La "révolution" Cantona, sans moi !

Publié le par la Rédaction

Éric Cantona, encore un effort pour être révolutionnaire !

 

Depuis quelques semaines, Éric Cantona nous invite à faire la «révolution» en vidant notre compte en banque le 7 décembre… Simpliste et démagogique, en quoi cette idée serait-elle révolutionnaire ? En prime, la référence à Albert Spaggiari, gangster d’extrême-droite, devrait faire réfléchir les gens qui s’agitent sur Facebook.
(Voir aussi : Qui tire les ficelles de la «révolution» du 7 décembre ? - Paco, Le Post, 5 décembre.)

 

Suite à l’échec des grèves et manifestations contre la réforme des retraites, Éric Cantona pense qu’il suffirait de retirer son argent des banques pour faire chuter le système capitaliste. Une idée simple qui aurait le bénéfice d’être «propre». «On va pas prendre les armes, on va pas aller tuer des gens», explique l’ex-footballeur. Pour insister sur le caractère «pacifique» de l’opération, Cantona ajoute qu’il faut faire ça «à la Spaggiari» !

 

On a les héros qu’on peut, mais Albert Spaggiari (1932-1989) ne figure pas dans le répertoire des héros révolutionnaires ! Si vous avez des trous de mémoire, rappelons que Spaggiari est le truand qui a dévalisé la Société Générale de Nice en 1976. Le «casse du siècle» titraient les journaux. Sur les murs de la salle des coffres, Spaggiari avait écrit : «Sans arme, ni haine, ni violence». Le hic, c’est que ce gangster n’était pas Alexandre Jacob (anarchiste qui dévalisait pacifiquement les riches pour redistribuer l’argent aux pauvres et financer des journaux libertaires), ni Lucio Urtubia (anarchiste qui a tout aussi pacifiquement mis la First National City Bank à genoux en fabriquant des brouettes de fausse monnaie).

 

Très très loin de ces Robin des Bois anars, Spaggiari fut un militant de l’Organisation armée secrète (OAS), organisation terroriste d’extrême droite qui sévissait au moment de la guerre d’Algérie, avant de se lier à des groupes nationalistes. On retrouvera ensuite ce sinistre individu dans les dictatures fascistes d’Amérique latine, notamment dans le Chili de Pinochet où il était copain avec un flic responsable de l’assassinat d’un ministre de Salvador Allende à Washington… Vous avez toujours envie de la « révolution » de Cantona ?

Ce n’est donc pas parce que Éric Cantona a été le personnage central d’un film du cinéaste militant Ken Loach qu’il a été touché par la grâce révolutionnaire au sens où les exploité-e-s l’entendent.

 

Bien sûr qu’on en a marre des injustices, des violences et des destructions générées par ce système cannibale qui assassine les hommes et l’environnement. Nous aussi nous voulons la mort du capitalisme, système mafieux qui vole les pauvres pour donner aux riches. Il n’est pas question de mêler nos voix à celles des ministres de l’Économie et des banquiers qui s’égosillent contre Cantona, mais pas question non plus de laisser courir des illusions qui contribueront à décevoir encore un peu plus les gens qui rêvent de transformations sociales.

 

Supposons qu’il soit possible que tout le monde retire son argent le 7 décembre (sachant que celles et ceux qui souhaitent le plus la fin du système sont les moins fortuné-e-s). Admettons que cette action infaisable pour de multiples raisons réussisse.

 

Que faisons-nous le 8 décembre ? On garde Sarkozy, l’ami des banquiers ? On le remplace par DSK, autre ami des banquiers ? On continue à pointer au boulot et à subir les patrons ? On continue à produire et à consommer n’importe quoi ? Comment on répartit les richesses (y compris celles des footballeurs) ? On fait quoi face aux flics qui nous empêcheront d’approcher des banques, du MEDEF, de l’Assemblée nationale, de l’Élysée, des télés et radios nationales…

 

«Sans violence» qu’il dit le Cantona en oubliant de préciser que la violence est toujours du côté des maîtres du monde. Pour les opprimé-e-s, la violence n’est souvent que de la légitime défense, de la résistance.

