Le vrai visage d'un directeur de centre de formation en travail social

Publié le par la Rédaction

«Le réchauffement climatique fait fondre la banquise», ou le vrai visage d’un directeur de centre de formation en travail social

Ceci est la petite histoire d’un module de formation d’éducateurs spécialisés … Se passant dans un centre de formation pour futurs travailleurs sociaux. La formatrice, bien inspirée par la pédagogie de projet de l’école Vitruve, les méthodes d’éducation active, et peut-être même par l’idée d’autogestion … propose aux étudiants de mener un projet réel, l’inventer, contacter des gens, le mettre en place. Les apprentissages théoriques venant au renfort du concret et appelés par celui-ci.
Les étudiants proposent alors de prendre contact avec un collectif de sans-papiers (CSP), qui occupe alors depuis presque un an une Bourse du travail, pour obtenir la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers isolés qui n’ont pu être soutenus par un syndicat lors des mouvements de grève revendiquant la régularisation.

Le projet prend forme petit à petit, se co-construit entre les étudiants et le CSP, et se met en place un évènement sur trois jours, qui comprend une exposition, du «théâtre de rue», une manifestation, et ceci dans plusieurs lieux : une place devant un musée, le centre de formation, et la Bourse du travail.

Bien entendu, connaissant le zèle actuel de la police, le CSP dépose pour chaque jour un trajet de manifestation ou un lieu de rassemblement en préfecture. Ainsi, avec l’accord de la préfecture, ils sont couverts et ne peuvent être arrêtés par la police sous prétexte de rassemblement illégal… Mais bien sûr la préfecture, bien prudente par ces temps où naissent un peu trop d’idées subversives, et grassement soutenue par les renseignements généraux qui n’avaient pas omis de poser quelques questions aux étudiants sur le ton du copinage ; appelle le directeur de l’association gérant le centre de formation, pour lui demander si il est nécessaire de déployer des forces de police, dans et devant ce même centre le jour de l’exposition… Banale formalité, ils font cela à chaque fois me direz-vous…

En tant que directeur de centre de formation en travail social il semblerait logique que celui-ci remercie gentiment le monsieur de la préfecture, et lui dise : «Il n’y a pas de soucis, il s’agit juste d’un module de formation, d’une exposition.» Mais ceci est d’un autre temps ! Temps révolu, navrée de vous l’annoncer !! Il se méfie, il a peur, il n’est pas d’accord peut-être avec ce qui se fait dans ce module, ou avec l’idée de régularisation de tous les sans-papiers ? Il faut savoir qu’il y a également un «directeur pédagogique» dans ce centre de formation, qui semble sur les mêmes positions que son «supérieur hiérarchique»…

Donc appel de la préfecture, puis appel urgent de la direction à la formatrice, qui contacte alors une étudiante du groupe et le porte-parole du CSP. Les voilà tous dans un bureau : les deux directeurs, la formatrice, l’étudiante, le porte-parole, et le coordinateur des formations. Les directeurs laissent le «choix» aux personnes présentes organisant l’exposition : soit les sans-papiers viennent en nombre limité, soit les forces de police élisent domicile dans le centre de formation… Ignominie contre horreur… On fait quoi ? Ça nous fait bien penser à des choses, ces chiffres : le fait de toujours chiffrer le nombre de personnes à expulser, ou à régulariser, de réduire les gens à des chiffres. «Les chiffres tuent» est écrit sur une banderole du CSP. Et le fait d’empêcher certaines personnes d’entrer dans un lieu public sous prétexte de leur situation administrative, leur origine … Vichy ??? La pression pèse, il y a trois minutes pour donner une réponse car Monsieur a promis à la préfecture de répondre dans les trois minutes…

Agir dans l’urgence, vite donner la réponse. La formatrice et l’étudiante sont même accusées d’avoir commis une faute professionnelle , car elles ne se sont pas renseignées sur la possibilité d’accueillir des personnes de l’extérieur pendant les heures de cours ! Il est si simple de mettre en avant des règles sorties du chapeau pour prouver que l’autre a tort… Nous devons donc accepter la condition de limiter le nombre de sans-papiers entrant dans le centre de formation le lendemain ! Au début M. le directeur propose 3 !!! Puis le porte-parole du CSP arrive à négocier la présence de 20 personnes… «Allez, je vous l’accorde», qu’il a dit d’un air condescendant le M. qui détient le pouvoir !

Tous ont donc donné parole, et bien que ça donne à certains des envies de désobéissance assez pressantes, cette parole sera tenue par les sans-papiers.

Le jour J, le CSP fait une marche jusqu’au centre de formation, mais arrivés à 20 mètres de celui-ci, seuls 20 d’entre eux entreront dans le lieu de l’exposition, alors que les autres repartiront d’où ils viennent !

Cependant pendant la journée, le directeur pédagogique viendra vérifier que nous ne le narguons pas avec plus de sans-papiers que prévu, il viendra donc les compter … mais il n’ira pas jusqu’à leur demander leurs papiers, non, beaucoup plus simple : il comptera les Noirs !!! Et il en comptera plus que 20, bien entendu, car parmi ceux-ci il y a également des personnes suivant des formations, ou des membres du personnel ! Puis il viendra ensuite faire des remontrances au porte-parole ayant donné sa parole : «Vous n’avez pas joué le jeu Monsieur…
! »

Petite précision non négligeable : il n’y avait pas de nombre limité pour les personnes extérieures au centre de formation, juste pour les sans-papiers…

Suite aux divers échanges ayant eu lieu précédemment, ce fameux directeur pédagogique vient voir la formatrice pour lui annoncer : «Vous savez, le réchauffement climatique fait fondre la banquise
» Pour ceux qui n’auraient pas compris, tant mieux, nous aussi on a eu du mal !

La Griffe du Social no 19, octobre-novembre 2009
Bulletin des travailleurs sociaux du syndicat CNT santé-social
et collectivités territoriales de la région parisienne.

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yoms 19/08/2010 14:34



quel collabo  ! Il semblerait que le petit flic dans la tête des gens soit de plus en plus puissant....