Les accidents nucléaires au Japon et la question du communisme

Publié le par la Rédaction

 

Le terrible séisme qui endeuille le Japon risque de déboucher sur un, ou plusieurs accidents nucléaires dans le pays qui a subi les horreurs d’Hiroshima et de Nagasaki. À l’heure où j’écris ces lignes, une grande incertitude règne. Chacun attend avec anxiété des nouvelles de sa famille, de ses amis, de ses proches.

 

Je pense, pour ma part, à nos camarades japonais de Zenko, l’assemblée nationale pour la paix et la démocratie, et du Mouvement pour le socialisme démocratique, qui ont joué depuis des années un rôle fondamental dans le soutien international au Congrès des libertés en Irak. Inlassablement, ils ont réuni des fonds pour soutenir Sana-TV, lutté contre l’occupation et pour le retrait des troupes japonaises d’Irak, avec le souci constant de soutenir les luttes sociales et féministes dans ce pays. Ils constituent, à l’échelle mondiale, le fer de lance de ce mouvement.

 

 

Les séismes, les tsunamis font partie des phénomènes naturels inévitables. Par contre, on peut se prémunir, autant que possible, de leurs effets néfastes et protéger des vies. Les habitants de l’archipel du Japon le savent bien, puisque l’architecture antisismique y est une pratique ancienne.

 

C’est pourquoi la question de la sécurité des centrales nucléaires est une fois de plus en jeu. Nous sommes en droit de nous poser la question : pourquoi est-ce que des centrales nucléaires ont été construites par dizaines dans la région du monde la plus exposée aux tremblements de terre ?

 

Deux questions surgissent immédiatement. Pourquoi construit-on des centrales nucléaires ? Pourquoi sont-elles dans des zones dangereuses ? Ces deux questions trouvent leur réponse dans la structure même de la société actuelle. Des centrales nucléaires sont construites, parce que les besoins énergétiques de l’industrie capitaliste passent avant la vie et la santé des êtres humains. Elles sont implantées dans des zones à risque, parce que chaque puissance capitaliste souhaite garantir son «indépendance» en matière d’électricité. Et surtout, tout cela est possible car les processus de décision ne tiennent aucun compte de l’avis de l’humanité, de l’espèce humaine dans son ensemble, sur les questions qui engagent son destin.

 

 

Je ne suis pas, à titre personnel, favorable à l’énergie nucléaire. Je ne crois pas qu’un processus qu’on ne sait pas arrêter, qui engage donc non seulement notre génération, mais les suivantes pour des millénaires, puisse être une décision juste. Comme toute question importante, comme toute décision grave dont la portée est planétaire, c’est l’avis de l’ensemble de la communauté humaine qui devrait compter, pas celui de tel ou tel État, de tel ou tel gouvernement.

 

Pour celles et ceux qui se souviennent de l’accident de Tchernobyl, en 1986, nous savons que les nuages radioactifs ne s’arrêtent pas aux frontières, quoi qu’en disent les communiqués gouvernementaux. Construire une centrale nucléaire dans une zone de secousses sismiques ne concerne pas les seuls Japonais, mais toute l’humanité. Il en va de même pour l’ensemble des décisions qui concernent l’environnement et le climat.

 

La division de l’humanité par des frontières, de gouvernements plus obnubilés par leur indépendance «nationale» que par le bien-être de l’humanité, est parfaitement anachronique. La communauté humaine existe déjà à l’échelle planétaire et elle en est consciente. Quand les manifestants du Wisconsin reprennent les slogans de leurs frères et sœurs d’Égypte, quand les soulèvements se propagent de semaine en semaine au-delà des frontières, quand les familles et les amis communiquent par delà les continents, les frontières nationales apparaissent de plus en plus comme une entrave au progrès humain, comme un retard sur la réalité.

