La police travaille le Premier Mai

Publié le par la Rédaction

Berlin/1er mai : la police sur les dents


La police berlinoise était sur les dents aujourd’hui, à la veille des traditionnelles manifestations du 1er mai, craignant des affrontements dans la capitale où pas moins de 41 défilés étaient prévus, dont ceux de lextrême gauche et de lextrême droite.


Quelque 5800 policiers, dont des renforts venus dautres régions, y compris de Bavière, dans le sud du pays, étaient mobilisés, soit près de 800 de plus que lan dernier.


De violents affrontements étaient survenus entre la police et des centaines «dautonomes» dextrême gauche, notamment dans le quartier populaire de Kreuzberg où les bagarres du 1er mai et les incendies de véhicules sont une tradition depuis 1987.


Ces affrontements de lan dernier avaient fait près de 480 blessés parmi les policiers et sétaient soldés par quelque 300 arrestations à Berlin.


«Jappelle chacun à manifester pacifiquement, à rejeter la violence sous toutes ses formes et à clairement se distancier des casseurs», a déclaré le maire de Berlin Klaus Wowereit, cité vendredi par le quotidien populaire Bild.


Le syndicat des policiers allemands (DPolG), appuyé par le ministre de lIntérieur de Bavière, a pour sa part estimé que la législation en vigueur ne réprouvait pas suffisamment les actes de violence lors de manifestations.


«Les lois punissant de tels actes sont totalement insuffisantes», a ainsi déclaré le patron de la DPolG, Rainer Wendt, au quotidien Neue Osnabrücke Zeitung.


La police redoutait notamment une confrontation entre manifestants dextrême gauche et dextrême droite lors dun défilé prévu de néo-nazis samedi après-midi dans le quartier de Pankow, dans le nord-est de la capitale.


Les autorités redoutaient également des troubles dans dautres grandes villes allemandes, dont Hambourg, dans le nord du pays.


Leur presse (AFP), 30 avril 2010.

 

 

Comme chaque 1er mai, Berlin craint l’embrasement

 

Au Mexique, ce jour sonne la fin de la récolte des tomates et le début de lété. En Allemagne comme en France, le 1er-Mai, chômé, est celui de la Fête du travail. Mais à Berlin, depuis plus de vingt ans, cest un étrange et violent rituel qui focalise chaque année lattention. La «tradition» remonte au 1er mai 1987. Dans un contexte social tendu, le quartier de Kreuzberg devient le théâtre dune nuit démeutes entre policiers et militants dextrême gauche. La date est restée. Anarchistes et autonomes de tous bords, parmi lesquels les «black blocs», se retrouvent chaque année, le même jour, au même endroit, pour une bataille rangée avec les policiers.


Année après année, les forces de l
ordre ont pris lhabitude dencaisser et de contenir la colère des manifestants, avec des millésimes plus ou moins violents. En 2009, avec 289 interpellations et plus de 500 blessés dont une bonne moitié de policiers, les émeutes ont connu un net regain dagressivité. Voilà donc un mois que la presse nationale et locale relaie les craintes dune escalade de la violence dans la manifestation à venir. Le Tagesspiegel a même dédié une rubrique à lévénement sur son site.

 

 

«Un défi pour la ville»

De plus, cette année et pour la première fois depuis 2004, les néo-nazis ont décidé eux aussi de défiler mais dans un autre quartier, Prenzlauerberg, à l
est de la ville. Entre 1000 et 3000 partisans dextrême droite sont attendus, et ils pourraient se retrouver opposés à 10'000 contre-manifestants dextrême gauche. Un cocktail explosif qui risque à coup sûr de dégénérer, surtout si les groupes en question versent dans la provocation. Cette semaine, les militants autonomes nont pas hésité à faire monter la pression. Sur une photo reprise par les journaux, on les voit poser avec des battes de base-ball, des barres de fer ou des extincteurs devant un mur barré dun tag «Nazis, vos gueules».

Face à cette situation, Ehrhart Körting, sénateur et chargé de la sécurité intérieure du land de Berlin, ne cesse de lancer des appels au calme. Il qualifie cette journée de «défi pour la ville» et annonce la mobilisation de 5000 à 6000 policiers, provenant de tout le pays. Le sénateur s
insurge aussi contre les «touristes des émeutes» — les «Krawalltouristen» — qui sont de plus en plus nombreux à assister à cette bagarre organisée. «Il ny a pas de théâtre sans spectateurs», dénonce-t-il.

