Les faux-amis de la commune de Tarnac

Publié le par la Rédaction

Texte publié sur Indymedia Paris suite à la parution dans le JL d’un appel à souscription diffusé par les Éditions La Fabrique le 10 décembre.

 

Les faux-amis de la commune de Tarnac

 

[Tout ce qui est avancé ici, malgré de fortes ressemblances avec de simples vannes bêtes, gratuites et méchantes, est en fait tiré du texte dont nous parlons, d’interviews données au Figaro et au Journal du dimanche et autres interventions publiques comme sur La Chaîne Parlementaire.]

 

Il y a quelques jours, un site prétendument libertaire publiait un appel datant du 1er décembre et signé des «Des Amis de la Commune de Tarnac». On pourra le lire ici : http://juralibertaire.over-blog.com/article-les-amis-de-la-commune-de-tarnac-62731387.html

 

Nous sommes nombreux chaque jour à venir chercher quelques infos et de l’actualité sur le net a propos de la conflictualité sociale : récits de luttes, de grèves, d’occupations, émeutes dans les rues, les prisons et les centres de rétention, communiqués d’actions, ou bien de la théorie pour enrichir notre analyse. Chacun va y chercher ce dont il a besoin dans ses propres luttes, pour sa propre émancipation, conscients cependant qu’Internet n’est pas un outil neutre.

 

Seulement, tomber sur une infamie pareille relève de l’agression ; et nous n’en aurions pas fait des tonnes s’il s’agissait d’une publicité pour la fondation Abbé Pierre. Cet appel à souscription n’apporte rien à nos luttes et nos révoltes, il n’est qu’un appel à des pauvres qui luttent dans leur quotidien (les adresses mails et les sites choisis pour la diffusion de ce texte en témoignent), à mettre leur argent dans la retraite dorée de quelques radicaux résignés à tout bouleversement insurrectionnel effectif et retirés dans la cambrousse. Loin de nous l’idée de condamner celles et ceux qui ne tiennent pas le coup, qui perdent l’espoir et l’énergie d’en découdre physiquement avec ce monde, tant qu’ils ne viennent pas nous mendier quelques sous pour financer leurs vacances militantes qui pourraient au contraire servir au développement de luttes et d’outils pratiques et théoriques comme des brochures, des journaux, des revues, des bulletins, des lieux, des banderoles, des tracts, du matos etc. La question de l’argent est rarement abordée parmi nous… Mais oui, tout cela coûte cher, surtout lorsque très peu de gens produisent et que beaucoup en profitent. Et nous n’avons pas tous des «fonds de dotation» avec exonérations d’impôts, beaucoup d’entre nous ne payent généralement pas ou peu d’impôts.

 

D’abord, l’appel à souscription commence par une phrase qui a le don de nous mettre en colère : «Nous ne vous écrivons pas, aujourd’hui, pour vous entretenir des obscurs dédales de procédure dans lesquels la justice s’attache à enfermer certains d’entre nous, et dont nous essayons encore de les sortir.» Encore heureux que vous nous parliez pas de votre stratégie tous-les-moyens-sont-bons de défense, du cynisme qui caractérise vos apparitions médiatiques. Encore heureux que vous ne nous renvoyiez pas à la gueule votre sale attitude de balance, expliquant à M. le juge antiterroriste que plutôt que de vous arrêter, il aurait fallu explorer «la piste allemande» (menant à des arrestations et interrogatoires en Allemagne). À expliquer à la terre entière que vous n’êtes que de gentils intellectuels et philosophes de salon qui ne font que se questionner sur le monde au coin du feu, des pâquerettes dans les cheveux, clamant votre innocence de partout pendant que des camarades font le pari d’assumer ce qu’ils sont en rejetant le vocable et les catégories imaginaires de l’ennemi, ils croupissaient en même temps que vous au trou. Et nous passons sur votre front médiatique commun avec les députés, sénateurs, maires, magistrats, flics etc. pour racler les fonds de tiroir de la gauche et lui trouver une nouvelle cause républicaine et citoyenne en vos vils personnages. Il est si séduisant en effet, d’imaginer ce costaud à lunettes, en jean et pull-over rouge que l’État accuse d’être un dangereux terroriste, mais qui vous sert aujourd’hui un gâteau au chocolat, surtout que plus jeunes nous adorions Batman.

 

«Tous les moyens sont bons pour sortir nos amis de prison», entendait-on, dans ce cas-là vous n’aviez qu’à vous dénoncer ou dénoncer vos autres amis pour les actes reprochés.

