Les actions de l’AG interpro du bassin minier Lens-Liévin-Hénin-Carvin : Bilan d'étape début novembre

Publié le par la Rédaction

 

L’AG du bassin minier Lens-Liévin-Hénin-Carvin, créée le 14 octobre dans le Pas-de-Calais, a décidé d’un temps de repos dimanche 30 octobre et lundi 1er novembre. Les actions recommenceront dès mardi 2 sur une plateforme logistique. La pause dans l’affrontement donne l’occasion de revenir sur les opérations, de portée variable, des dernières semaines.

 

Le jeudi 14 octobre au matin des militants CGT, FO et SUD décident le lancement de l’AG, de sa réunion quotidienne et d’une manifestation avec distribution de tracts dès l’après-midi. Certains sont en grève depuis le 12. Est exprimée la nécessité, pour gagner, de frapper le facteur capital en limitant les dégâts collatéraux qui pourraient donner à la population non engagée dans les grèves et l’action l’impression d’un ciblage malheureux des opérations. Est arrêté le principe de la tenue quotidienne de l’AG interpro.

 

Les dépôts de carburant, les plateformes logistiques et les flottes de camions seront ainsi visés, mais sur les ronds-points et les entrées de zones industrielles et commerciales les barrages seront filtrants, seuls les poids lourds devant être immobilisés, de façon à couper les flux d’approvisionnement et interrompre la production industrielle et la distribution d’un maximum de produits, denrées fraîches périssables avant tout. L’objectif déclaré est le blocage de l’économie.

 

Le jeudi 14 après-midi l’AG s’est à nouveau réunie, pour décider des actions du lendemain, avec vote à main levée.

 

Le vendredi 15 arrivent à l’AG des étudiants et des enseignants du SNES-FSU, ainsi que des routiers, bons connaisseurs des zones logistiques.

 

Depuis 5 heures sont bloqués une zone industrielle (à Carvin) et un dépôt de carburant (DMS, à Annay-sous-Lens). L’AG décide de reconduire ce blocage le samedi et le dimanche, de créer son propre tract d’AG interpro avec logos syndicaux, et d’amplifier l’action à partir du lundi.

 

Du fait des incidents lors des manifestations lycéennes à Lens (casseurs et/ou provocateurs aux ordres ?), des articles de presse sur la question et des rumeurs aberrantes sur l’ampleur de la casse, l’AG insiste sur la nécessité, pour recruter et soigner son image dans l’opinion publique favorable à ses actions, d’éviter toute violence.

 

Le lundi 18 les opérations ont pris une dimension nouvelle. Les plateformes d’approvisionnement en liquides et produits frais d’Auchan et Carrefour, dans les communes voisines de Libercourt et Carvin, sont bloquées dès 2 heures le matin jusqu’à l’arrivée des CRS dans la matinée. Les barrières d’un péage (Fresnes-les-Montauban) sont levées l’après-midi à la grande joie des automobilistes.

 

Le chantier du futur musée Louvre, à Lens, est bloqué dès 5 heures 30 ; l’opération retarde seulement les coulées de béton, mais doit permettre d’atteindre un seuil de meilleure visibilité.

 

Le mardi 19 est jour de manifestation. Mais l’AG reste dans l’action tout en recrutant dans le cortège. Le blocage du Louvre est reconduit ; les ouvriers ayant voté la grève reconductible, les bloqueurs arrivés sur le chantier à 5h30 sont disponibles pour renforcer les autres piquets.

 

À 4 heures du matin, les militants de l’AG décidés à bloquer les deux entrées d’une zone industrielle (à Libercourt) ont eu la surprise de constater que fuite aidant, des salariés de la zone avaient débrayé spontanément et commencé le blocus dès 22 heures la veille. En début d’après-midi, alors que les équipes ne sont pas encore relayées et renforcées par les manifestants du matin, un camarade de lutte se fait renverser par un camion qui force un barrage mal protégé par des palettes. Les CRS, conduits en grand nombre par le commissaire central de Lens, finissent par déloger les deux équipes de blocage après 15 heures.

 

Le mercredi 20 les ouvriers du Louvre poursuivent le blocus de leur propre chantier.

 

Un parc d’activités est bloqué sur Liévin dès 4h30, mais un fort bataillon de CRS intervient à 10 heures. Si cette dernière opération est importante, c’est que les entrepôts de cette zone ont reçu les marchandises destinées à ceux de la zone bloquée à Libercourt du 18 octobre 22 heures jusqu’au 19 à 15 heures 30. C’est à cette occasion que les premiers feux de palettes et de pneus apparaissent dans l’agglomération lensoise.

 

Le réseau de bus de Lens est bloqué toute la journée, les bus de Sallaumines restent également à quai.

 

Les CRS semblent toujours intervenir sur les actions les mieux ciblées : ils dispersent régulièrement les équipes qui bloquent les flottes de camions, mais non pas le chantier du Louvre, ni les bus.

 

Le jeudi 21 au matin se réunit un groupe formé la veille pour contacter par téléphone et si possible rencontrer les syndicats CGT, FO et SUD de l’hôpital, du Conseil général et de la communauté d’agglomération. Le blocus du chantier du Louvre est levé par ses salariés du fait d’une ordonnance de référé rendue par le Président du Tribunal de Grande Instance de Béthune.

