Les artistes anarchistes de saintPétersbourg contre les assassinats politiques

Publié le par la Rédaction

En Russie le street art parle assassinat politique

Des militants anarchistes ont collé sur un mur de Saint-Pétersbourg une immense fresque de papier en hommage à Stanislav Markelov et Anastasia Babourova assassinés un an plus tôt à Moscou.

L’action clandestine s’est déroulée le 19 janvier dernier. Dans l’obscurité du petit matin ou de la nuit de Saint-Pétersbourg. Pas n’importe où. Sur les murs extérieurs du Musée de l’histoire politique de la Russie abrité depuis cent ans dans l’hôtel particulier de Kchessinskaïa du nom de la danseuse étoile maîtresse du Tsar Nicolas II. Ce musée retrace toute l’histoire du pays de 1918 jusqu’à nos jours et sa mission, pour la population autochtone, est «la formation de la culture politique dans la Russie moderne». On y trouve notamment le cabinet particulier de Lénine, des documents sur l’assassinat de Raspoutine, des affiches de propagande soviétique, des documents sur le système parlementaire actuel. Il se situe rue Kouibychev du nom d’un ancien militant du parti communiste (1888-1935), ancienne Grande rue de la Noblesse.

C’est là que des activistes du mouvement Autonomous Action signant les artistes anarchistes de Saint-Pétersbourg, en collant une immense fresque de papier, ont décidé de rédiger une nouvelle page de l’histoire contemporaine. Celle qui n’apparaît pas dans les sources officielles : le récit de la création d’un «régime autoritaire fondée sur une constitution fictive» disent-ils, des libertés démocratiques élémentaires bafouées, et, «bien sûr, ajoutent-ils dans leur communiqué l’histoire continue d’assassinats politiques».

Car la date n’a pas non plus été choisie au hasard. Un an jour pour jour après l’assassinat, en pleine rue à Moscou, de Stanislav Markelov et d’Anastasia Babourova. C’était le 19 janvier 2009.


Un double assassinat

Stanislav Markelov, 34 ans, était avocat et militant pour la défense des droits de l’Homme. Président du Rule of Law Institute, il avait à plusieurs reprises collaboré avec Amnesty International. Il avait défendu Anna Politkovskaïa, journaliste abattue à Moscou en 2006, des militants et défenseurs des libertés ainsi que de nombreux civils tchétchènes. Il a été tué d’une balle dans la nuque alors qu’il quittait une conférence de presse. Il venait d’annoncer qu’il allait faire appel de la décision judiciaire de relâcher Iouri Boudanov, officier russe haut gradé condamné en 2003 à dix ans de prison pour avoir violé et étranglé Elza Koungaïeva, une jeune fille tchétchène. Selon le journaliste et spécialiste militaire Pavel Felgenhauer, les détails du meurtre de Markelov portaient la signature des services de sécurité russes. Le Président Dmitri Medvedev a attendu neuf jours pour présenter ses condoléances.

Anastasia Babourova, 26 ans, jeune journaliste qui accompagnait Stanislav Markelov dans la rue, a tenté de lui venir en aide, elle a été blessée mortellement. Anastasia Babourova était une militante anarchiste et écologiste, membre également du mouvement Autonomous Action. Étudiante en journalisme à l’Université d’État de Moscou, elle était stagiaire au quotidien d’opposition Novoïa Gazeta. Ses sujets de prédilections étaient les mouvements informels de jeunes, les actions de rue protestataires, les audiences judiciaires et la montée des mouvements fascistes en Russie.

Le 3 et le 4 novembre 2009, deux suspects ont été arrêtés par le Service fédéral de sécurité (FSB) : Nikita Tikhonov, né en 1980 et Evguenia Khassis, née en 1985. Les deux jeunes gens feraient partie de l’organisation néo-nazie «Front de l’unité russe». Tikhonov, après avoir avoué le meurtre, s’est rétracté affirmant avoir été victime de mauvais traitements et de menaces de représailles sur sa femme. Reporter sans frontières (RSF) note que «tout en saluant une détermination à lutter enfin contre l’extrême-droite qui trancherait avec le laxisme habituel des autorités, nombre de défenseurs des droits de l’homme ont exprimé leur crainte qu’un bouc émissaire tout trouvé masque une impunité persistante».