 

Tout cloche dans ton idée, Cantona. Elle pouvait être drôle pendant une troisième mi-temps un peu trop arrosée, mais, une fois les vapeurs de l’alcool dissipées, reconnaît que tu te trompes de méthode. Puisque tu aimes le cinéma social, je t’invite à regarder The Take (de Naomi Klein) ou Nosotros del Bauen (de Didier Zyserman). En 2001, l’Argentine a connu une crise financière et économique sans précédent. Pour faire face, les travailleurs ont créé le Mouvement national des entreprises récupérées pour remettre en marche des entreprises de manière autogérée. C’est le cas de l’hôtel Bauen et de bien d’autres lieux. Voilà une piste intéressante, certes un peu plus complexe qu’un aller-retour au DAB de sa banque.

 

Si les anarchistes prônent la grève générale expropriatrice et autogestionnaire, ce n’est pas pour amuser la galerie. Oui, hachons menu le cochon ultra-libéral. Oui, bloquons l’économie (Ah, si les «camarades» de l’intersyndicale parisienne n’avaient pas volé au secours du gouvernement pendant le mouvement pour la défense des retraites…). Oui, mettons sur la paille les actionnaires, les boursicoteurs et autres vampires. Oui, créons des banques alternatives au service de projets socialement et écologiquement utiles ici et dans les pays pillés par les pays riches. Oui, inventons une société basée sur l’égalité, la solidarité, la justice. Si tu veux jouer ce match-là Cantona, on te prend dans notre équipe.

 

Paco - Le Post, 3 décembre 2010.

 

Publié dans Colère ouvrière

Commenter cet article

A.D 06/12/2010 19:39



"moi capitaliste, trop drôle!!!"


 Ventre saint gris, mais non, c'est pas ça : un capitaliste est celui qui possède du capital.


Capito ? Je veux dire : ça va comme ça ?


Je connais ces systèmes de débrouille, tant mieux si cela peut rendre service, mais ils ne peuvent se généraliser tels que, comme pour l'autogestion...qui ne peut pas se généraliser car -
pour le moment- une classe ne peut pas s'auto- gérer, s'auto-exploiter : deux classes sont nécessaires pour ce faire : les exploitants et les autres.


Du reste, faudrait peut-être se concentrer, dans mes humbles propos, sur autre chose que ce que tu es, ou pas et examiner de plus près les questions plus scabreuses, du style :  que
signifie la volonté de préserver les principales déterminations du capitalisme  ( argent, échange, activité salariée=travail, etc), tout en visant à un changement social significatif



Salutations communisses



re! 06/12/2010 17:07



moi capitaliste, trop drôle!!!


t'as jamais entendu parler du SEL et des AMAP en agriculture?


les garages associatif ou tu payes une petite somme et en échange tu as les outils et tout le matoss à disposition pour réparer ton camtar ou ta voiture!!


des exemples d'entre-aide (service était peut-être pas le bon mot) il y en a plein et c'est pas de l'anarchisme...


mais bref!!



A.D 06/12/2010 10:31



"et puisqu'on parle du fric et donc du capitalisme, il faudrait ne plus rouler en voiture puisque
voiture=carburant=total=capitalisme!! donc tu es en vélo ou a pied?"


 


Mais où vas-tu  chercher un argument de cette profondeur abyssale ?


Plus de vélo, volé... par contre toujours mes 2 jambes, merci...


Au fait : le clavier est une marchandise, l'électricité (atomique ou pas aussi), l'écran, sûrement Chinois, etc, etc...


Sérieux - autant que je peux l'être devant ces considérations- :


 D'où sortirait ce pognon ? Travail, distribution, prise au tas ?...


Tu me rends service (= tu travailles pour moi) pour tailler mes arbres, qui ne sont pas mes arbres ( à qui ?)... et je te donne du blé, du fric, du flouze, de la thune, du pognon (
combien ? , pas plus ?!, combien de ci ?, combien de ça ?), mais dis donc ! ça ressemble au capitalisme ce truc là
...NON ?


