Le 8 mars comme tous les matins...

Publié le par la Rédaction


Comme tous les matins, A. se lève à 6h30, prend sa pilule contraceptive et son cachet pour maigrir. Peu importent les effets nocifs des médicaments sur son corps, c’est à elle seule de gérer sa contraception et vivre grosse c’est bien trop dur pour ce monde normé. Comme tous les matins, B. va préparer le petit déjeuner pour ses enfants avant de les emmener à l’école et de partir au boulot. Elle pense déjà aux tâches ménagères qui l’attendent après sa journée de travail. Comme tous les matins, C. choisit avec attention ses vêtements : petite jupe et talons hauts, elle a un déjeuner important avec des clients aujourd’hui. Comme tous les matins, D. serre les dents avant d’affronter son supérieur hiérarchique qui ne manquera pas de jeter des regards insistants dans son décolleté. Comme tous les matins, E. fait ses exercices de maths seule à la maison. Elle a été exclue du collège car elle porte le voile. Comme tous les matins, F., travailleuse du sexe, rentre du taf. Elle a encore évité un contrôle de la brigade des mœurs entre deux clients. Elle en a marre d’être considérée comme une criminelle. Comme tous les matins, G. maquille ses bleus. Comme tous les matins, H. prend un café dans un bar et hésite entre les toilettes pour femmes et les toilettes pour hommes.

Comme tous les jours, nous subissons le sexisme quotidien, des violences physiques les plus graves aux comportements rabaissants les plus subtils, en passant par les normes et règles de conduites nous dictant comment être «LA» femme, celle des magazines, celle des pubs, celle des films, celle des imaginaires masculins, celle de la famille modèle, celle du 8 mars…

Car après amnésie historique le 8 mars oscille maintenant entre journée de la bonne conscience patriarcale et prétexte commercial, entre blabla politicien et distribution de roses dans les magasins. Mais on peut rappeler qu’à la base «journée des luttes des femmes», le 8 mars s’ancre au début du XXe siècle dans des manifestations et grèves de femmes ouvrières et des revendications féministes pour l’égalité des droits. Et ce 8 mars, en parcourant la ville, on pouvait constater qu’un millier d’affiches féministes aux slogans enragés avaient recouvert les murs de Grenoble : «Rêve de princesse, vie de cauchemar», «Non, c’est non», «Range ta bite au placard», «Contre l’oppression de la grosseur», «Queer attack», «Féministe tant qu’il le faudra», «Marre d’être ta bonne, j’me barre avec Simone», etc. Trois grandes banderoles ont également été suspendues : «On est fières et en colère, féministes tant qu’il le faudra», «LA femme n’existe pas, luttes féministes toute l’année», «Autonomie, plaisirs, liberté pour toutes, toute l’année». Les pharmacies ont particulièrement été prises pour cibles en tant qu’intermédiaires des industries pharmaceutiques qui imposent des normes de beauté et se font de la thune au mépris de la santé des femmes.

Car aujourd’hui on entend parler de la grande cause nationale de l’année 2010, on entend parler de «la journée de LA femme»… Mais : Parler de journée de «LA» femme, n’est-ce pas nous apprendre qu’il n’y a qu’une seule manière d’être femme ? Cette grande cause nationale n’est-elle pas portée par un gouvernement qui criminalise par des lois d’exclusion exposant encore plus aux violences les femmes stigmatisées ? Faire une «journée de LA femme» n’est ce pas une manière d’effacer des luttes féministes les 364 autres jours de l’année ? Cette journée du 8 mars n’est-elle pas institutionnalisée afin de récupérer des luttes à des fins politiciennes ?…

Pour une solidarité offensive contre le patriarcat
Nique ton père le patriarche !

Indymedia Grenoble, 9 mars 2010.






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