Le grand sabordage

Publié le par la Rédaction

 

Les directions syndicales ont, le jeudi 21 octobre, délibérément sabordé le mouvement qui commençait à paralyser l’économie du pays. En repoussant les journées nationales de lutte au 28 octobre et au 6 novembre, elles ont programmé l’épuisement et la fin du conflit en sacrifiant ceux qui, dans les raffineries et ailleurs, continuaient les blocages.

 

Si elles ont réussi leurs manœuvres, en complément de celles de l’État, c’est parce que le mouvement n’avait cultivé aucune force autonome, aucun contenu recelant quelque puissance, quelque rêve d’autre chose. Là aussi, malheureusement, il y a eu blocage.

 

On a très peu parlé de ce que signifie réellement la «retraite», dans ce mouvement. C’est une des raisons de l’échec. Car la retraite sous sa forme actuelle — tout le monde le sait — n’est pas si désirable : la sortie de la vie active (qu’était donc cette vie dont il faudrait sortir ?) conduit tout doucement d’abord puis très brutalement vers l’isolement, la sur-médicalisation, la dépendance en tout, jusqu’à la maison de retraite : la mort avant la mort. C’était le moment de mettre tout cela sur la table pendant ces blocages, pour commencer à imaginer autre chose. Mais la peur de l’avenir est paralysante, à tel point qu’elle empêche de penser le présent, de le remettre en cause.

 

Les directions syndicales ont un rôle à jouer dans le théâtre politique moderne et dans la rue, comme opposition apparente et comme butoir : «Il faut savoir arrêter une grève !» Pour ces faux culs, il était hors de question de bloquer l’économie. D’où ce sabordage hypocrite, mené de main de maître.

 

Et c’est comme cela depuis plus de cinquante ans, pour le bon plaisir des Thibault, Chérèque et autres gens en place, que nul ne déboulonne. Tant qu’il en est ainsi, l’échec est d’emblée programmé.

 

Pour combien de temps ?

 

Communiqué de La Lanterne rouge
Saint-Nazaire, 28 octobre 2010.
Indymedia Nantes.

 


Publié dans Colère ouvrière

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