 

 

Prendre une décision sur un sujet aussi grave que le nucléaire, se poser la question : «doit-on ou non employer cette source d’énergie ?» nécessite plusieurs choses : que l’ensemble de la population mondiale puisse réellement participer aux décisions, à égalité ; qu’aucun intérêt financier, industriel, gouvernemental, aucune idéologie nationaliste, aucune division factice de l’humanité ne vienne s’en mêler ; que chacune ait eu la possibilité de s’informer sur les enjeux et faire un choix bien informé.

 

Dans le monde où nous vivons aujourd’hui, aucune de ces conditions n’est réunie. Le pays le plus peuplé du monde, la Chine, est une dictature, et ce n’est pas le seul régime autoritaire qui subsiste malgré les secousses des dernières semaines. Dans les «démocraties», toutes sortes de verrous institutionnels garantissent à une classe dirigeante quasi-inamovible l’exercice du pouvoir politique malgré les alternances et les apparences de choix. L’imbrication de l’État et du Capital garantit de toute façon que les choix politiques soient favorables à ce dernier. De toute façon, comment parler de démocratie quand le monde de l’entreprise, qui occupe l’essentiel de notre temps, n’en est pas une ? Quant aux institutions internationales qui prolifèrent, elles ne font que refléter cette situation mondiale.

 

Quand des entreprises, des groupes industriels et financiers publics ou privés ont intérêt à vendre du nucléaire, quand les revenus de capitalistes en dépendent, les débats sont par nature faussés. Non seulement ils ont les moyens d’imposer leurs choix, mais aussi de les justifier idéologiquement par leur propagande, par leurs savants, par leur presse, par le fric qu’elles distribuent aux villages situés près des centrales pour leur faire oublier les risques…

 

Quand ce ne sont pas ces groupes capitalistes, ce sont parfois leurs «opposants» apparents qui s’en chargent. Le nationalisme de gauche, qui se pare parfois des atours du communisme et du marxisme, est souvent le plus ferme défenseur des politiques nucléaires au nom de l’indépendance nationale et du développement industriel. En France, le PCF et la culture politique nationaliste qu’il a léguée à la gauche même là où il s’est effondré, en est l’un des piliers. Au Japon, le nationalisme est un élément essentiel de la vie politique, la volonté de puissance industrielle indépendante une constante depuis plus d’un siècle. On ne peut pas expliquer autrement le choix délirant d’y implanter des centrales nucléaires.

 

Quand 20% des habitants de la planète est analphabète ; quand la misère, la faim, la nécessité de trouver un toit, un logement, de nourrir sa famille, priment sur toute autre considération ; quand on est abruti par les horaires et les conditions de travail, fatigués par le rythme, par la stupidité des tâches et des chefs, comment est-ce qu’on pourrait prendre le temps de s’informer sérieusement des enjeux du nucléaire, peser le pour et le contre, examiner les autres pistes, se faire un avis sérieux et informé, prendre une décision qui ne soit pas le seul reflet de l’ignorance ou de l’idéologie dominante ?

 

Lorsque, dès la fin du XVIIIe siècle, les révolutionnaires les plus avancés parlaient de république universelle, quand dès les années 1830, les premiers communistes annonçaient la communauté humaine, cela pouvait sembler une utopie généreuse, une idée sans fondement dans la société et dans les techniques. Aujourd’hui pourtant, leur message universaliste nous interpelle, car parmi les questions les plus urgentes qui se posent à nous, en tant qu’êtres humains, la plupart n’ont pas de solution à l’échelle nationale. Pour les affronter, nous avons besoin d’une autre société, de réaliser pleinement la communauté humaine mondiale, consciente de ses choix et de sa destinée, de balayer tous les obstacles, les frontières, les intérêts privés, les classes sociales et leurs idéologies qui s’y opposent. Le communisme, la société sans classes, sans frontières et sans États, n’est pas une utopie généreuse, mais une réponse concrète aux problèmes actuels de l’Humanité.

 

Nicolas Dessaux
Initiative Communiste-Ouvrière, 13 mars 2011.

 


Publié dans Terre et environnement

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