Ces scènes de bagarres répétées commencent à lasser l
opinion. «À une semaine du 1er mai, nous restons désemparés, comme nous le sommes chaque année depuis 22 ans», déplore un chroniqueur du BZ, qui se demande si «Berlin peut mettre fin au chaos». «Berlin est depuis longtemps fatiguée par ce rituel morne et désuet», renchérit un article du Tagesspiegel, qui préconise des mesures plus strictes pour endiguer la violence. «Des opérations de police massives, le recours à la vidéo, et des peines sévères et rapides contre les auteurs de violence constituent probablement les seuls moyens de pacifier le 1er mai.» Sur son site, le quotidien Die Welt sinterroge et ouvre le débat : «Va-t-il falloir rebaptiser la fête du travail en “journée des émeutes” ?»

 

Leur presse (Dorian Chotard, Le Monde), 1er mai.



Cocktail explosif à Berlin pour le 1er mai

 

Une manif aux airs de revanche qui promet samedi : affiches de déclaration de guerre de la gauche aux néonazis, opérations séduction de ces derniers en banlieue, menaces de la police…


Les préparatifs battent joyeusement leur plein dans la capitale allemande à quelques jours du 1er mai. À la berlinoise : affiches de déclaration de guerre de la gauche aux néonazis, opérations séduction de ces derniers à la périphérie de la ville, avertissements menaçants de la police. Dans chaque camp, on mobilise et on s’organise fiévreusement. Fi de l’amateurisme, la foire d’empoigne annuelle est un sport national et les enjeux ont rarement été aussi élevés.

 

 

À gauche, l’objectif est clair : réitérer l’exploit de Dresde. Le 13 février dernier, 15'000 contre-manifestants ont réussi à empêcher 5000 néonazis de défiler dans la capitale de la Saxe. Cette fois encore, une alliance de tous les partis et courants de gauche a appelé, à grands renforts de people et de slogans vibrants, à venir bloquer la manifestation néonazie prévue pour midi. Pour ne rien laisser au hasard, deux journées d’entraînements aux techniques non-violentes de blocage se sont tenues fin avril.

Côté néonazis, la déconfiture dresdoise n’est pas passée. Pour Fabian Wichmann, de l’association EXIT qui aide les anciens néonazis à se réinsérer, «Dresde a été une véritable claque et ils sont bien décidés à ne pas se laisser faire cette fois-ci». Les nostalgiques de la croix gammée savent aussi qu’ils peuvent désormais s’appuyer sur une base plus forte. Ces derniers mois, un rapprochement inédit entre les cellules autonomes des «forces libres» et le parti d’extrême-droite NPD a été réalisé à Berlin. Wichmann estime cependant qu’ils ne devraient pas réunir plus de 1000 personnes dans la mesure où d’autres «marches» sont organisées dans le reste de l’Allemagne. Qu’à cela ne tienne, les nazillons berlinois se sont offert un parcours de choix pour leur balade printanière : le quartier bobo-gaucho de Prenzlauer Berg en plein centre ville, histoire de faire monter un peu plus la sauce.

La palme de la stratégie la plus explosive revient cependant à la police. Le 22 avril dernier, le Sénateur chargé de l’Intérieur dans le Land de Berlin, Ehrhart Körting, dévoilait le lieu du défilé de l’extrême-droite tenu secret jusqu’à ce jour. Rappelant qu’il n’était pas constitutionnellement possible d’interdire les néonazis de défiler, il a cependant lui-même appelé «en tant que citoyen» les Berlinois à venir nombreux contre-manifester.

Derrière ces déclarations humanistes pourrait bien se cacher une tactique plus concrète. Les forces de police espèrent que la contre-manifestation atteigne une telle ampleur qu’elles puissent légalement décider de dissoudre le défilé néonazi pour raisons de sécurité. Lumineux mais un tout petit peu risqué. Étant donné l’état d’esprit des forces en présence et si les groupes de combat de chaque côté, le «Schwarzer Block» et les «Nationalistes Autonomes», s’invitaient à la fête, celle-ci pourrait bien rapidement tourner au pugilat.

 

Samstag night fever

En deuxième partie de journée, la rencontre police – autonomes de gauche s’annonce elle-aussi très prometteuse. Organisée tous les ans dans le quartier de Kreuzberg à 18.00, la «manifestation révolutionnaire» se finit traditionnellement, la nuit venue, en bataille rangée entre autonomes et policiers. À la veille du grand soir, l’ambiance est particulièrement électrique, la police ayant ces derniers temps régulièrement pris pour cible les activistes de gauche. Pour Elke Steven du «Comité pour les Droits Fondamentaux», «à Hambourg et Berlin, la police prétend que la violence de gauche augmente, ce qui est faux».

Le 1er mai 2009 ayant fait 479 blessés chez les policiers, Körting avait du faire face à un assaut de critiques envers sa méthode jugée trop laxiste. Jusque là, la stratégie avait toujours été de se tenir à distance de Kreuzberg et de n’entrer en force dans le quartier qu’en cas de débordements. Les déclarations récentes de Körting laissent présager d’un scénario catastrophe : les forces de l’ordre mettant dès le début les manifestants sous pression.

