Les chômeurs sont en lutte à Rennes

Publié le par la Rédaction

Chômeurs en lutte à Rennes : après le traquenard policier lors de la manifestation de décembre, la mobilisation continue

L’action qui devait avoir lieu mardi dernier pour l’anniversaire de Pôle Emploi a été annulée, par manque de temps et nécessité de se consacrer au soutien des inculpés du 5 décembre.

Mais la partie n’est que remise, au mardi 12 janvier, rendez-vous à 10h métro Charles de Gaulle. La nécessaire lutte contre la répression policière ne nous fait pas oublier l’urgence de construire un mouvement de chômeurs, de précaires marquant son dissensus avec le culte de la croissance et du plein emploi de notre temps par le capital.

Nous vous rappelons par ailleurs les autres rendez vous :
-  Manifestation samedi 16 janvier à 15h place de la Mairie, pour la grève des chômeurs et le soutien aux 4 inculpés du 5 décembre ;
-  Rassemblement lundi 18 janvier à 15h30 devant la cité judiciaire, à l’occasion du procès.


Communiqué du mouvement des chômeurs et du comité de soutien Bonnets rouges

Ce communiqué fait suite à une conférence de presse tenue jeudi 7 janvier 2010 à Rennes. Il a pour but de revenir sur la manifestation du 5 décembre à Rennes et sur ses suites. Il s’agit à la fois de renverser la théorie des forces de l’ordre qui fabriquent de toute pièce une histoire de violences contre agents, quand la réalité objective fut celle d’un tabassage en règle des chômeurs. Nous revenons à la fois sur la gravité des blessures du côté des manifestants, mais nous expliquons également la manière dont cette opération policière avait été préméditée avec la complicité de la mairie de Rennes pour porter une offensive contre tout mouvement qui se veut auto-organisé et qui se donne les moyens de bloquer l’économie. L’opération est simple : tenter de faire apparaître ces mouvements comme infréquentables en leur accollant la figure d’anarcho-autonome, dispositif policier désormais bien connu.
C’est l’occasion également d’appeler à une manifestation pour la grève des chômeurs, contre la répression et en soutien aux inculpés du 5 décembre, le samedi 16 janvier à 15h, place de la mairie à Rennes.

Communiqué faisant suite à la conférence de presse du 7 janvier 2010

1 – Démonstration de la manifestation du 5 décembre comme un coup monté de la part des forces de l’ordre et de la préfecture en complicité avec la mairie. Eléments à l’appui :

Le Télégramme de Brest annonce la veille que la manifestation ne serait plus une manifestation de chômeurs mais d’anarcho-autonomes.

Nous apprenons seulement sur place que la manifestation est interdite. Mais contrairement au 17 octobre 2009, où on a pu observer que la préfecture était capable de se donner les moyens matériels d’interdire une manifestation, ici l’interdiction reste verbale, ce qui fait qu’on nous laisse quand même partir mais avec une présence policière qui flaire à plein nez la provocation et le traquenard.

Lors du défilé, la présence policière est sans cesse plus provocante. Boulevard de la Tour d’Auvergne les forces de l’ordre vont même jusqu’à nous encercler, ne nous laissant aucune échappatoire, comme s’ils cherchaient à provoquer des débordements. Quand on nous laisse repartir c’est sous un encadrement policier délirant où il est impossible de ne pas voir qu’ils veulent attraper des individus déjà ciblés.

On arrive quand même sereinement à la maison des associations pour y tenir notre AG, dans une salle réservée la veille. C’est là que la stratégie des forces de l’ordre se referme sur nous avec la complicité de la mairie. La directrice nous interdit l’accès à la salle. On prend la mesure du traquenard quand on sait que :
— La directrice nous avez dit qu’elle ne serait pas là ce jour-là car elle partait en week-end.
— Sa présence montre déjà que quelque chose s’était décidé au-dessus et sans doute la veille pour qu’elle puisse annuler son week-end.
— Par ailleurs son argument comme quoi il y aurait trop de monde par rapport à la capacité de la salle ne tient pas, puisqu’au moment où elle nous refuse l’accès elle ne peut voir au plus que 40 personnes pour une salle limitée à 80.
— Le directeur du 4 bis (lieu municipal contigu à la maison des associations) nous confirmera ultérieurement que le refus de la salle avait déjà été décidé au moins le matin.
— De plus, la Bac rentre dans les locaux par derrière pour nous expulser en cinq minutes, alors que cette démarche nécessite au moins l’accord de la mairie et de cette même directrice. Or celle-ci, à aucun moment pendant la négociation, n’a eu l’occasion de s’entretenir avec quiconque autre que nous.
— Tout cela montre bien que le refus d’accès à la salle avait été décidé bien avant pour laisser libre cours à l’intervention des forces de l’ordre, quelle que soit la teneur de la manifestation.

Cette analyse de la situation est renforcée par le fait que ce n’est pas n’importe qui qui a été interpellé lors de l’assaut de la police. Ils ont attrapé Antoine, figure connue à Rennes, qu’ils souhaitaient avoir depuis longtemps comme en témoigne le réquisitoire délirant du procureur lors de la comparution deux jours plus tard. La police et le procureur essayent de fabriquer une figure repoussoir à Rennes et n’hésitent pas pour cela à fabriquer une histoire à coup de faux témoignages pour tenter de prouver contre toute évidence que c’est lui qui a jeté un œuf de peinture sur un agent de la bac.

