela et de le faire savoir. Pour que cela ne se reproduise jamais.

Jean-François Lefort : Appels à la mobilisation

Nous appelons à participer aux mobilisations qui auront lieu dans les jours qui viennent.

Nous appelons tous ceux qui le peuvent à se rendre à Toulouse lundi matin, pour exiger qu
un médecin de confiance participe à lautopsie. Les rendez-vous sont les suivants : 4h30 place San Andres à Bayonne, 5h à Salies, 7h30 au péage de Muret.

Une manifestation nationale aura lieu dans la ville d
Alliot-Marie, Donibane-Lohitzune, le 17 avril prochain. Nous lui demanderons directement et avec détermination ce quils ont fait à Jon.

Baiona, 13 mars 2010.




Reste à trouver la vérité


Jon Anza est mort et son autopsie aura lieu lundi. La procureure Anne Kayanakis reconnaît les dysfonctionnements préjudiciables au dossier. Elle a annoncé qu’elle poursuivra l’enquête pour éclaircir les circonstances de sa mort. Retrouvé par hasard dans une morgue de Toulouse, dit la version officielle, sans que personne ne soupçonne sa présence en ce lieu. Et ce, dix mois après sa disparition, objet d’une plainte en bonne et due forme. Il est difficile de croire que Jon Anza, fiché au registre des personnes disparues, objet d’une plainte pour disparition inquiétante ait pu séjourner dans un grand hôpital de Toulouse, suite à un malaise et dans une morgue pendant dix mois, sans que personne n’en sache rien. La procureure n’écarte aucune hypothèse et gageons que cette nouvelle enquête ne sera pas l’épilogue d’un dossier truffé de graves dysfonctionnements. Épilogue ou recherche de la vérité, la balle est désormais dans le camp de la justice. C’est bien ce que recherche la famille qui a pu reconnaître le corps, hier, après une longue attente.

«Le corps de Jon Anza est bien celui qui était conservé depuis le mois de mai 2009 à la morgue de Toulouse. L’identification formelle de Jon Anza a été établie jeudi soir grâce à ses empreintes digitales, confirmant les fortes présomptions que nous avions» a annoncé hier la procureure de Bayonne, Anne Kayanakis, dans une salle du Palais de Justice, bondée de journalistes. En majorité venus d’Outre-Bidassoa.

Accompagnée de Patrick Léonard, chef de l’antenne de la PJ de Bayonne, resté pratiquement silencieux durant toute la conférence de presse, la procureure visiblement tendue a précisé à maintes reprises que «cela n’avait pas fonctionné et qu’une enquête serait diligentée pour déterminer pourquoi la circulaire de recherches et les demandes de réquisition effectuées dans les hôpitaux et notamment, celui de Purpan ont été négatives». En clair, selon la procureure, lorsque la PJ demanda aux hôpitaux si un patient correspondait au signalement de Jon Anza, la réponse fut non.

Rappel des faits et chronologie

Anne Kayanakis a indiqué que le 29 avril 2009 vers minuit, Boulevard Strasbourg à Toulouse, «des policiers municipaux observent un homme penché sur une jardinière et qui est inconscient. Un massage cardiaque lui est prodigué par les Pompiers et le Samu avisés. L’homme reprendra connaissance, mais ne retrouvera plus sa conscience. Il sera orienté vers l’Hôpital Purpan, sans traces de violences apparentes sur le corps. Une main courante sera établie par les services de polices. L’homme non identifié est présenté comme «mesurant 1m70, 40-45 ans de forte corpulence».

