La France bloque un "train de la dignité" venant d'Italie - Vintimille, 17 avril

Publié le par la Rédaction

Immigration : la France bloque un «train de la dignité» venant d'Italie

 

Les autorités françaises ont temporairement bloqué dimanche le trafic ferroviaire en provenance d'Italie afin d'empêcher l'arrivée à Menton (Alpes-Maritimes) d'un «train de la dignité» à bord duquel se trouvaient des militants et un nombre indéterminé d'immigrants tunisiens.

 

 

«C'est une question politique», a expliqué Maurizio Furia, porte-parole des chemins de fer italiens. «La décision a été prise au niveau gouvernemental», a-t-il précisé au téléphone à l'Associated Press. La RAI a diffusé les témoignages de militants pro-migrants à Vintimille, dont ceux du collectif Welcome, dénonçant le blocage frontalier français et promettant de passer par tous les moyens, y compris à pied.

 

L'Italie a décidé début avril d'accorder aux réfugiés tunisiens parvenus sur son territoire des titres de séjour leur permettant de circuler librement dans les pays de l'espace Schengen. Mais le ministre français de l'Intérieur Claude Guéant s'est vite rendu le 8 avril à Rome pour avertir l'Italie qu'il revenait à chaque pays de vérifier si les conditions de la convention de Schengen sont remplies, notamment l'article 5 du traité qui prévoit la possession de ressources financières et de papiers d'identité. «Il ne suffit pas d'avoir une autorisation de séjour en Italie pour venir en France. Il faut encore que les personnes titulaires de cette autorisation aient des documents d'identité et qu'elles aient aussi des ressources. C'est le droit européen», a martelé M. Guéant. «S'il n'y a pas de ressources régulières, nous raccompagnerons les personnes titulaires de cette autorisation de séjour en Italie.»

 

Leur presse (AP), 17 avril 2011.

 

 

 

 

La France bloque l'arrivée d'un train de militants et d'immigrés tunisiens

 

La France a fait annuler dimanche tous les départs de trains de la ville italienne frontalière de Vintimille vers la Côte d'Azur, au moment où un «train de la dignité», transportant des migrants tunisiens, devait traverser la frontière, ce qui a suscité la colère de Rome.

 

Le ministère italien des Affaires étrangères a fait transmettre par l'ambassadeur italien à Paris sa «ferme protestation» à Paris et a réclamé des «éclaircissements» après ce blocage «unilatéral» de la circulation ferroviaire.

 

Le «train de la dignité» aurait dû partir à 13h17 pour Nice (sud-est de la France), avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes militants des droits de l'Homme, des Français mais surtout des Italiens venus de diverses villes, qui n'avaient pas caché leur intention d'accompagner en France des immigrés tunisiens. «Italiens, Français et migrants, ensemble, défieront les blocages gouvernementaux pour ouvrir les frontières, garantir le libre accès au territoire européen, et rappeler qu'aucun être humain n'est illégal», avaient-ils annoncé dans un communiqué.

 

Mais en mi-journée, tous les trains régionaux vers la France étaient annulés. À l'opposé, les convois venant de Nice et à destination de l'Italie étaient arrêtés en gare de Menton, obligeant les voyageurs à se rendre en taxi à Vintimille pour poursuivre leur voyage. Vintimille est la dernière ville italienne avant la frontière française et l'un des principaux points de passage entre les deux pays. «Tous les trains on été annulés jusqu'à nouvel ordre par la préfecture des Alpes-Maritimes, jusqu'à la dispersion des manifestants», a indiqué à l'AFP un contrôleur français présent dans la gare.

 

 

Indignés, environ 200 manifestants italiens et français se sont regroupés en cortège, aux côtés de nombreux immigrés tunisiens, pour crier leur colère dans les rues de Vintimille. Scandant «liberté», «liberté», les manifestants ont tenté de se rendre devant le consulat de France mais en ont été empêchés par des carabiniers. Les militants ont alors décidé de s'installer au soleil en occupant les voies. «Nous sommes tous des clandestins !», ont crié en boucle les Européens, sympathisant au fil des heures d'attente avec les jeunes Tunisiens venus eux aussi réclamer sur l'air des lampions leur droit à circuler librement en Europe.

 

Majouri, un pêcheur en mer originaire de la ville tunisienne de Sfax, tenait fièrement une banderole. Arrivé, il y a un mois à Lampedusa, le jeune homme de 28 ans compte déjà à son actif trois tentatives d'incursion en France, deux à pied et une en train. «Dès qu'on nous ramène en Italie, nous sommes immédiatement libres», précise-t-il. «Je ne pensais pas que ça serait bloqué en Italie pour aller en France. Hier soir, la police italienne m'a donné des papiers temporaires. Je ne comprends pas», soupire-t-il. «On finira par y arriver !», lui dit son ami Rabir, en sortant son «titre de voyage pour les étrangers», un élégant document de carton vert foncé, délivré par la République italienne et un permis de séjour sous forme de carte électronique orangée.

 

Rome a décidé d'octroyer des permis de séjour temporaire de six mois aux plus de 20.000 Tunisiens arrivés sur ses côtes depuis janvier, pour qu'ils puissent rejoindre «amis et parents» en France et ailleurs en Europe. Paris s'est irrité de cette initiative, exigeant que les migrants possèdent aussi un passeport et des ressources suffisantes.

 

«Cette frontière devrait être ouverte, c'est un déni de démocratie», proteste Neva, d'un bureau d'aide aux étrangers à Bologne (nord-est). «Même les Italiens ne peuvent pas circuler librement en Europe. Les Européens n'existent pas !», renchérit Wilma, une militante venue de Padoue.

 

Vers 17h30 locales (15h30 GMT), les manifestants se sont dispersés et ont quitté la ville, pour certains en bus, mais la circulation des trains restait interrompue.

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 17 avril.

 

 

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