Berlin brûlera-t-il ?

Leur presse (Lise Ducreuil, Bakchich.info), 29 avril.

 

 

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 Lausanne & Zurich : Le 1er Mai agite toujours les casseurs, mais refroidit de plus en plus à gauche


L’organisation de la Fête du travail crée des divisions parmi les forces de gauche, notamment à Zurich et à Lausanne. Face à la problématique des casseurs, qu’en est-il de la force de mobilisation de cette tradition ?


Cherchent-ils à fuir le 1er Mai ? À la veille de la grande réunion des travailleurs, seul un municipal zurichois sur neuf est présent à son poste : le libéral-radical Andres Türler. Cette désertion a de quoi intriguer dans une Ville dirigée par une majorité rouge-verte et dans laquelle le 1er Mai a une longue tradition. Ruth Genner est à Shanghai pour l’inauguration de l’Exposition universelle. Les autres ? Certains sont en vacances, les derniers ne sont pas encore entrés en fonction après les élections de mars dernier. Or sur les rives de la Limmat le rendez-vous peut être à haut risque.


À Zurich, la tradition de la Fête du travail est forte d’une histoire longtemps mobilisatrice. L’insurrection des jeunes au début des années 80 a revitalisé la manifestation syndicale. Or, depuis une dizaine d’années, le 1er Mai à Zurich fait souvent d’abord parler de lui pour ses émeutes : la «Nachdemo» qui suit les rendez-vous officiels, ses dégâts matériels et les réactions des forces de l’ordre éclipsent les revendications syndicales. Résultat, l’UDC réclame de manière chronique la suppression de ce jour férié.


Au sein des organisateurs non plus, l’ambiance n’est pas des plus sereines. Le comité du 1er Mai, qui se charge des manifestations parallèles au défilé, a choisi un slogan controversé : «Moneypulation. Verlieren wir die Beherrschung», formulation ambiguë qui peut passer pour une invitation à perdre tout contrôle. Certains syndicats déplorent cette provocation, «irresponsable» : «Depuis plusieurs années, nous nous efforçons de clairement séparer notre démarche de celle des casseurs, nous avons revu notre défilé pour éviter l’amalgame «1er Mai = violence» et pour réorienter l’intérêt des médias sur nos revendications», explique Remo Schädler, responsable Unia. De son côté, le mouvement d’extrême gauche Revolutionär Aufbau, bras politique du Black Block, convoque indirectement via son site pour un 1er Mai sur la Paradeplatz, «symbole de l’arrogance du pouvoir financier», évitée par le défilé officiel.


Le malaise dépasse Zurich. À Lausanne, les syndicats Unia et SEV ainsi que le Parti socialiste ont jugé opportun de se retirer du comité du cortège, entre autres par crainte des débordements. Justification d’Aldo Ferrari, responsable d’Unia : d’autres priorités accaparent cette année les forces à disposition. «Il a fallu se battre pour la votation de mars sur la loi sur la prévoyance professionnelle. Nous ne pouvions être présents sur tous les fronts. De plus, ce 1er Mai est un samedi, jour de repos des travailleurs.»


Des politiciens absents, des représentants syndicaux en conflit ou qui préfèrent s’abstenir… Que reste-t-il du 1er Mai ? Unia Suisse refuse de se focaliser sur des cas présentés comme des «exceptions». «Dans la majorité des lieux, tout se passe sans encombre et la mobilisation a crû ces dernières années», insiste Nico Lutz, porte-parole. L’un des thèmes de cette année est «Non aux bonis et aux profits pour les nantis». Il continue : «Le 1er Mai reste la journée des travailleurs avant d’être celle des politiciens. Tant que nous les mobilisons loin à la ronde, nous atteignons l’essentiel.»


La popularité de ce rendez-vous, né à la fin du XIXe siècle suite à une grève sanglante aux Etats-Unis, ne suit pas une évolution linéaire, estime pour sa part l’historien du travail Bernard Degen. Plutôt qu’un phénomène de progression ou de régression, un chaud-froid incessant, moins lié aux péripéties électora­les qu’aux thématiques abordées ou à la situation des travailleurs étrangers. Ceux-ci forment en effet la grande proportion du cortège. L’an dernier, 12 '000 personnes ont participé au défilé à Zurich, trois fois plus qu’en 2005.


Les échauffourées aussi ont déjà un lourd passé. Dans les années 1930, des représentants de l’extrême droite ont cherché à instrumentaliser cette date. Au début des années 1960, les tensions avec les travailleurs étrangers ont parfois dégénéré. Et les manifestations parallèles existent depuis longtemps. Mais ce qui est nouveau, c’est la composition des blocs qui défilent en marge. Ils sont difficiles à cataloguer, mélanges de hooligans, de militants d’extrême gauche et de casseurs, souvent sans motif politique.


