La pacification sociale, c'est l'assassinat !

Publié le par la Rédaction

Pourrions-nous encore nous duper ? L’image trompeuse de la paix sociale se tache de sang. Dans lombre de la course habituelle des choses, lordre prédominant exige une vie après lautre. À present, les lois et ses représentants révèlent assez clairement ce qu’ils étaient depuis toujours par essence : des assassins au nom de l’État. Pendant que les gens flânent apathiquement le long des rues commerciales, un homme se fait tuer lors dune tentative de déportation à Zurich. Au milieu des insignifiances quotidiennes, avec lesquelles les médias nous bourrent, en Bochuz (VD) les matons laissent étouffer un détenu rebelle dans sa cellule brûlante. Près du Fribourg les flics tuent un mec de 18 ans, suspecté davoir volé une voiture, par plusieurs coups de feu dans une embuscade. Mais le rythme monotone du monde du travail ne laisse guère le temps pour réfléchir sur de tels événements. Peu de temps après, deux hommes de plus meurent, cette fois dans une prison de Zurich et de Schaffhouse. Chaque mort en prison est un assassinat, parce quelle est provoquée par une violence extérieure qui se pose au-dessus de nous. Et si ce nest pas la matraque dun maton, cest lexistence réduite à quelques mètres carrés. À Pfäffikon se pend un homme de 40 ans, qui était en prison pour vol. Une personne de plus est grièvement blessée par un feu dans sa cellule. À nouveau un réfugié tombe de la soute dun avion.

 

Et tout ça, ce ne sont que les choses, qui ont surpassé les murs et les medias pendant les trois derniers mois ici en Suisse…

 

Les mesures politiques et juridiques avec lesquelles on prétend soccuper de tels «malheurs», ne servent quà maintenir la paix sociale. Pourquoi sengager encore dans cette duperie qui ne fait rien que nous empêcher de transformer la rage en révolte. En révolte contre cette course bien trop habituelle des choses… La prison, cest la torture, là il ny a pas de question. Et la société qui en a besoin ? Qui accepte et justifie de tels assassinats ?

 

 

Nous ne les avons pas connues, ces personnes, mais nous connaissons les conditions sociales dans lesquelles ils étaient indésirables. Nous connaissons la société qui construit des prisons pour faire respecter les lois, pour exclure les facteurs perturbateurs dans le propre fonctionnement de léconomie et, enfin, pour protéger les riches et puissants de ceux qui décident à se réapproprier le vie quon nous arrache chaque jour. Car ce nest pas seulement dans les prisons ou en confrontation avec les flics que des gens se font tuer, aussi ceux qui sont bloqués dans cette société sans issue sont constamment gardés au minimum de la vie. Les prisons mettent simplement en évidence une condition qui se manifeste partout, si nous osons lui faire face : Dès notre naissance nous purgeons nos devoirs face à lordre règnant. À lécole, au travail, devant les rayons des marchandises … et avec chaque tentative dévasion on nous menace de serrer la laisse. Une telle société basée sur des contraintes ne nourrit que notre mépris — et notre envie dattaquer ! Nous nattendons rien delle. Nous ne lui devons rien. Qu’est-ce qui pourrait nous lier à elle ? Une vie sans substance ? Ce que cette société nous impose nous dégoûte. Ce quelle nous offre ne nous intéresse pas. Tout changement possible reste à nous-mêmes. La lutte pour la liberté doit être menée au-delà de la légalité. Pour cela il sagit de trouver des complices. Pour cela il sagit de nommer lennemi. Les institutions responsables de lenfermement et de loppression ont un nom, un visage et une adresse…

 

Nous ne voulons pas oublier les assassinats innombrables, pas avant que la dernière prison et le dernier bâtiment administratif soient écrasés ; pas avant la destruction de cette machine, qui est de moins en moins maintenue par consentement mais par lhabitude. Les fausses séparations entre légal et illégal, citoyen et immigré, habitant dun HLM et prisonnier, travailleur et voleur, toi et moi ne servent quà nous empêcher à nous rencontrer en tant quindividus qui se reconnaissent comme opprimés. Parce que de telles rencontres peuvent nourrir la détermination de sopposer là où nous discernons cette oppression. Elles pourraient nous inciter à oser la rêverie pour oser aussi la lutte. Elles pourraient enfin insuffler force à la vieille idée selon laquelle cest avant tout la révolte contre tout contrôle de nos vies qui nous permet dexpérimenter la liberté.

Dès le moment où nous pouvons imaginer vivre ensemble sur la base dentraide et dune sensibilité anti-autoritaire au lieu des containtes et de lexploitation ; dès le moment où nous pouvons imaginer un monde sans prisons, et donc une vie qui nous appartient — avec la totalité des conflits et passions —, dès ce moment, nous avons la possibilité de la réaliser vraiment !

 

Tract distribué à la manif de Fribourg
Indymedia Suisse romande, 14 juin 2010.

 


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