Le poison policier / Pauvre liberté / Récapitulatif des crimes nécessaires au contrôle des frontières

Publié le par la Rédaction

Le poison policier

 

«Notre société ne doit pas se tromper de cible : ce sont les délinquants et les criminels qu'il faut mettre hors d'état de nuire» a déclaré Brice Hortefeux, après la condamnation de policiers pour violences aggravées et faux en écritures publiques.

 

Rien de plus étonnant que de voir l'État frapper ses propres ouailles. Hortefeux peut s'être ensuite fait taper sur les doigts par certains collègues UMP, l'ensemble de la législation sur la police est claire : il doit leur être porté un respect et une obéissance sans faille, car ils sont dépositaires de «l'autorité publique», ou agissent «dans l'exercice de leur fonction», etc.

 

Récemment le journaliste américain Glenn Greenwald, notant les abus de pouvoir grandissants de l'État américain, qui «vont trop loin», remarquait malgré tout qu'en premier lieu, l'État est justifié à «mettre les gens en cage», mais que les gens n'avaient pas ce pouvoir. Ce déséquilibre est «normal», mais il doit être surveillé et ne pas se développer trop pour devenir tyrannique.

 

Ce poison policier originel, qui se répand peu à peu, qui veut faire croire que l'État est spécialement autorisé à se livrer à certains actes, est à l'origine du genre de sentiments exprimés ci-dessus : la police devrait, par une sorte de magie inexpliquée, être immunisée des conséquences de ses actes, y compris lorsqu'elle est prise la main dans le sac.

 

Mais les bonnes intentions, la noblesse d'esprit, les codes déontologiques et autres inventions de l'état sont très loin de suffir. Justice doit être faite. C'est uniquement ce simple principe qui autorise l'état, et avec lui n'importe quelle personne ou association de personnes, à juger des affaires humaines.

 

L'État ne peut prétendre à l'autorité unique, mais seulement à des procédures qui permettent de mieux approximer le bon jugement des affaires par des êtres humains capables d'erreur. Ces procédures peuvent être répliquées, améliorées, amendées, etc. par des tribunaux indépendants qui reconnaissent le droit à la liberté avant les ordres de la bürokratie.

 

Ce n'est donc pas le fait du port de l'uniforme. Le policier a des devoirs devant la justice des droits de l'homme, avant d'avoir des obligations devant ses supérieurs, car chacun est tenu par cette justice première, supérieur comme subordonné, avant toute autre loi ou décret que des êtres humains ont pu écrire et voter.

 

S'il faut admettre une quelconque «autorité publique», à laquelle chacun devrait obéissance et respect, c'est certainement celle de la justice véritable. Trois CRS passant à tabac un réfugié sont autant des criminels, et doivent autant être stoppés et arrêtés sur le champ, que trois skinheads faisant de même.

 

 

La police française, illustrée par Brice Hortefeux

 

 

Pauvre liberté

 

«Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le Maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit.» — Jean-Baptiste Lacordaire.

 

Dans son livre sorti en plein débat sur l'identité nationale (preuve que tout était arrangé), Pour la Nation, Éric Besson avance que si les frontières étaient abolies, un tel afflux de travailleurs nous envahirait, que notre système social ne pourrait tenir longtemps. Il sort ensuite la citation ci-dessus pour appuyer son propos qui, si elle se méprend, a le mérite d'exprimer de manière concise la pensée dominante.

 

De manière générale, comme il a été expliqué au premier numéro, il est peu probable qu'un afflux de migrants suive l'abolition des frontières. On peut également soupçonner que, du fait que la frontière elle-même n'est pas naturelle, qu'elle n'est qu'une ligne imaginaire sur une carte, si afflux il doit y avoir, nous le voyons dès aujourd'hui. La France, au bout du compte, est un morceau de la Terre comme un autre, plus poreux qu'une passoire.

 

Néanmoins l'idée plus profonde persiste, que l'État nous protège de l'oppression des plus forts. La réalité est différente. L'oppression ne vient pas automatiquement de la différence des conditions de vie, bien que cela y joue. Elle vient surtout de l'impuissance des faibles, organisée et maintenue par la même «loi» qui prétend les défendre.

