L'Italie veut traiter ses manifestants comme des hooligans

Publié le par la Rédaction

 

Les dernières manifs étudiantes en Italie n’ont pas plu au Cavaliere. Après avoir échappé à une motion de censure mi-décembre, Berlusconi et ses ministres préparent une arme secrète qu’envieraient Sarko et sa bande à Paris. L’idée est d’appliquer à l’activisme politique et syndical le même traitement qu’aux tifosi, les supporters de foot.

 

Depuis l’année dernière, pour écarter ses hooligans les plus violents — qui sont souvent les plus fachos —, Rome a mis en place une «carte du supporter» (tessara del tifoso), obligatoire pour se rendre au stade tous les dimanche. Pour l’obtenir, il faut d’abord montrer patte blanche : la police fouille dans ses fichiers et la moindre trace de violence aux abords d’un stade, même datant de plusieurs années, peut suffire pour lui refuser la carte.

 

La proposition du gouvernement Berlusconi, après que des manifs aient dégénéré à Rome ces derniers jours, serait donc d’appliquer ce même principe d’interdiction préventive avant toute manifestation publique. Ceux qui sont réputés trop «violents» — grâce, au préalable, à un minutieux fichage «à la Edvige» — seront assignés à résidence… Gérer les manifestants comme des hooligans, voilà une idée qu’elle est bonne !

 

Lorsque cette «carte du tifoso» s’est mis en place au début de la saison 2009-2010, les Anglais y ont vu des similitudes avec ce qu’avait institué Margaret Thatcher dans les années 80, après de nombreux débordements des hooligans british. Pour se rendre au stade, il fallait obtenir une carte obligatoire qui garantissait que le supporter n’était pas fiché comme dangereux. Le même principe a été retenu en Italie, et toute personne qui s’est vue un jour notifier une interdiction de stade — DASPO pour Divieto di Accedere alle manifestazioni SPOrtive — peut dire adieu à sa tessara… La loi a été préparée en 2008 par le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni (Ligue du Nord).

 

C’est ce même personnage qui met aujourd’hui autant d’efforts à étendre ce dispositif anti-hooligans aux manifestants, rapporte La Repubblica. Ou plutôt, Maroni trouve «intéressante» la proposition de son sous-ministre, Alfredo Mantovano, d’appliquer le principe Daspo à toute manifestation publique… «Le Daspo fonctionne très bien pour les stades. Je pense que le modèle est transposable», a-t-il dit le 18 décembre. Un projet de loi devrait être déposé au Sénat prochainement.

 

Le lendemain, les manifestants — essentiellement des étudiants qui s’opposent à un projet de loi sur les universités — avaient un bon motif de protestation : «Non siamo ultras col Daspo violate i nostri diritti» («Nous ne sommes pas des hooligans – la Daspo viole nos droits !») lisait-on sur les banderoles. Un autre slogan jouait sur les mots : «Siamo tutti inDASPOnibili» («Nous sommes tous InD(i)SPOnibles»).

 

Pour un groupe d’intellectuels de Parme, ce type d’arrestations préventives destinées à renforcer l’ordre public est non seulement une aberration mais il viole aussi allègrement plusieurs articles de la Constitution italienne. Notamment les articles 16 et 17 sur les libertés de circulation et de réunion, et bien sûr la présomption d’innocence (article 27, «toute personne accusée est considérée comme innocente jusqu’à l’issue de son procès (…)»).

 

Numero lambda, 25 décembre 2010.

 


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