 

«Si nous nous sommes installés à Tarnac, c’est bien sûr pour la vieille tradition de résistance à l’autorité centrale, d’entraide populaire, de communisme rural qui y survivait.» Vous oubliez de préciser que si vous vous êtes installés à Tarnac, c’est aussi parce que Gerard Coupat, après avoir amassé sa petite fortune dans les laboratoires de mort de l’industrie pharmaceutique, vous a gracieusement offert une propriété et quelques entreprises. Mais Gérard est-il à sec maintenant ?

 

C’est donc à nous dorénavant de financer votre «bar-épicerie» et ses «repas ouvriers» à 12€ tels que vous les présentiez à vos amis du show business il y a quelques mois de cela. Mais nous savons que vous êtes des «athlètes de l’esprit», que vous trouverez bien une manière de faire avaler tout cela à quelques jeunes en manque de perspectives qui à d’autres époques auraient grossi les rangs d’un Woodstock ou des Krishnas.

 

«À présent, nous nous lançons dans l’installation d’une scierie et d’un atelier bois afin de construire des habitats à bas coût pour qui vient repeupler le plateau.» Le projet est clair, monter une nouvelle colonie de peuplement sur le mode des communautés rurales post-soixante-huitardes, qui en effet, si on en tire un quelconque bilan, auront vraiment réussi à révolutionner ce monde.

 

Que les choses soient claires, si vous voulez assurer votre fuite de la guerre sociale (on évitera de classe avec vous) en trayant des vaches, grand bien vous fasse, mais ne venez pas mendier à ceux qui luttent et qui vivent dans la grande majorité des cas dans la précarité.

 

Braquez les éditions de la Fabrique, allez chercher l’argent où il se trouve, videz le portefeuille des bourgeois qui vous ont soutenu et chez qui votre récit émouvant de teletubbies poujadistes, de commerçants modèles, l’innocence même, persécutés par un pouvoir si injuste que votre petit business éco-humain menaçait de ses griffes de liberté. Et de grâce, en même temps que vous arrêterez de nous racketer (émotionnellement et financièrement), arrêtez d’embarquer avec vous tout ce qui se fait de jeune, naïf et sincère en lui faisant croire qu’il fera la révolution en produisant son propre placo-platre bio.

 

«Or quelque chose nous dit que ce n’est pas l’État qui, dans les circonstances présentes, va nous soutenir dans cette louable direction.» Nous prierons pour que d’autres circonstances émergent dans lesquelles l’État voudra bien financer votre petite colonie de vacances, mais peut-être que stratégiquement, faire de l’entrisme à Club Med pourrait vous permettre d’y monter un Club Med Tarnac réservé à la gauche de la gauche. Une stratégie qui permettrait donc de déclencher une insurrection sans avoir à passer par des moyens trop subversifs comme la pétition. Nul doute que votre maître à penser, Blanqui, s’il était encore vivant, viendrait traire des canards à vos côtés.

 

Ce que l’on peut admirer chez vous, c’est que vous ne faites pas les choses à moitié, avec vous un simple appel au soutien financier devient «une structure», «un fonds de dotation», qui va nous permettre (vraiment, merci) «de donner de l’argent et de déduire les deux tiers de leur don de leurs impôts», faites attention cependant à ne pas trop concurrencer Habitat & Humanisme sur le marché caritatif, qui elle aussi œuvre au pansement des plaies de ce monde et aux exonérations fiscales. «Elle a vocation à recueillir et redistribuer des fonds à des initiatives vivifiantes pour le plateau.» Car oui, nos régions ont du talent !

 

Camarades ! Si vous avez vraiment de l’argent à jeter, envoyez-le plutôt aux caisses de solidarité et aux initiatives locales que vous souhaitez voir vivre. Mais pour les réalistes, ceux qui veulent agir ici et maintenant pour l’insurrection qui vient, il vous suffira de remplir ce formulaire :


 

Antiautoritaires en colère 
Indymedia Paris, 11 décembre 2010.

 

 

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Le Plouc 24/12/2010 09:06



J'ai suivi le lien de BL (Bernard Langlois, commentaire n°4), et je suis effectivement tombé sur ce sujet sur le forum de Politis.
J'ai voulu répondre aux derniers posts, qui parlaient du prix des "repas ouvriers à Tarnac", mais apparemment cela n'est plus possible. Certains y dénoncent ce qui est pour eux un tarif excessif
(12 euros) du prix des repas pris au resto du Magasin Général.


