Les mouvements durent longtemps... De Mozart à Puccini... la farce continue

Publié le par la Rédaction

10 juin 2003. Place de la Concorde la police s’emploie à calmer les ardeurs de milliers de manifestants contre la loi Fillon pour la réforme des retraites : jets d’eau, gaz lacrymogènes fusent. Poursuivis par les camions gicleurs, des centaines de personnes s’engouffrent en courant dans l’Opéra Garnier. C’est l’entracte. … Certains envahissent spontanément la scène pour raconter ce qui se passe dans la rue ; dans le hall la police charge. Des manifestants sont acculés contre la vitre de la librairie, celle-ci vole en éclat. Cosi fan tutte ne reprendra pas. Des techniciens et musiciens soutiennent notre impromptu. Le public crie au loup. Un vaste dispositif policier se met en place, en deux heures tout le monde est sommé de sortir. Certains spectateurs scrupuleux prennent alors le soin de désigner à la police les acteurs de cette assemblée improvisée. 58 personnes en tout : cheminots, professeurs, étudiants, agent EDF, travailleurs sociaux, chômeurs, précaires, intermittents du spectacle, sont arrêtées et placées en garde à vue… Coup de filet médiatique pour couronner la faillite, disent-ils, du mouvement.

 

Deux semaines plus tard, les festivals s’arrêtent, les lieux de théâtre sont occupés, les droits des intermittents chômeurs sont bradés sur la place publique.

 

Un nouvel acte s’ouvre, mouvement dont quelques notes résonnent encore aujourd’hui…

 

16 octobre 2010. 7 ans après, place de la Nation, des milliers de manifestants continuent de battre le pavé contre la réforme des retraites. Fillon est monté en grade. La situation sociale s’est dégradée. La rage est grande et la police ne chôme toujours pas. On parle d’une assemblée à l’Opéra, une foule nombreuse rebrousse chemin vers Bastille. Les manifestants s’engouffrent dans le hall, mais illico, d’énormes malabars bardés d’autocollants sortent leurs brassards, plaquent des gens au sol. Par ici la sortie. Dehors, la rue est déjà bloquée par des cars de CRS prêts au chargement. Le passage opératique n’aura duré cette fois que quelques minutes… Coup de filet exemplaire, mauvais remake : 42 personnes sont arrêtées et placées en garde à vue. Au résultat… de pauvres vitrines de banque par terre dont une fait beaucoup parler d’elle — occultant l’essentiel alors qu’elle est déjà remplacée —, aucune interruption à l’Opéra, ni même dérangement du spectacle. Par contre on retiendra ceci : la garde à vue des interpellés qui avait duré 20 heures en 2003 et s’était soldée par un retrait de la plainte de l’Opéra et l’absence de poursuites pour tous les manifestants va durer ici près de 48 heures et sera reconduite pour 8 personnes jusqu’au surlendemain, parmi eux, un camarade de la Coordination des Intermittents et Précaires. Les inculpés sortent donc trois jours et trois nuits plus tard, sous contrôle judiciaire, avec interdiction de se voir. Nous sommes bien en 2010 où toute tentative politique, ne serait-ce que celle de s’assembler dans un lieu public s’apparente désormais à un acte quasi-terroriste. La loi sur les bandes récemment votée rendant toute personne participant à un rassemblement ou une action pénalement responsable de tout ce qui s’y passe. Or, que s’est-il passé à l’Opéra Bastille ce jour-là, sinon l’affirmation politique réitérée de ne pas en rester là, de tenter de faire des choses ensemble, corps confondus, coûte que coûte pour faire plier ces managers décomplexés qui n’hésitent pas à casser impunément les droits de millions de personnes.

 

Ce mouvement d’octobre 2010 indique une voie, d’un commun accord, prenons-la.

Cosi fan Tutti !

 

Le 15 décembre aura lieu le procès des interpellés

CONTRE L’ORCHESTRATION POLICIÈRE

POUR CONTINUER À PORTER PAROLE DANS LES LIEUX PUBLICS

EXIGEONS LA RELAXE SANS CONDITION POUR TOUS LES INTERPELLÉS DU 16 OCTOBRE

 

Souhaitons vivement que quelques spectateurs attentifs aient au moins été troublés par les cris de colère lors des premières notes de Puccini… à cette heure aucune plainte n’a encore été enregistrée.

 

CIP-IDF, 25 novembre 2010.

 


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