Le 12 octobre : Une journée décisive

Publié le par la Rédaction

Alors que l’on approche de la journée du 12 octobre, de nombreuses structures syndicales et AG de salarié(e)s ont d’ores et déjà appelé à la reconduction de la grève à partir du 13. C’est le cas à la SNCF, à la RATP, dans les transports urbains, la pétro-chimie, les ports et docks, à la poste des Bouches-du-Rhône, à la PJJ, dans plusieurs académies pour les salarié(e)s de l’éducation, dans la métallurgie de l’Isère, à la raffinerie Total de Donges, au Ministère de la Culture, au Ministère de l’Équipement et de l’Environnement, chez les marins, etc., etc. À cela, il faut ajouter le début d’un mouvement lycéen dans de nombreuses villes de province depuis le 7 octobre.

 

À ce mouvement qui se renforce, le gouvernement a répondu par deux amendements tellement ridicules qu’ils apparaissent comme des provocations : le maintien du droit à la retraite sans décote à 65 ans, à titre transitoire (pour seulement 5 ans) pour les mères de famille d’au moins 3 enfants, nées entre 1951 et 1955, ayant interrompu leur activité professionnelle pendant au moins un an (environ 25'000 mères concernées par an) et le maintien pour les parents d’enfants lourdement handicapés du droit à la retraite sans décote à 65 ans. À n’en pas douter, la journée du 12, et plus encore celles du 13 et des jours qui suivent seront déterminantes : si la grève se généralise, si elle s’étend, si on va vers un blocage de l’économie du pays, alors oui, il est possible de faire reculer le gouvernement et de lui faire retirer sa loi. Et plus encore que le maintien de la retraite à 60 ans, un tel mouvement nous redonnerait confiance dans notre force collective pour toutes les luttes que nous avons à mener. Dans bien des boîtes et des secteurs d’activité, à la revendication de la retraite à 60 ans s’ajoutent d’autres revendications comme la pénibilité dans les ports et docks, les salaires dans les magasins Monoprix de Marseille et d’Alès, la lutte contre les suppressions de postes à la Sécurité Sociale ou contre les restructurations à la Poste.

 

Face au risque d’explosion sociale, la gauche bourgeoise, par la voix de Ségolène Royal et de Mélanchon, s’est empressée d’offrir une solution de sortie de crise à la bourgeoisie : un référendum sur les retraites. Face à une colère qui gronde chez les travailleuses et les travailleurs, face à la possibilité de la riposte d’une classe, la classe ouvrière, qui tire sa force de son action collective, quel meilleur outil que l’isoloir, qui décidément porte bien son nom, pour isoler et diviser les travailleurs.

 

Et alors que de plus en plus de travailleuses et de travailleurs veulent en découdre, Bernard Thibault, le dirigeant de la CGT, se prononce contre le principe d’une grève générale. Depuis le 7 septembre, la politique de la direction confédérale de la CGT est non pas de construire un rapport de force pour forcer le gouvernement à retirer sa loi, mais de «revenir à la table des négociations». Le gouvernement ne joue pourtant pas le jeu de la négociation et éconduit même la CFDT qui, lors de son dernier congrès de juin 2010, avait pourtant accepté une augmentation possible de la durée de cotisation. Les déclarations de Bernard Thibault sur les «risques de durcissement» dont «le gouvernement serait le seul responsable» apparaissent comme une adresse à ce même gouvernement : «Regardez, notre base s’impatiente, de plus en plus de travailleurs veulent en découdre, vous avez besoin de nous, la bureaucratie syndicale, pour avoir un tampon qui permet de temporiser la lutte des classes». Mais sans réponse du gouvernement, les directions syndicales nationales ne peuvent se désolidariser complètement avec leurs structures qui «veulent y aller». Le discours de la direction confédérale de la CGT est donc de dire : «Allez-y si vous le voulez», mais sans donner de véritable plan de bataille et de perspectives vers un mouvement général. Déjà après le 23 septembre, on s’est donc retrouvé dans une situation où des AG de grévistes avaient décidé de continuer la lutte puis, voyant qu’ils étaient seuls, ont repris le travail.

 

Non, décidément on ne peut pas compter sur les directions syndicales pour mener nos luttes à la victoire. Il est fort possible que le 12 octobre, plus encore que le 23, des AG de salarié(e)s décident de poursuivre la grève. Même là où les fédérations syndicales appellent à la reconduction, il faudra tenter de mettre en place des organes de luttes contrôlés par les grévistes. Si nous décidons de partir en grève, c’est aussi à nous de définir le contenu revendicatif de notre lutte, les moyens d’action et même de la fin du mouvement, pas aux directions syndicales. Au delà des risques de manœuvres des bureaucraties, le contrôle de la lutte par les travailleurs eux-mêmes est nécessaire à la fois pour l’efficacité de la lutte et une exigence qui a toujours été portée par les communistes. Nécessaire pour la lutte car la mise en place de comités de grève, élus, contrôlés et révocables par les assemblées générales de grévistes permet d’unir travailleurs syndiqués ou non. Exigence pour nous communistes parce que nous luttons justement pour le pouvoir de la classe ouvrière et que ce pouvoir s’apprend par l’auto-organisation dans les luttes et parce que personne ne sait mieux que les travailleurs eux-mêmes quelles sont leurs revendications et personne n’est plus apte à décider des moyens qu’ils veulent se donner pour gagner.

 

Bien sûr, une fois la grève votée le 12 ou le 13 octobre, il sera nécessaire que les boîtes en lutte se coordonnent à l’échelle de la ville d’abord, nationalement ensuite si possible. Dans chaque ville et bassin d’emploi, il sera urgent d’étendre la grève à d’autres boîtes, de mener des actions communes entre boîtes en lutte, voire même de constituer une coordination des boîtes en lutte pour à la fois tenter de généraliser le mouvement et mettre en place une direction qui émane réellement des travailleurs en grève à la place des dirigeants de l’intersyndicale nationale qui n’attendent qu’un signe du gouvernement pour s’asseoir à la table des négociations et nous appeler à reprendre le travail.

 

Camille Boudjak (Initiative Communiste-ouvrière), 11 octobre 2010.

 

 

 

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