La répression qui vient à Genève

Publié le par la Rédaction

Genève se prépare à un samedi chaud

Manifestation contre la conférence de l’OMC, colère paysanne et votations sur les minarets : la police a dressé des barricades.

Les organisateurs attendent de 5000 à 6000 participants au cortège, la police de 3000 à 5000. Demain, Genève vivra une journée sous haute tension. L
épicentre des turbulences se situera autour de lOrganisation mondiale du commerce (OMC). Car elle accueille dès lundi 30 novembre et jusquau mercredi 2 décembre la septième session de sa conférence ministérielle. Sous le thème : «LOMC, le système commercial multilatéral et lenvironnement économique mondial actuel.»

De quoi agiter les milieux anarchistes et altermondialistes qui ont prévu une manifestation anti-OMC dès 14 heures sur la place Neuve. Depuis le début de la semaine, la police genevoise se prépare au choc. Elle monte des barricades. «Je ne peux pas vous dévoiler les effectifs ni les dispositifs pour des raisons de sécurité», tranche Patrick Pulh, porte-parole de la police.

Selon une source policière contactée par Le Matin, c
est une stratégie sécuritaire: «Seuls les pays riches peuvent se permettre dannoncer 30'000 policiers pour un match de football, ça fait partie du concept de dissuasion.»


Des slogans directs


Toujours est-il que les barricades, elles, sont clairement visibles. «Nous pourrons même compter sur des renforts du Groupement de maintien de l
ordre romand, qui réunit des policiers de différents cantons», poursuit Patrick Pulh.

Du côté de certains manifestants, la détermination est totale. «Nous essaierons d
enrayer la machine de lOMC. Un centre de convergence sera aménagé à partir daujourdhui jusquau 2 décembre, ainsi que de lhébergement, un service médical, un centre de média indépendant et un support légal», explique Action Autonome sur le site revolutionnaire.ch. Avec des slogans aussi directs que «Abats lOMC» ou «Défonce l’OMC».

La police est donc en alerte : «Nous devons assurer la sécurité de la population, l
ordre public, la gestion de la sécurité de lassemblée et la protection des personnes y participant», relève Patrick Pulh. «Lenjeu se situe au niveau du contenu et pas de la violence. Nous avons dailleurs pris contact avec la police pour quil ny ait pas darrestations préventives et quil y ait une visibilité moindre. Car lattitude de la police est déterminante pour ce type de manifestations», ajoute Alexandre de Charrière, cosecrétaire général dAttac Suisse.

Beaucoup de monde


Car la manifestation intéresse beaucoup de monde. Le monde paysan manifestera aussi d
ailleurs. À lappel dUniterre. «Nous appelons lensemble des paysans et des organisations paysannes à se mobiliser, dans le cadre de la révolte paysanne et aux côtés dune trentaine dautres organisations de la société civile, contre le sommet de lOMC qui nous prive toujours plus du droit de déterminer nos politiques agricole et alimentaire.»

S
ajoutent les votations du week-end sur les minarets et plus particulièrement à Genève, sur la liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (CEVA), qui a fait débat dans la problématique des frontaliers. Un cocktail qui risque dêtre explosif. «On sattend à tout», a glissé un policier genevois.

Leur presse (Stéphane Berney, Le Matin), 26 novembre 2009.


Manifestation pacifique autorisée

Si elle entend ouvrir les débats de lOMC à la population, la Coordination anti-OMC ninvite toutefois pas à forcer les portes du CICG. Les organisateurs appellent à une mobilisation «déterminée, colorée et pacifique», avec une forte dose de «symbolique».

«Nous ne tenions pas à défiler devant les barbelés du CICG, cela aurait fait monter la tension pour rien. En revanche, il était indispensable que les délégués du Sud puissent manifester devant le siège de l
OMC», donne comme exemple Giangiorgio Gargantini. De même, le refus des autorités douvrir les rues Basses au cortège ne braque pas les organisateurs. «Nous voulions manifester au centre et nous avons obtenu de traverser le quartier populaire des Pâquis», se réjouit le syndicaliste.

