Les journaflics travaillent

Publié le par la Rédaction

Confessions d’un Black bloc : «Casser ce système pourri»

Des activistes violents et organisés défient la police et l’armée lors des sommets économiques et politiques, comme le Forum de Davos où étaient rassemblés la semaine dernière 2500 dirigeants du monde entier, protégés par 5000 militaires. L’objectif, contenir la violence des désormais inévitables Black blocs.
Pour la première fois, l'un d'eux accepte de témoigner. «Julien», la trentaine, salarié en province, mène une double vie : celle d’un redoutable émeutier. Souvent interpellé, il est toujours relâché, faute de preuves.

Des Black blocs lors de la rencontre des ministres de la Défense
de l’OTAN à Cracovie (Pologne) le 19 février 2009

VSD. Comment devient-on un Black bloc ?


Julien.
On n’est pas Black bloc, on participe à un Black bloc. C’est un mode d’action et non un mouvement politique : un Black bloc se crée à l’occasion d’une manif. On peut être Black bloc un jour, et manifestant pacifique un autre jour. C’est ce que j’ai fait au G8 de Gênes, en juillet 2001. Le vendredi, j’y suis allé en Black bloc ; mais le samedi, j’ai défilé calmement.

VSD. Dans une manif, comment décidez-vous de rester pacifique ou de vous transformer en Black bloc ?


J.
Question d’opportunité. On évalue le terrain : parcours, nombre de manifestants et de policiers. S’il y a assez de manifestants et pas trop de flics, on peut agir. La veille, on cache en ville des projectiles et des habits noirs : il suffira de se servir. Mais si les conditions ne sont pas réunies, on reste calmes.

VSD. Vos proches sont-ils au courant ?


J.
Disons qu’ils ne savent pas tout.

VSD. Pourquoi cette violence ?


J.
C’est quoi, quelques vitrines brisées, comparé à la violence de l’État ? Aux familles à la rue ? Aux bonus des banques ? Aux délocalisations ? Et je ne fais pas que casser. Toute l’année, je milite pour les droits des sans-papiers, des sans-logis.

VSD. Justement, vous avez d’autres moyens pour exprimer vos idées. Donc, à quoi sert cette violence ?


J.
C’est dans la lutte que vous prenez conscience des limites de votre soi-disant liberté ! Le Black bloc, c’est un peu une vengeance. Quand on agit au sein d’un Black bloc, on casse ce système pourri. Les cibles sont choisies : banques, boîtes d’intérim, fast-foods…

[…]

Leur presse (Dominique Sanchez, VSD), 2 février 2010
(Article intégral sur papier, dans le no 1693 du 3 au 9 février.)

Publié dans Agitation

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