La meilleure retraite, c'est l'attaque !

Publié le par la Rédaction

 

Ce n'est qu'à deux doigts de la tombe que ce monde tolère de lâcher enfin ses précieux travailleurs. Ils partent alors de la boite où ils étaient, un peu tristes parfois, puisque ce trou était devenu l'essentiel d'une «vie», et, juste avant cette petite boite où ils finiront, on leur accorde gracieusement un pourboire pour services rendus, une miette, un crachat. La retraite.

 

Pourtant personne dans ce monde «libre» n'avait vraiment choisi cela. Personne n'a choisi son travail, personne n'a choisi ce qu'il allait produire, personne n'a choisi de travailler ou non, personne n'a choisi si ce qu'il allait faire allait servir à quelque chose, un truc défendable, un truc utile.

 

La nécessité de le faire s'est pourtant imposée presque partout, à coup de loyers à payer, de défaites, de marchandages syndicaux, de retours à la normale, ou de tirs dans la foule, de bouffe, et de couches à acheter, de procès et de répressions. Troquer plus de la moitié de sa vie, de son unique vie, contre un peu d'assurance. Et un peu plus. Et encore un peu plus, c'est comme ça qu'on se fait avoir.

Le «un peu plus», qui avec les siècles est devenu l'écran plasma, l'abonnement untel, la promo machin, le pourcentage truc. Tout ça pour finir comme toutes les bêtes de la terre. Et voir l'assurance et le confort prendre leur vrai visage, quand le vernis des promesses s'écaille. Voir la réalité de la vie qu'on se fait, ici, maintenant. Solitude, isolement, course poursuite, et puis par exemple ces vieux pauvres qui crèvent sans que personne n'en perçoive rien que l'odeur sous la porte de palier. Des cancers, ces «un peu plus» ; suffit de regarder autour de soi ce que ce monde produit vraiment, infailliblement. Des cancers. Des cancers à ceux qui bossent, des cancers à ceux qui attendent dans la peinture au plomb de bosser, des cancers à ceux qui bouffent et qui respirent, et maintenant des cancers qu'on exporte, sous forme enrichie, comme simple conséquence de l'énergie dont on a besoin pour en produire d'autres, des cancers, encore. On est calme, vraiment calme avec ça. On voit bien que les syndicats, délayant tout dans un temps trop long, tentent de juguler ce qui pourrait leur échapper (assemblées sauvages, manifestations hors-limites), quand ce ne sont pas les manifestants eux-mêmes qui, tentant de rester légitimes et responsables face à une opinion qui n'existe qu'à la télé, restreignent à l'essentiel toutes ces autres inquiétudes qui leur courent dans la tête.

 

La retraite ? Non : l'avenir, la société, la politique, le vivant éclaté. C'est qu'il n'y a pas cinquante solutions. Se mettre à défendre ce qu'il nous reste de vivant, et l'étayer un peu, ou continuer d'encaisser jusqu'à ne plus être rien, même pas aussi efficace que des machines. Il y a ce type qui, dans le siècle dernier, a écrit que les désirs du pauvre le mènent souvent à la prison. Oui, c'est ce qu'on voit dans un tribunal, c'est ça qu'on appelle la justice. Mais plus sûrement ces désirs, fabriqués et raffinés par un système qui n'a que ça pour croître, l'amènent à faire des conneries. C'est-à-dire à les fabriquer, ces conneries, à les vendre, et à les acheter ensuite avec l'argent gagné. Les payer une fois de sa sueur et une fois de sa paye, c'est ça le cycle du travail. À quelle connerie peut-on encore participer, comme ça, par habitude ? Un jour, vous verrez il faudra partir en guerre, s'exploser la gueule les uns contre les autres. L'horreur arrive comme ça. Pendant ce temps, meneurs d'hommes ou leaders d'opinion prennent à la télé un air affairé et soucieux. Conscients, mais responsables. Allez, ce qu'on nous agite au loin devant les yeux pour nous faire rentrer dans nos mouroirs, c'est rien que de la quincaillerie, c'est rien qu'un endormissement cotonneux avant de crever.

 

Un tract comme un astre dans une manif.

 

Le Cri no 31, décembre 2010.

 


Publié dans Colère ouvrière

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