Aucun «service d
ordre» nest prévu, mais un groupe de militants «accueillera» et «accompagnera» les manifestants. «La sécurisation de la voie publique est du ressort de la police, pas des organisateurs», rappelle M. Gargantini, soulignant navoir perçu «aucun signal» laissant craindre des «débordements importants». «Le Conseil d’État partage cette appréciation puisquil a autorisé la manifestation», relève-t-il, avant dappeler les autorités à la modération : «Sil n'y a pas de provocations, darrestations préventives ou de blocages des frontières, tout se passera bien.»

Même optimisme pour les journées suivantes, durant la conférence de l
OMC proprement dite, puisque «aucune action de blocage nest prévue». Seules sont prévues des «actions symboliques» et des «visites guidées de Genève» politiquement incorrectes.

Benito Perez - Le Courrier, 26 novembre
Quotidien suisse et indépendant.


Genève : La police se prépare à la manifestation anti-OMC

Le 28 novembre, plus de 5000 personnes défileront contre la conférence de l’OMC. La police est sur ses gardes.

Dans deux semaines, Genève sera au cœur de l’actualité internationale. Du 30 novembre au 2 décembre se tient la 7e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Près de 4000 délégués et ministres sont attendus… et au moins autant de manifestants. Un grand rassemblement international est prévu le samedi 28 novembre. Dix ans, quasi jour pour jour, après les émeutes de Seattle. De 5000 à 6000 personnes devraient participer à la manifestation.

La cheffe de la police, Monica Bonfanti, s’attend à faire face à des problèmes : «Nous nous préparons depuis plusieurs semaines, confie-t-elle. Cette manifestation est considérée comme un événement à risque. Cette année, en plus, cela tombe en même temps que deux scrutins fédéraux tendus : les minarets et l’exportation d’armes.»

Des renforts policiers seront fournis par d’autres cantons. D’après un cadre de la police, «il n’y aura pas d’arrestations préventives, mais des contrôles pour vérifier si des personnes ne se promènent pas avec l’attirail du parfait casseur». Les émeutes de 1998 contre l’OMC et de 2003 contre le G8 sont encore présentes dans les mémoires genevoises.

Contre une libéralisation tous azimuts

D’Attac au Parti socialiste genevois en passant par les syndicats, la Confédération paysanne et le Forum social lémanique, entre autres, une trentaine d’organisations suisses et internationales signent l’appel à manifester. Elles entendent protester contre la libéralisation des services publics et du marché de l’agriculture ainsi que contre la politique de l’OMC, qui a conduit à la crise économique et écologique actuelle. Entre 100 et 200 délégués de mouvements et ONG du monde entier viendront participer à des forums et débats, avant d’aller à Copenhague pour la Conférence internationale sur le changement climatique. Ils seront accueillis par le Conseil administratif de la Ville de Genève.

Mais des groupes plus radicaux appellent aussi à défiler, avec des slogans tels que «Détruisons l’OMC !» Des sites anarchistes et autonomes en Grande-Bretagne ou en Allemagne relaient l’appel. De quoi inciter les autorités à la vigilance.

La police et les organisateurs se sont mis d’accord sur le parcours de la manifestation, qui ira de la place Neuve aux Cropettes en passant par Bel-Air, le quai des Bergues et le siège de l’OMC à la rue de Lausanne. En revanche, pas question de s’approcher du Centre international de conférences, à la rue de Vermont, où se tiendra la réunion de l’OMC. L’accès au périmètre sera restreint, ce qui promet d’être chaotique au niveau du trafic. La police mettra à disposition de la population une ligne verte pour les renseignements pendant la durée de la conférence.

Pour éviter les débordements, la coordination anti-OMC va organiser son propre service d’ordre. «Mais les choses se passent plus sereinement qu’avant le G8 ou la manifestation contre le Forum de Davos de l’hiver dernier, souligne la porte-parole Maria Casares. Les médias et les autorités ne peignent pas le diable sur la muraille.»

Leur presse (Tribune de Genève), 19 novembre.

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