 

Est enfin réalisée une opération péage gratuit (à Fresnes-les-Montauban), avec distribution de tracts invitant à rejoindre les assemblées générales de lutte et les équipes de blocage. Ce type d’action est facile, ne nécessite pas de se lever plusieurs heures avant l’aurore, et permet de récolter un argent précieux (par dons, et non par vol).

 

Le vendredi 22 dès 4 heures est bloquée une plateforme logistique d’approvisionnement commercial (à Vendin) ; les CRS arrivent à 9h30. Des salariés de l’entreprise de ramassage des ordures ménagères débraient et installent un piquet bloquant pour la journée.

 

L’AG décide la création d’une banderole portant les logos de la CGT, de FO, de SUD, du SNES et la mention «lycéens et étudiants», ainsi que la formule de compromis «Tous ensemble contre la réforme des retraites».

 

Le samedi 23 dès 4 heures, blocage d’une nouvelle plateforme logistique, consacrée à l’approvisionnement en produits frais (encore dans la commune de Vendin) ; les CRS arrivent à leur heure habituelle, vers 9h30 : menace d’interpellation pour trouble de l’ordre public. Comme toujours, la cinquantaine de militants se retire sans prendre de risque, laissant la police se débrouiller avec les feux de palettes, comme les jours précédents.

 

Le lundi 25 les militants de l’AG parviennent à bloquer, entre 4 heures et 8h30, les quatre ronds-points d’accès au site de la Française de Mécanique et de ses sous-traitants. La FM, filiale à 50-50 des groupes Renault et Peugeot, compte plus de 3000 salariés. Les 200 résistants sociaux n’étaient pas de trop pour fermer aux poids lourds l’entrée et la sortie d’une zone qui couvre 150 hectares. Sur ce site industriel dont sortent 500 à 600 camions par jour est construit un moteur sur 20 à l’échelle de la planète.

 

Plus tard dans la journée une équipe réalise une opération péage gratuit sur l’autoroute (Aix-Noulette).

 

Mardi 26 sont distribués 5000 tracts ; les militants pénètrent dans l’hôtel de ville de Lens pour une distribution dans les bureaux, et diffusent à la porte de deux usines à Hénin-Beaumont (Moy park, produits agro-alimentaires à base de volaille ; et Faurecia, équipementier automobile).

 

La question est ouverte de savoir s’il n’aurait pas fallu bloquer dans la semaine, quelques jours après la Française de Mécanique, l’équipementier multinational Faurecia, filiale de Peugeot placée en amont des chaînes de montage (460 emplois à Hénin-Beaumont pour des sièges de véhicules). Cette précision parce que la grosse industrie, et spécialement l’automobile, ne sont de façon générale guère frappées par la lutte, alors que frapper en amont des flux de production a des effets bloquants sur l’aval.

 

Mercredi 27 une opération de blocage frappe à partir de 4 heures une plateforme logistique de la grande distribution (Intermarché, commune de Vimy) jusqu’à l’arrivée des CRS à 9 heures. Des tracts sont ensuite distribués à l’entrée de l’hôpital de Lens.

 

Jeudi 28 l’AG utilise la manifestation de Lens pour recruter de nouveaux combattants. Partis en tête du cortège, les militants organisent, par un quasi blocage du défilé, une prise de parole devant l’hôtel de ville, et donnent rendez-vous en fin de parcours aux manifestants qui, ayant compris que le blocus des flux économiques peut seul permettre le retrait définitif de la réforme des retraites, souhaitaient rejoindre les équipes de bloqueurs.

 

Vendredi 29 près de 150 militants de l’AG du bassin minier parviennent à bloquer Delta 3, l’une des principales plateformes logistiques de l’Union Européenne. Ce gigantesque site, créé en 2000 au bord de l’autoroute A1, couvre 300 hectares dont 33 hectares d’entrepôts, et abrite plus d’un millier d’emplois. Terminal de transport multimodal autoroute-voie ferrée-canal, Delta 3 est alimentée par un échangeur autoroutier exclusivement dédié à la plateforme, un quai fluvial de 500 mètres en bord de canal et deux raccordements ferroviaires. La difficulté technique de l’organisation de l’opération vient non seulement de l’énormité du site, mais aussi du risque de provoquer une catastrophe sur l’autoroute qui elle n’est pas bloquée ni même ralentie. Mais depuis le spectaculaire blocage de la Française de mécanique du lundi 25, l’AG du bassin minier se sait prête à tenter l’opération qui, parfaitement conçue, s’achève peu après 9 heures et l’arrivée des CRS. Plus de 60 camions sont bloqués sur les bretelles d’accès, environ 200 poids lourds en partance restant coincés sur la plateforme.

 

Du samedi 30 au lundi 1er novembre aucune action n’a été conduite. Ce temps de repos indispensable aux militants pour récupérer sur le sommeil perdu, a sans doute cassé le rythme imposé par l’AG. Mais il a été décidé de se réveiller fort tôt le mardi 2 novembre au matin pour frapper une plateforme logistique de la grande distribution.

 

AG interpro du bassin minier
HNS-info, 2 novembre 2010.

 


Publié dans Colère ouvrière

Commenter cet article