 

Avant d'être les esclaves des capitalistes, les ouvriers et les travailleurs sont empêchés d'organiser leur propre indépendance. La Commune de Paris s'est soldée par le massacre de 80'000 personnes. L'économiste Franz Oppenheimer, dans son livre L'État, explique que la surface de terre vierge disponible est si grande qu'il est impossible de comprendre pourquoi quiconque ne vivrait pas simplement de celle-ci, au lieu de s'appauvrir au bénéfice d'autres que soi.

 

C'est-à-dire, impossible à comprendre, s'il régnait une véritable liberté, et non pas, cette fameuse «liberté» de se vendre au patronat, «liberté» pré-réglée par des conditions obligées de pauvreté pour la plupart des gens.

 

C'est dans ces circonstances que l'oppression du pauvre par le riche doit être comprise : le pauvre n'a pas d'autre choix, par la loi, que de se vendre au plus offrant. La loi n'affranchit pas, elle ferme les portes, et ensuite, fournit une armée d'esclaves à une certaine classe enrichie artificiellement, par le pillage et le meurtre, par la conquête et la colonisation, et en France, à travers l'esclavage direct.

 

Le chemin à prendre est clair : liberté totale oui, y compris de migrer, y compris de pratiquer toute forme de travail que l'on souhaite, sur la terre ou pas, individuel et collectif, avec ou sans accord des autorités, avec une solidarité telle que le patronat apparaîtra comme la classe vampirique et parasitique qu'elle est réellement ; une classe inutile et criminelle.

 

Liberté, égalité, fraternité, c'est malheureusement un slogan qu'il reste encore à appliquer. Pauvre liberté, acculée de fautes qui ne sont pas les tiennes, mais celles de la fausse autorité capitaliste !

 

 

Récapitulatif des crimes nécessaires au contrôle des frontières

 

Tous les mois, nous ferons un récapitulatif des crimes commis par la police et les travailleurs municipaux pour rendre la vie insupportable aux migrants et militants qui demandent à faire usage de leur droit à la liberté, nonobstant les ordres de la bürokratie.

 

Seront donnés le nombre «d'arrestations» recensées. La quasi-totalité du temps, les personnes arrêtées sont relâchées. C'est parce que les protections procédurales empêchent les autorités de fourguer sur le champ qui elles veulent dans des avions. Nous n'en sommes pas encore là, mais ça va devenir plus simple avec LOPPSI 2. Les arrestations, puisqu'elles ne sont pas justifiées par des lois valides, constituent dans le droit des enlèvements et des séquestrations. Elles sont multipliées chaque jour pour harceler les migrants.

 

Également mentionnées, les destructions et autres dégradations d'affaires personnelles et de matériels, les vols des mêmes choses, les fouilles abusives par des membres du sexe opposé, les agressions physiques, les agressions et les menaces verbales, l'aspergement de gaz lacrymogène.

 

La police est consciente qu'elle ne peut pas immédiatement faire partir les migrants, elle se livre donc à des tactiques de harcèlement mesquines. Dans le passé, cela a par exemple consisté pour les CRS à mettre du gaz lacrymogène sur le point d'eau à côté de l'ancienne jungle pachtoune. Aujourd'hui, la PAF conduit à toute vitesse dans la cour de Africa House, et réveille tout le monde avec leurs phares, sans faire d'arrestation.

 

Ces crimes sont connus, mais rarement poursuivis. Les rares fois où ils l'ont été, les affaires ont été classées sans suite, ou les procureurs ont fait traîner jusqu'à ce que «l'action soit éteinte». Il faut également rappeler que ce ne sont que les crimes que nous avons pu relever, que les preuves indubitables sont rarement présentes, et que leurs auteurs sont donc assurés de vivre tranquillement.

 

Recensées entre le 17 décembre et le 21 janvier

 

Au moins 148 affaires d'enlèvements et de séquestrations, 6 affaires de destructions de biens privés, 10 affaires de vols de biens privés, 7 affaires d'agressions physiques, 1 affaire de fouille abusive, 2 affaires d'agressions verbales, 5 affaires d'aspergement de gaz lacrymogène, 9 affaires de harcèlement moral, et 3 affaires d'arrestations abusives.

 

Ce sont donc, plus de 191 crimes commis impunément par les forces de police sur Calais, en un peu plus d'un mois, en application des ordres bürokratiques. Le détail des évènements peut être trouvé sur le site de Calais Migrant Solidarity.

 

Sans Frontières no 3, février 2011.

 


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