À Zurich, le comité 1er Mai refuse de «capituler», malgré la position de repli de certains syndicats. «S’ils ont choisi de plier l’échine face aux vandales, c’est dommage ; nous ne voulons pas faire de même», explique Anna Klieber. «Le symbole d’une journée de rassemblement, pacifique, comme plate-forme de revendication, doit survivre.»


Le ton est similaire à Lausanne, dans la bouche du syndicat SUD et de son leader, Aristides Pedraza, engagé dans le défilé. «Le comité a demandé les autorisations et pris les contacts habituels pour que la manifestation puisse accueillir toutes les personnes qui veulent affirmer leur volonté d’égalité sociale. Les syndicats, même divisés, doivent faire preuve d’offensive. Nous assumons ce que font nos gens sans devoir assumer ce que font les autres.»


Leur presse (Anne Fournier, Le Temps), 30 avril.



Lausanne : Le cortège du 1er Mai volé aux socialistes


Demain, les socialistes et les principaux syndicats ne participeront pas au traditionnel cortège. Comment l’extrême gauche a-t-elle réussi à s’emparer de la manifestation ? Explications.


Le 1er Mai 2010 n’a pas fini de marquer la gauche vaudoise. Pour la première fois, les socialistes et les syndicats les plus importants ne participeront pas demain à ce cortège, sur fond de brouilles. Extrême gauche et milieux alternatifs ont joué un drôle de tour aux roses en réussissant à s’emparer de l’organisation de la manifestation lausannoise. Du coup, les socialistes ont décidé de quitter le cortège. Du jamais-vu, de mémoire de militants déboussolés, pour une guerre avant tout politique, où la question sécuritaire passe au second plan.


La première fois depuis 1890


Demain, les roses, Unia et d’autres grands syndicats se contenteront de tenir des stands en ville. Une solution de repli qui déçoit Cesla Amarelle, présidente des socialistes vaudois. «Le cortège est une valeur symbolique de notre culture politique.» L’affaire est même historique, comme le constate Olivier Meuwly, historien radical et auteur du livre Les partis politiques. «Depuis toujours, les socialistes vaudois ont fait du 1er Mai une date importante pour leurs revendications. Aloys Fauquez — un de leurs pères fondateurs, même si son rôle reste controversé — appelaient à manifester ce jour-là déjà en 1890, dans son journal Le Grütli

 


En 2009, les socialistes avaient subi une première humiliation de la part des milieux alternatifs. «De voir notre conseiller d’État Pierre-Yves Maillard empêché de parler a choqué de nombreux membres de nos organisations», explique Olivier Barraud, président de l’Union syndicale vaudoise. Si l’ancien syndicaliste a pu tout de même tenir son discours, avec l’aide de quelques ouvriers remontés, l’affaire a laissé des traces. Pire affront, cette année les organisateurs du défilé du 1er Mai voulaient officiellement interdire aux municipaux socialistes de prendre la parole. «C’est tout de même incroyable de vouloir museler le premier parti de gauche du canton», s’insurge Cesla Amarelle.


Forcément, la version des organisateurs et des manifestations est différente. Ils affirment vouloir redonner au cortège du 1er Mai ses lettres de noblesse : celle de la lutte syndicale, avec des slogans qui s’annoncent durs pour les patrons et les autorités lausannoises. La défection des roses est raillée. «Les socialistes vaudois se prétendent être les plus à gauche de Suisse et ne participent pas à la Fête du travail, c’est tout de même étonnant», s’étonne Josef Zisyadis, conseiller national La Gauche, qui sera cependant simple manifestant samedi.


Entourloupe démocratique


Comment la gauche de la gauche a réussi à prendre le pouvoir au sein du comité d’organisation du 1er Mai ? En réussissant à faire entrer dans les séances tout une série d’associations, avec chacune une voix lors des votes. Résultat : les Kurdes de Lausanne, avec leurs deux associations, pesaient deux fois plus qu’Unia ou que les socialistes lors des votes. Au final, les roses, incapables d’imposer leur point de vue, notamment dans le domaine de la sécurité, ont claqué la porte.


Si ces dix dernières années, le cortège du 1er Mai a laissé parfois des tags ou brisé quelques vitrines, il a surtout provoqué d’innombrables dégâts politiques. De ce côté-là, le cru 2010 est déjà exceptionnel. Les socialistes ont bien l’intention de pas laisser passer cet affront des partis à leur gauche. 


Leur presse (Mehdi-Stéphane Prin, 24 Heures), 30 avril.

 


Publié dans Colère ouvrière

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