Une fresque de 17 mètres


La fresque de papier s’étalait sur 17 mètres. Elle illustrait les moments forts de la vie politique russe récente selon l’organisation anarchiste. Y sont représentés le colonel Boudanov, Alexandre Douguine théoricien de la nouvelle droite russe proche du pouvoir, Alexeï Olesinov militant antifasciste condamné à un an de prison sur de fausses accusations, l’avocat Stanislav Markelov qui a défendu Olesinov et mené l’affaire contre Boudanov, et Anastasia Babourova. L’action artistique sauvage était dédiée à l’avocat et à la journaliste assassinés «parce que nous croyons que leur vie et leur mort sont un moment important de l’histoire politique moderne de la Russie»
déclarent les militants anonymes.








Ce même jour, des rassemblements à la mémoire de Markelov et Babourova se sont tenus dans plusieurs villes de Russie, parfois avec des heurts, et partout dans le monde. L’œuvre street art, par nature éphémère, a disparu rapidement des murs du Musée de l’histoire politique de Saint-Pétersbourg. Effacée par des mains invisibles. Comme une page qu’on arrache.



Bernard Hasquenoph - Louvre pour tous, 28 février 2010.


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Акция памяти Маркелова и Бабуровой в Питере

19 января на внешней стене Музея политической истории (дворец Кшесинской) мы открываем уличную экспозицию, посвященную памяти наших друзей, убитых год назад — адвоката Станислава Маркелова и журналистки Анастасии Бабуровой.

Мы не случайно выбрали это место. О ключевых моментах актуальной политической истории последних лет не принято говорить в официальных источниках. Это как раз то, что сейчас замалчивается: история создания авторитарного государства с фиктивной Конституцией, история нивелирования базовых демократических свобод, и, конечно, непрекращающаяся история политических убийств.

На фасаде Музея написано, что в его миссию входит формирование политической культуры в современной России. Совершенно не понятно, что вообще имеется в виду под этим выражением, если в России люди фактически не имеют возможности проводить публичные мероприятия (если, конечно, не представляют официальную партию), лишены свободы слова из-за тотального контроля над СМИ и усиливающейся цензуры в интернете. Государство без конца продвигает агрессивную милитаристскую и православно-державную риторику, через свои инстанции осуществляет поддержку неонацистских организаций (вспомним хотя бы эпизоды сотрудничества проправительственной «России молодой» и фашистского «Русского образа»). А эти неонацисты ежедневно убивают и калечат людей на улицах.

Год назад в центре Москвы были убиты известный адвокат Станислав Маркелов и журналистка, анархистка Анастасия Бабурова. За этот год власти успели назначить виноватых, оставив нам решать вопрос, кому было выгодно убийство адвоката, разоблачавшего преступную политику государства в Чечне и защищавшего политических активистов и антифашистов.

Сегодня традиционные политические акции уже не привлекают внимания. Поэтому мы выбрали наиболее эффективную и оригинальную, по нашему мнению, форму уличного искусства.

На огромном 17-метровом принте-плакате мы изобразили самые одиозные моменты и наиболее значимых персонажей политической действительности последних лет: убийца и насильник, полковник российской армии Буданов, философ-неофашист и государственный идеолог Александр Дугин, майор Евсюков, расстрелявший людей в супермаркете, антифашист Алексей Олесинов, осужденный по ложному обвинению, адвокат Станислав Маркелов, который вел дело против Буданова и защищал Олесинова, и других политических активистов, журналистка Анастасия Бабурова.

Мы посвящаем нашу акцию Стасу Маркелову и Насте Бабуровой, поскольку считаем их жизнь и их смерть важным моментом новейшей политической истории современной России.

«Автономное действие» - Питер. Художники-анархисты Питера.


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