Je ne connais pas les tarifs pratiqués ailleurs en France pour ce type de repas, en tout cas ce tarif est commun dans tous les restos
du Plateau de Millevaches. J'ai remarqué que pour ce prix on y mange copieusement et correctement, ce qui n'est pas forcément le cas partout ailleurs. D'autres formules plus économiques seraient
d'ailleurs proposées par le resto du Magasin Général.


Quant au montant final qu'un travailleur doit acquitter pour ses repas, il faut savoir que les employeurs généralement prennent en
charge un pourcentage de son coût, et qu'opter pour la déduction des frais réels sur la déclaration d'impôts permet éventuellement de faire encore baisser la note.


Sinon, à part dans les cantines collectives, dans les Mac Do, ou... dans les Restos du Cœur, j'aimerais savoir ou on peut avoir dans
un resto un service complet pour moins cher. Comparons ce qui est comparable; en ville un resto qui voit défiler des centaines de clients pour les repas de midi peut effectivement se placer plus
bas au niveau du tarif, idem dans certains "Routiers" dont les parkings sont systématiquement archi-pleins. A savoir que le débit est bien plus petit sur le Plateau.


 


Un
client du Magasin Général



B.L. 13/12/2010 11:07



Ça polémique aussi ici …



Fénéon 12/12/2010 14:58



Didons ça barde. C'est quoi? Une gu-guerre de regionaliste? Non, peut être... Peut être... à oui, c'est bientôt noel et... Et chacun veut son cadeau? Non, peut être, peu être, qu'il ne faudrait
rien faire en fait et puis c'est bien de rien faire avec son rien. Enfin rien faire avec la tête comme avec les mains quoi. Où alors faut proposer mais attention, une cantine pas plus. Certain
demande un chateau aussi. Et bien. Joyeux noel. Les précaire ++ et les quazi précaire + et les non précaire - et les faux précaires -- . Ceci, si il s'agissait de CONSTRUIRE et de prendre
MATERIELEMENT acte. Des foyers de résistance. Des plateau de guerre. Parsqu'on le sent, le fascisme. On le sent qui arrive gentillement. Par flash. Alors c'est bien. On se casse la geulle entre
orphelins de classes qui n'existent pas et c'est bien.



Le Plouc 12/12/2010 14:50



Etant également retiré dans la cambrousse, installé au coin du feu dans une pièce en Placoplâtre bio, je lis
avec étonnement ce post.


Si j'ai bien compris, un fonds de dotation est une
personne morale de droit privé ayant pour objet d’assurer ou de faciliter la réalisation d’une œuvre ou d’une mission d’intérêt général. Les « fonds de dotation » ont, en effet, pour
vocation essentielle la capitalisation de droits et de fonds afin de redistribuer les bénéfices issus de cette capitalisation, soit directement en vue de la réalisation d’une mission d’intérêt
général, soit à une personne morale à but non lucratif afin de l’assister dans l’accomplissement de ses missions ou de ses œuvres d’intérêt général.


 


Est-ce qu'un Club Med Tarnac réservé à la gauche de la gauche aurait une quelconque chance de rentrer dans la définition d'un fond
de dotation? N'oublions pas que la loi de modernisation de l’économie confie à l’autorité administrative, en
l’occurrence le préfet, la mission de veiller à la régularité du fonctionnement du fonds de dotation. La loi lui permet également de suspendre l’activité du fonds de dotation, lorsqu’elle
constate des dysfonctionnements graves de nature à compromettre la réalisation de son objet social. Par ailleurs, le préfet peut se faire communiquer tous documents et procéder à toutes
investigations utiles.


 


La mauvaise foi de ce post est évidente. Il accuse les tarnacois de balances, mais son contenu est un style de
provocation bien connu qui ne sert que la réaction. Si son auteur aime traire les canards, pourquoi ne laisse-t-il pas les autres traire leurs vaches en paix?


 


Signé: un plouc qui
travaille et qui paye des impôts.



fred 12/12/2010 12:59


"menant à des arrestations et interrogatoires en Allemagne" Es-tu certain de cette information ? "Goldene Hackenkralle" En 1999, une vaste opération policière a été déclenchée contre un groupe
antinucléaire de Hambourg. «Les policiers l’ont désignée sous le nom de "Golden Hackenkralle" - le crochet doré - parce qu’ils avaient entendu deux militants sur écoutes qui parlaient d’offrir un
crochet doré à un ami pour son anniversaire. Ce n’était qu’une blague.» La procédure, elle aussi antiterroriste, s’est conclue par un non-lieu général en 2005. Depuis, un crochet doré géant est
parfois brandi dans les manifestations des opposants à l’atome. Et le capitaine Crochet court toujours.