LE COMMUNISME UN MONDE SANS ARGENT, NI TRAVAIL, NI ETAT.



re! 05/12/2010 23:47



échange de service = je sais pas tailler les arbres fruitiers mais toi oui donc contre le service de tailler "mes" arbres fruitiers (je mes des guillemets puisqu'on ne peut posséder quelque
chose) et bien ou je te fais quelque chose que tu sais pas faire ou je te fille de l'argent...


et puisqu'on parle du fric et donc du capitalisme, il faudrai ne plus rouler en voiture puisque voiture=carburant=total=capitalisme!! donc tu es en vélo ou a pied?


j'avais entendu un groupe anarcho-punk parler du revenu de solidarité... donc parler de ça reviens à parler de fric donc si je suis ton raisonnement, c'est des vendu et des capitalistes?



A.D 05/12/2010 22:06



sinon pour le commentaire, les banques autogérés pour le peuple et par le peuple je voie pas ou est le mal... il faudrait que l'argent serve
uniquement à ce qu'elle(sic) aurai du être c'est à dire un échange de services entre les gens et non pas des bonhommes qui s'enrichissent sur le dos des autres...


l'argent n'est pas un problème, le problème c'est l'usage qui en est fait dans ce système!


Commentaire n°4 posté par cantonahahaha aujourd'hui à 20h17
,



les banques autogérées pour le peuple : le communisme c'est l'abolition des médiations sociales :
l'argent est une médiation sociale -et non des moindres- puisqu'il faut  se rendre à l'évidence que : l'argent n'est pas là pour des échanges de services -ça ne veut rien dire-, l'argent est
utilisé de la façon dont il peut et doit être utilisé. Je conseille fermement de lire K.MARX, même pour débutants...(Abrégé du Capital de K. MARX de CARLO CAFIERO :www.editionslechienrouge.org,
environ 10E) On voit de toutes façon que l'argent n'est pas un simple moyen de l'échange, juste à penser que cela (  le fric) se thésaurise, s'accumule, forme du CAPITAL, il est donc lui
même système. Le "système" (la reproduction) est fait de système, on ne peut pas faire comme si le système était capitaliste, parce qu'il exagère,
et qu'en virant les capitalistes qui s'enrichissent trop, en remplaçant banque du capital par banque du "peuple", ça sera bon. Non, c'est bidon, proudhonnien, interclassiste avec ça - le peuple-
(Proudhon :Il n'y a pas plus de droit à la grève qu'à l'inceste. Charming, non ?).



l'argent n'est pas un problème, le problème c'est l'usage qui en est fait dans ce système!



Est-ce qu'il est si difficile à saisir que l'usage, l'argent et le système forment une
totalité : il n'y pas d'un côté : l'argent (pur de tout usage) et de l'autre
l'usage qui en fait ( son usage pur ), comme il n'y pas d'un côté les gens et de l'autre la société ou "système", selon le même raisonnement, càd que signifient les
gens sans système et le système vide de gens ?



Il n'existe aucune différence de contenu dans la conclusion du post de Paco (Oui, ceci celà, "Oui des banques autogérées"... et puis quoi encore, Bonnot pique la caisse et Raymond y fout une bombe) et les plus pâles sociaux-démo, c'est même un peu
étonnant, mais pas trop.


C'est l'anarchisme-socialiste-ligth : tendance ON s'auto-exploitera, dans des banques, des usines, des trucs machins, vert zécolos, et ON distribuera égalitairement les bons-points,
ce ce sera le Capital sans les capitalistes, vilains, surtout si financiers -et qui dit phynance dit Goldmann ou des noms  du style...suivez mon regard , un capitalisme (sans capitalistes) de travailleurs auto-gérés, auto-élevés, auto-banqués, fliqués, and so, and
so...


Non pas une société sans classes, mais une société de travailleurs, ouste les oisifs, une patrie socialiste avec une police du peuple, pourquoi pas ?



Le SOCIALISME N'EST PAS ENCORE MORT,


LA PREUVE IL PUE ENCORE.