2 – Fabriquer une histoire fausse pour légitimer l’action de la police

Autour de cette histoire d’œuf, la police va tenter de grossir le geste en inventant une substance corrosive avec saisie de la police scientifique de Paris … alors même qu’il ne s’agissait que de peinture et que plus d’un manifestant en a reçu des projections sur la peau ou sur leur vêtement sans aucun désagrément.

L’agent touché aura soit disant été grièvement atteint, avec une journée d’ITT à la clé … alors même que ce dernier est resté dans la manifestation jusqu’au bout et n’a pas été le dernier à se déchaîner sur les manifestants en fin de manifestation.

À l’appui de cette thèse de violence sur agent, la police fabrique des faux témoignages grossiers :
— Le principal témoin, à savoir l’agent ayant reçu le projectile commence par situer le geste à 14h30, avant de refaire un autre procès verbal se rendant compte qu’à cette heure non seulement la manifestation n’était pas encore partie mais qu’en plus l’accusé avait les preuves de sa présence à «speed rabbit» à cette même heure.
— Ce même témoin va également certifier avoir été évacué pendant la manifestation alors que tout manifestant aura pu constater sa présence jusqu’au terme de la manifestation, ces marques de peinture noire au visage et son air de vouloir prendre sa revanche ne pouvant passer inaperçus.
— Ce même témoin va se contredire grossièrement à nouveau en affirmant dans un premier procès verbal ne pas avoir pu distinguer clairement le coupable. Dans un second temps celui-ci déclarera bien connaître Antoine comme activiste notoire à Rennes. Dans un troisième temps il déclarera pouvoir reconnaître le dit Antoine à partir de photos, alors même qu’il disait bien le connaître…

Par contre les témoins pouvant être favorables à la défense et pouvant apporter des éléments sur les violences policières se taisent étrangement. Les responsables de la maison des associations, du 4 bis et des champs libres refusent de témoigner arguant du risque de perdre leur poste alors même qu’ils s’affirment solidaires avec les inculpés et choqués des violences policières. Les salariés de ces structures ayant assisté à l’agression policière n’osent pas témoigner par peur, d’autant plus que leurs directions ne l’osent pas non plus.

3 – La réalité objective des violences policières

Il ne s’est rien passé durant cette manifestation. L’histoire de l’œuf est simplement ridicule. D’une part, il ne s’agissait que de peinture. D’autre part la destination de ces œufs était tout autre. Le mouvement des chômeurs avait en effet décidé de laisser des traces sur le passage de la manifestation en se permettant de redécorer les devantures de quelques institutions représentant la gestion du chômage et de la précarité afin d’afficher clairement son hostilité à l’égard du traitement du chômage et de la précarité. Que ces œufs aient eu un autre usage cela tient uniquement aux provocations policières et à l’atteinte au droit de manifester qui ne pouvait rester sans geste de réaction. Vous conviendrez avec nous que ce geste relève plutôt de la blague potache que d’une agression préméditée de longue date, comme tente de le faire croire le procureur.

Reste que le procès pour violence contre agent est d’un pur cynisme quand les violences ont clairement été du côté de la police. À preuve, le nombre de blessés du côté des manifestants. Un blessé grave avec des séquelles cérébrales irréparables. Deux filles blessées sérieusement : une arcade sourcilière éclatée avec points de suture et sept jours d’ITT, une touffe de cheveux arrachés qui ne repousseront pas. Plusieurs certificats de coups et blessures. Il y a à ce jour trois plaintes déposées pour violences policières.

4 – Les intentions des autorités derrière ce coup monté

Cette histoire vise à la fois un mouvement de chômeurs qui se donne les moyens de son auto-organisation, dans une période de crise où les autorités ne peuvent gérer le chômage qu’à coup de contrôle et d’injonction au travail toujours plus renforcés. Il s’agit pour les pouvoirs en place d’étouffer dans l’œuf l’émergence de tels mouvements de contestation. Mais au-delà du mouvement de chômeurs, il est notable que depuis quelques années le pouvoir tente de s’en prendre aux mouvements de contestation auto-organisés en fabriquant la figure de l’ultra-gauche (ou anarcho-autonome) repoussoir, sensée marginaliser et rendre infréquentable tout mouvement qui se donne les moyens de perturber l’économie, à l’image de ce qu’ont pu être à une époque des grèves de travailleurs, et qui affiche ouvertement sa défiance à l’égard des institutions.

Le mouvement de chômeurs de Rennes, autant que d’autres mouvements comme le DAL ou la Grivèlerie à Rennes, ne se laisseront pas expulser de l’espace public aussi facilement.

Nous appelons dès le samedi 16 janvier, à 15h place de la Mairie, à se réapproprier la rue à travers une manifestation pour la grève des chômeurs et en soutien aux quatre inculpés du 5 décembre.


Contact
Mouvement des chômeurs et précaires
en lutte de Rennes, 7 janvier 2010.
Coordination des intermittents et précaires d’Île-de-France.

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