Les architectes ça grille aussi

Publié le par la Rédaction

Incendie à Paris : Un architecte a eu chaud

Dans la nuit du 16 au 17 décembre 2009, deux foyers d’incendie ont été allumés contre le cabinet darchitectes Alain Derbesse, rue Decrès dans le 14e arrondissement de Paris.
Malheureusement les dégâts ont sans doute été trop limités.
Dans le hall de lentrée, un grand tag précisait : «Concepteurs de prisons assassins !»

Dans un monde où il existe toujours plus de taules, où les possibilités d
atterrir dedans se multiplient, la prison est au passage une gigantesque machine à fric. De nombreux chacals se disputent le marché de lenfermement.

Au delà des constructeurs directs (Bouygues, Eiffage, Vinci…) et leurs sous-traitants ; il y a aussi les entreprises gestionnaires du quotidien (maintenance, alimentation, exploitation des prisonniers), et … les cabinets d
architectes qui conçoivent les cages où dautres crèveront à petit feu. Leur boulot est de répondre à un cahier des charges de l’État : empêcher les évasions, protéger les matons, isoler davantage les prisonniers … pour une pacification maximale.

Ils intègrent aussi un semblant d
amélioration du «confort» (douche en cellule, frigo…), et laccès à quelques «services» supplémentaires (plus de chaînes TV, plus de cantines, consoles de jeu…), afin de multiplier les chantages individuels et désamorcer les critiques droit-de-lhommistes.

Les architectes font plus que répondre à la commande, ils reprennent à leur compte les objectifs de l
administration pénitentiaire tout en se sentant investis dune mission supérieure.

Bernard Hemery, du Groupe Synthèse Architecture, associé au cabinet Alain Derbesse dans la conception du Centre de Détention de Vivonne, déclarait dans une fiche de présentation qu
on retrouve sur le site de lAPIJ :
«Notre souci principal a été de donner une lisibilité très grande à l’espace carcéral pour une sûreté “naturelle”.»
«On a donc beaucoup travaillé les notions de “covisibilité” des postes protégés, en proposant une écriture moderne de l’espace panoptique, pour que les surveillants aient une vision complète, ce qui est aussi la condition d’une détention apaisée. Le détenu aussi a besoin d’être en sécurité. Être toujours dans un espace ouvert et contrôlé est rassurant.»
«Un établissement pénitentiaire n’est jamais bien accueilli par le voisinage, […]. La qualité du béton est essentielle, le matériau va vieillir et se patiner pour mieux s’intégrer au paysage.»

Le cabinet Alain Derbesse semble très satisfait de sa collaboration avec l
’État puisquil a conçu pour lui en plus du Centre de Détention de Vivonne, celui du Havre, la Maison dArrêt du Mans, un Hôtel de Police, ainsi que la rénovation dun Tribunal de Grande Instance.

Espérons que ces crapules rencontreront d
autres inimitiés chaleureuses pour leurs nombreux services rendus à la Nation !

À bas toutes les taules !
Liberté pour toutes et tous !

Indymedia Nantes, 22 décembre 2009.


ARCHITECTE
n.m.

Insulte. En tant qu’insulte, le mot a fortement vieilli.

La construction du Palais de Justice de Bruxelles par l’architecte Joseph Poelaert a non seulement entraîné la démolition d’un très grand nombre d’habitations populaires qui abritaient de pauvres gens mais, surtout, et par voie de conséquence, amené leur «exil» forcé notamment dans le quartier d’Uccle Saint-Job.

À une époque (deuxième moitié du XIXe siècle) où il n’y avait presque pas de transports en commun du genre trams ou bus, c’était couper ces pauvres gens de leurs racines.

On conçoit que la plupart d’entre eux aient éprouvé pour Poelaert une rage froide. On raconte même qu’une «sorcière» des Marolles lui aurait jeté un sort, ce qui n’a rien d’impossible si l’on sait que l’architecte est mort fou.

Quoi qu’il en soit, le mot a servi d’insulte pendant de très nombreuses années et George Garnir, dans sa célèbre galerie de portraits bruxellois, publiée sous le pseudonyme de Curtio et intitulée Zievereer, Krott et Cie, Architek ! Baedeker de physiologie bruxelloise à l’usage des étrangers (Bruxelles, Éts généraux d’Imprimerie, 1906) a écrit plus de deux pages pour montrer la force émotionnelle que contenait le simple mot architecte, insulte suprême des Bruxellois des Marolles.

Aire : Bruxelles (surtout).
Variantes : architek(t) ou rachitek.

Georges Lebouc, Dictionnaire de belgicismes.


Action à Grenoble contre Bouygues promoteur du système carcéral

Ces derniers jours à une semaine d’intervalle la boutique Bouygues située Grand Rue a eu :
— Sa devanture taguée «Bouygues construit des taules» ;
— Sa vitrine brisée.

Rappelons que Bouygues (et d’autres), par le biais de ses différentes filiales, participe à la construction de nombreuses prisons et centres de rétentions.

Courage à ceux et celles qui croupissent en taule.

P.-S. : Av
is aux amateurices, il y a une autre boutique Bouygues au 6 rue de Bonne à Grenoble.

Indymedia Grenoble, 22 décembre.

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grossebourse 23/12/2009 21:49


Cette article est interessant. Voila que je suis moi même étudiant en architecture et que je vois se multiplier la haine des architectes dans certains articles.

J'ai assez cogité sur la question. Malgré tous je suis revenu sur le chemin du système. C'est à dire que :
-soit je rejette la société et vit en dehors.
-soit je rentre dans le système .

Deux possiblités. Après réfléxions sérieuses , je prends finalement la deuxième.
Etant donnée que je ne crois plus en un bouleversement du capitalisme, et de la soit disant société qui en découdra.

Du coup , il est possible que je construise plus tard POUR LE SYSTEME (cela m'est difficile d'écrire cela mais c'est bien ce qui m'attends si) MAIS PAS FORCEMENT NON PLUS.
 Une chose : tous les architectes ne sont pas complices. J'en conais qui réussisent péniblement à marcher et qui ont des idées qui enmerde les canons de ce système. Alors certes, très peu de
leur projets ce réalisent, mais au moins ils existent, vivent de ce métier, heureux,et ne sont pas des vendus !

Je voulais apporter cette nuance, voila.
Mais la question de l'architecture carcérale est ambigu : je pense que l'architecture ne remplacera pas l'enfermement, elle l'allège de manière peut être infime, mais ne remplace pas cette
sensation.

On reviens toujours à la même question, soit tout casser, soit "réformer".C'est sur je préférai qu'il n'y est pas de prison, mais comme je les dis plus haut, je ne crois plus en
un bouleversement.
Mais je ne sait si il est bon de dire que les architectes sont tous des vendus.
Il y en a qui ont construit des prisons et qui, dans leur tête avait réellement l'intention  d'apaiser la vie des detenus.

La question reste ouverte. Le monde est un trop gros merdier. 

PS; que quelqu'un réagisse à ce commentaire . a chaque fois que je laisse des messages sur votre site, je ne reçois aucune réponse ;D