Le Caire : Un peu d'air pur

Publié le par la Rédaction

 

«“La révolution ou la mort”, ce slogan n’est plus l’expression lyrique de la conscience révoltée, c’est le dernier mot de la pensée scientifique de notre siècle. Ceci s’applique aux périls de l’espèce comme à l’impossibilité d’adhésion pour les individus. Dans cette société où le suicide progresse comme on sait, les spécialistes ont dû reconnaître, avec un certain dépit, qu’il était retombé à presque rien en France en mai 1968. Ce printemps obtint aussi, sans précisément y monter à l’assaut, un beau ciel, parce que quelques voitures avaient brûlé et que toutes les autres manquaient d’essence pour polluer. Quand il pleut, quand il y a de faux nuages sur Paris, n’oubliez jamais que c’est la faute du gouvernement. La production industrielle aliénée fait la pluie. La révolution fait le beau temps.»
La planète malade (1971).

 

 

A breath of fresh air

 

For almost two weeks now Egypt has been gripped by a rapidly changing political landscape, triggered by protesters taking to the streets on January 25 in what has been dubbed a youth-led revolution.

 

 

The streets of Cairo, and other major cities throughout the country, have been overwhelmed by an unprecedented number of citizens taking to the streets in protest.

 

But the political landscape is not the only change to be noticed. The escalation of these protests led to a halt of the country’s economy in the past few days. With factories shutting down, the stock market suspended and Egypt’s workforce on hold as the revolution continues unabated, Cairo in particular witnessed a dramatic change in its skyline. For the first time in ages Cairenes were greeted with clean air and clear skies each morning.

 

Air pollution has been a serious issue for Cairenes in recent years. Reports by the World Health Organization (WHO) indicate that the air pollution in downtown Cairo alone is between 10-100 times what is considered to be a safe limit.

 

Cairo is in the  company of other cities like Mexico City, Bangkok, San Paulo and Delhi, considered to be among the worst in the world in terms of air pollution.

 

Of particular concern is the fact that the dispersion factor — meaning how fast the pollutants in the air are dispersed — is low, due to a combination of meteorological factors, thus increasing the severity of our exposure to air pollution as evidenced in particular during the yearly “Black Cloud” season. During this season the burning of rice straw by farmers serves to compound the air with pollution at a time when the dispersion factor is at its lowest due to thermal inversion, whereby a warm air cap forms over Cairo. This air cap neither rises nor dissipates, trapping the air pollution, rather than allowing it to disperse.

 

Another study conducted by the World Health Organisation (WHO) claimed that the average Cairene ingests more than 20 times the acceptable level of air pollution per day. A 2002 World Bank report estimates that pollution causes USD 2.42 billion worth of environmental damage each year, about five percent of Egypt’s annual Gross Domestic Product (GDP).

 

On a normal day the main sources of air pollution in Cairo include its 12,000 factories spread throughout various areas in and around the city, alongside approximately four million cars circulating its streets daily.

 

With the country’s economy on hold the past few days these sources of pollution have been halted, giving people a breath of fresh air to their enjoyment.

 

As the authorities have been attempting to restore a sense of normality to the capital, with banks opening for the first time for a week on Sunday, and workers gradually returning to work, it seems that the clean air and blue skies of Cairo will, sadly, be a short-lived phenomena.

 

Leur presse (Hoda Baraka,
Al-Masry Al-Youm), 7 février 2011.

 


Publié dans Internationalisme

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qbgqb 14/02/2011 14:58





L'armée égyptienne ne fait pas que promettre la réalisation de vagues idéaux libéraux.


- L'armée a évacué à coup de matraques les occupants de la place Tahrir, hier, dimanche 13 février. (Elle a réussi là où la police de Moubarak avait échoué) Et elle continue aujourd'hui
apparemment.
- L'armée a promis de réprimer durement les vastes mouvements de grève qui ont débuté la semaine dernière dans de nombreux secteurs.
- Derrière l'image de neutralité qu'elle s'est forgée, l'armée a participé à l'arrestation, la détention et parfois à la torture de centaines voire de milliers de protestataires au cours de ces
20 derniers jours.


Certains appellent cela une révolution, une victoire du peuple ; il faut être aveugle pour ne pas y voir un coup d'État réalisé en douceur. Les premiers symptômes ne trompent pas !


Depuis l'arrivée de Nasser (qui était issu de l'armée, de même que Moubarak) l'armée joue un rôle très important dans la politique et l'économie du pays. Les officiers supérieurs détiennent
d'innombrables entreprises dans l'armement, le BTP, le tourisme, le pétrole, le textile... Certains généraux ont profité de leur place privilégiée pour bâtir de grosses fortunes. On comprend
mieux leurs intérêts et leur menace de réprimer sévèrement les mouvements de protestation des travailleurs et l'action des syndicats.


L'armée a également soutenu explicitement la contre-réforme agraire qui a jeté des centaines de milliers de paysans sur les routes et qui ont ensuite été remplir les bidonvilles du Caire et
d'Alexandrie - elle a même parfois joué un rôle directement répressif contre ces paysans qui luttaient contre l'avènement de la nouvelle hégémonie des grands propriétaires terriens au cours de
ces 15/20 dernières années.


Le régime de Moubarak n'était que la structure politique et policière qui permettait le maintien de cette mainmise économique sur l'Égypte. La domination était double. Moubarak a été le fusible
à faire sauter pour conserver intact le reste du système. Aujourd'hui ce sont les mêmes personnes, le même milieu, qui demeurent au pouvoir. La particularité de la nouvelle donne est que cette
« bourgeoisie-militaire » se retrouve en plus aux commandes de l’Etat.


Mais l'armée ne pourra sans doute pas conserver le contrôle direct du pouvoir politique en raison des pressions populaires et internationales qui demandent un respect des valeurs démocratique.
L'instauration officielle d'une dictature militaire parait être un scénario peu probable (même si dans les faits leur pouvoir est déjà et restera énorme). L'armée se contentera donc de placer à
la tête de l'État quelqu'un qui se chargera de continuer à défendre ses intérêts. Bien sur les généraux ne sont pas les seuls à avoir en jeu de gros intérêts économiques : par conséquent les
conflits et les tractations du jeu démocratique qui s'annonce n'auront pour enjeu réel que la meilleure défense des intérêts des différentes classes économiquement dominantes (armée,
propriétaires terriens, patronat « indépendant », entreprises étrangères puissantes). Toutes les autres idées utilisées dans le débat ne seront que de la poudre aux yeux : des arguments
idéologiques chargés de masquer les véritables enjeux de la possession du pouvoir politique.