Les pièges à humains

Publié le par la Rédaction

On voit bien, même si depuis jeudi matin c’est avec un œil en moins, que ce mouvement ne cesse de grandir, au grand désarroi de ses parents. Pour lui couper les ailes on lui parle de vote inexorable, mais il lui repousse d’autres membres, routiers, lycéens, chômeurs. Et puis des ailes il n’en n’avait pas besoin, c’est qu’il remonte de la cave en marchant, lui, sans fioritures. On lui tire donc dans la tête avec des balles en caoutchouc, on le tabasse à lui ouvrir le crâne, on veut le foutre en taule pour le calmer, même, mais il se relève et se met à cracher du feu, même si c’est comme ça. On lui dit encore de s’asseoir, mais il voit bien la bouteille qui attend son derrière sur la chaise qu’on lui tend. Il refuse.

 

On cherche à lui faire peur avec des histoires de responsabilités qui lui incomberaient, de monstres issus de banlieues terroristes. Mais les soirs sur les piquets de grèves on se raconte d’autres histoires, sur les vraies saloperies réelles qu’on traverse. Des histoires qui réchauffent le froid du temps qu’il faisait. On se met à penser qu’on vit un moment, ce temps en dehors des habitudes, et l’on sait confusément que c’est une première chose qu’on a à partager, un moment. L’habitude, c’est seul qu’on la vivait, en rentrant doucement dans son trou, tous les soirs, tous les matins.

 

Du coup, on le voit mieux le paysage qu’on nous avait fait. On voit que sous les tas de chiffres et de mieux-être, de sécurité et de pourcentages vers lesquels on veut nous faire avancer, il n’y a que des trous. Des pièges à bêtes. Des trous pour habiter, des trous à nourrir dans le ventre, des trous où bosser, des trous dans les orbites ou des trous à baiser. Non, là-bas il n’y a qu’une fabrique de trous, c’est rien de bon.

 

Quand la paix sociale s’effrite un peu, les bergers revêtissent leur habit le plus banal, le bleu, et veulent nous y mener de force, vers les trous. Là, on y joue à la playstation, on s’éclate aux médocs et à la série télé. Et leurs adjoints, avec leurs ridicules traits tirés, entre colère feinte et responsabilité, nous diront bientôt de les devancer pour ne pas trop perdre, et d’y retourner, au trou. Faudrait tous le leur fermer, leur trou de bouche.

 

Sans l’œil gauche, il nous est à présent difficile de voir ce qui s’y passe, justement, à gauche. Là-bas on s’y recompose, on pense à 2012, on calcule. Là-bas on s’élève, responsables, contre une loi «inique», comme si toutes les lois ne l’étaient pas, et qu’elles ne nous rendaient pas tous complètement cons. Comme au feu rouge auquel on attend alors qu’aucun danger ne vient. Des bêtes… en fait le mot n’est pas le bon. Les bêtes, elles, quand elles sentent l’inconfort, elles se déplacent, et quand on les acculent, elles mordent.

 

Allez, ils peuvent nous tuer mais ils ne peuvent pas nous faire mourir. Un mouvement c’est un truc vivant qui se nourrit. On pourrait commencer par y foutre tout ce qui nous reste collé entre les dents qu’on a trop serré en vomissant… On se couchera plus tard, mais pour aller dormir, hein, pas pour s’asseoir. Pour l’instant on n’a même pas commencé à dire ce qu’on avait à dire, à faire ce qu’on avait à faire…

 

Affiche collée pendant la manif «retraite» du 19 octobre. Peu question de retraite, et plutôt du mouvement en tant que tel, qui s’élargit.

 

Indymedia Paris, 19 octobre 2010.

 


Publié dans Colère ouvrière

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