La procureure qui dans un premier temps avait indiqué que l’homme qui n’avait pas de papiers d’identité était en possession de 500 euros et d’un billet aller-retour Bayonne-Toulouse dira dans un deuxième temps que la présence du billet de train n’apparaît pas dans la main courante. Cette personne toujours non identifiée décède le 11 mai et sera transportée à la morgue de l’Hôpital Purpan. Dix mois plus tard, continue la procureure, c’est-à-dire avant-hier, «une secrétaire de l’Institut Médico légal de Rangueil avise un collègue et ami policier, avec qui elle a l’habitude de travailler, du fait qu’un cadavre non identifié est à la morgue de l’Hôpital Purpan depuis plusieurs mois. Le policier a vu le billet de train, Bayonne-Toulouse dans les affaires du mort. Il a essayé de savoir dans quelles conditions, il avait été acheté. Il contactera le commissariat de Bayonne qui a aussitôt réagi.»

La suite est connue, il s’agit donc de Jon Anza disparu depuis le 18 avril 2009, hospitalisé le 29 avril et décédé le 11 mai, selon la version officielle. On sait que sa compagne, n’ayant pas de nouvelles, appellera l’Hôpital Purpan le 24 avril et la famille porte plainte pour disparition inquiétante le 15 mai. La PJ est saisie le 18 mai et le 4 juin appelle l’ensemble des hôpitaux, dont Purpan, pour savoir si une personne non identifiée et correspondant aux caractéristiques de Jon Anza aurait séjourné dans leurs murs. Réponse négative. «Nous sommes contrariés que cela n’ait pas fonctionné. Que voulez-vous que je dise à cela ?» a lancé la procureure.

Poursuite de lenquête

Aujourd’hui, la plainte pour disparition inquiétante s’arrête, «mais l’enquête continue, car nous allons essayer de déterminer au mieux les causes de son décès» a affirmé la procureure. La question centrale aujourd’hui est de savoir ce qui s’est passé entre le 18 avril, date du départ de Jon Anza de Bayonne vers Toulouse, et le 29 avril, date de son supposé malaise à Toulouse. ETA avait indiqué dans une note rendue publique après sa disparition, que Jon Anza avait un rendez-vous à Toulouse pour remettre une somme d’argent à cette même organisation. Un rendez-vous auquel il n’apparaîtra pas. ETA ajoutait dans cette note que derrière cette disparition «se trouvaient les forces de polices.» Hormis le fait de confirmer, ou de remettre en question la véracité de la version officielle qui comporte une cascade de dysfonctionnements, les questions demeurent. Entre autres, où séjourna Jon Anza du 18 au 29 avril ? Qu’est devenue la forte somme d’argent qu’il transportait et quelles rencontres a-t-il faites ?

De nombreuses zones dombres

Plusieurs graves dysfonctionnements semblent caractériser cette version officielle. À commencer par la procédure de signalement des personnes non identifiées à l’Hôpital qui obéit à un protocole précis. «Les établissements de santé sont tenus de signaler à la police les personnes non identifiées dont la disparition présente un caractère inquiétant» précise la procédure. Ce qui correspondait au cas de Jon Anza, qui de surcroît apparaissait dans le fichier des personnes disparues de la police nationale. À la question de savoir quand l’Hôpital avait signalé aux services de polices la présence d’une personne non identifiée, et si une éventuelle demande d’identification avait été effectuée, la procureure a répondu ne pas savoir et que des vérifications étaient en cours.

Par ailleurs, au vu des événements, la procureure écarte totalement la thèse défendue par le ministre de l’Intérieur espagnol Alfredo Perez Rubalcaba qui déclarait «que Jon Anza avait disparu avec l’argent qu’il devait remettre à ETA». L’autopsie du corps de Jon Anza aura lieu lundi à Toulouse. La famille du militant basque souhaitait la présence d’un médecin de confiance. Réponse de la procureure : «En matière pénale, les autopsies sont faites par des experts assermentés qui n’ont pas vocation à travailler sous la présence d’un tiers.»

L’enquête permettra-t-elle de connaître la vérité ? «Je n’ai pas de raison particulière de confier l’enquête à un juge d’instruction» déclare la procureure en charge de cette nouvelle enquête. Enquête, dont l’attente est à la mesure des nombreuses zones d’ombres et incohérences, contenues dans ce dossier.

Un long silence a précédé lidentification

À la fin de la journée, hier, la famille et les proches étaient aussi perplexes que la Procureure de Bayonne Anne Kayanakis. Ils ont néanmoins réussi à ce qu’une personne voit le corps qui demeurait ces derniers temps, à la morgue Les Oliviers Rangueil de Toulouse.

Arrivés le matin accompagnés de membres du Collectif «Où est Jon ?» à l’Hôpital Purpan, il était 17h30 lorsqu’un des proches de la famille a pu identifier les restes de Jon Anza, qui étaient d’ailleurs «très abîmés», comme le précise Askatasuna. En revanche, il n’a pas pu voir les vêtements qu’il portait puisqu’ils étaient «entre les mains de la police».

Le refus et le silence. C’est face à cela que s’est trouvé ce groupe de personnes qui avait fait 300 km pour connaître la vérité sur la découverte soudaine de ce corps, après quasiment un an d’attente et d’enquête sans recueillir une once d’information. Ayant insisté pendant toute la journée pour pouvoir voir le corps et avoir quelques informations, en début d’après-midi, la colère des personnes qui avaient fait le déplacement était évidente. «Il semble évident que le manque de transparence qui a entouré toute l’enquête judiciaire depuis le début continue en ce qui concerne le protocole d’identification du corps, ce que nous dénonçons avec force», affirmait Askatasuna dans un mail.

Dehors, l’impression était la même pour les journalistes réunis devant l’hôpital. «Pour toute question, on nous renvoyait vers la procureure de Bayonne», explique une consœur du quotidien Gara, «car le cas est maintenant classé comme dans les affaires médico-légales». Elle a tout de même pu parler avec une agent du service de communication qui, sans qu’on le lui demande, «s’efforçait d’écarter les services de l’hôpital de toute responsabilité». Elle lui a affirmé que les cadavres peuvent passer des années à la morgue, si personne ne les réclament.

Si les journalistes réunis par la procureure à Bayonne avaient parcouru des kilomètres, puisque la grande majorité était envoyée par les médias madrilènes, dans la capitale occitane, le sujet n’a pas eu énormément d’échos. Les deux quotidiens locaux contactés par Le Journal du Pays Basque semblaient apprendre la découverte du corps de Jon Anza par ce biais. Curieusement, l’information a plus d’intérêt pour les journalistes qui travaillent à 800 km de-là et même à 450 kilomètres du Pays Basque.

Les questions demeurent
Incrédules. Les journalistes réunis au troisième étage du Tribunal de Bayonne, hier, sont ressortis de la conférence de presse accordée par la Procureure Anne Kayanakis avec un certain scepticisme visible dans le visage de certains, perceptible dans les propos tenus par d’autres. Habitués pourtant au système judiciaire espagnol, d’aucuns sont restés déconcertés par le récit que venait longuement de détailler la Procureure. Elle a répondu à toutes les questions, ou du moins, à celles auxquelles elle a pu répondre, car elle en avait pratiquement autant que la trentaine de journalistes qu’elle avait en face. Sa principale certitude est le constat d’échec d’un mode opératoire qui a souffert de nombreux maillons faibles. La police municipale de Toulouse, le Samu, le commissariat qui a réalisé la main courante, les médecins qui ont constaté la mort de J. Anza, l’administration de l’hôpital, les responsables et les agents de la morgue… à tous ces niveaux les questions demeurent. Elles s’accroissent lorsqu’on observe l’absence d’informations sur la période située entre le 18 avril et le 29 avril. Le corps de Jon Anza a bien été retrouvé, mais il faudra encore beaucoup de réponses pour que sa famille accède à la justice, à la dignité.
Goizeder Taberna

Béatrice Molle - Le Journal
du pays Basque, 13 mars 2010.


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