L'insurrection qu'on vit

Publié le par la Rédaction

 

L'Europe entre dans une nouvelle phase historique : celle de la guerre sociale à moyenne intensité. 
Depuis l'automne 2010, tous les pays d'Europe occidentale sont entrés dans une phase d'instabilité sociale à long terme.

 

Lundi 13 décembre, Londres flambe.

Mardi 14 décembre, Rome flambe.

Mercredi 15 décembre, Athènes flambe.

 

L'enchaînement spectaculaire et évènementiel de ces trois journées historiques marquent soudain au grand jour le symptôme d'une guerre sociale latente qui sévit depuis des décennies.

 

Avant cela, de septembre à novembre  2010, les journées de grève générale se multiplient en Europe : l'Espagne paralysée avec Barcelone fer de lance des émeutes et de la guerre sociale de haute intensité ; le Portugal ; la Grèce ; la France où le mouvement social de cet automne fut d'une ampleur malgré tout plus forte, plus radicale et plus offensive que celui du printemps 2006 dit «anti-CPE» ; les luttes radicales, antiautoritaires et massives contre les convois Castor notamment en Allemagne ; Les émeutes en Suisse et à Amsterdam pour la défense des squats ; les contre-sommets qui, depuis Copenhague, entraînent occupation militarisée de la ville par toutes les polices possibles pour défendre les quelques chefs d'État et leurs réunions internationales ; etc. etc.

 

Depuis une décennie au moins, les mouvements sociaux nationaux s'enchaînent, se durcissent et se radicalisent un peu partout en Europe et commencent à s'élargir et s'européaniser en réseaux transfrontaliers et solidarités actives. Face à cela, les États nationaux militarisent à grande échelle et à vitesse accélérée leurs polices qu'ils homogénéisent tant dans leur armement que dans leurs tactiques et leurs formations.

 

La Grèce fut le premier pays à percer au grand jour la carapace de la paix armée capitaliste dans la durée, depuis l'assassinat du jeune Alexandros en décembre 2008.

Maintenant, les squats anarchistes et autonomes se sont multipliés dans toutes les villes grecques, et servent de bases locales d'organisation et d'entraînement où des personnes de toutes les classes sociales, de tous les horizons, de tous les âges et de toutes les origines écrivent des textes, impriment des journaux, fabriquent des banderoles renforcées, s'entraînent au combat rapproché contre la police anti-émeute, construisent des nouvelles formes de vie collective, autogèrent des quartiers entiers, occupent les mairies, etc.

 

Si la guerre sociale est la seule réalité authentique au sein de la société totalitaire-marchande et de la machine capitaliste-spectaculaire, ce n'est que depuis peu qu'elle s'ouvre au grand jour comme l'insurrection qu'on vit, ou plutôt des insurrections qui se vivent, comme autant de frondes offensives locales, nationales et transfrontalières, qui parviennent à déstabiliser l'État et l'ordre social-répressif dans la durée.

 

L'État joue également son rôle dans cette nouvelle mise à nue de la guerre sociale, ne pouvant pas faire autrement que ratifier et promulguer des lois antisociales dans tous les secteurs et à toutes les échelles. Et il n'a pas le choix, ce n'est que la suite logique pour permettre à la machine capitaliste de se maintenir dans ses rouages économiques et sociaux. Dès lors, l'État fait un choix : celui de devenir le bras armé local, aux échelles nationales, pour assurer la bonne marche forcée de la précarisation généralisée, d'où des stratégies préventives et contre-insurrectionnelles qui se veulent homogènes et globales pour détruire et éradiquer tout foyer de vie et de lutte qui se construit, ce où que ce soit en Europe et dans le monde.

 

Fermeture des hôpitaux, fin des CDI, fermeture des écoles et des lycées, privatisation des universités, casse de la sécurité sociale et de toute protection sociale en général, gel voire baisse des salaires, hausse des prix, casse des conditions de travail, frein à tout accès à l'emploi, conditions de vie toujours plus précaires et misérables, licenciements de masse, casse de la fonction publique et du service public, sonnent comme un écho logique et irréversible avec la surveillance des chômeurs, le nouvel armement de la police, la hausse de la vidéosurveillance, le contrôle des médias et l'accroissement de la censure, la mise en illégalité de la grève dans son effectivité pratique, le tout-sécuritaire notamment à l'encontre des sans-papiers, les camps de rétention, la fermeture des frontières, la complexification de la bureaucratie sociale, la répression et la criminalisation systématiques et acharnées des mouvements sociaux, le flicage du net, la destruction des lieux de vie alternatifs, etc. etc.

 

Bientôt, la seule réalité sociale commune et au grand jour sera la guerre sociale mise à nue, à comprendre comme guerre totale et sans merci entre l'État et ses sbires ainsi que l'ordre insitutionnel-spectaculaire et les réseaux de lutte autonomes et antiautoritaires, les réseaux de nouvelles forces de vie en lutte contre la survie sociale. Chacun veut l'éradication physique et totale de l'autre. C'est la guerre entre le Pouvoir et le Désir, celui d'un autre monde, d'une autre vie. Mais d'un autre monde à réaliser dans le présent, d'une autre vie à construire localement.

 

Qui, sinon nous ?

Quand, sinon maintenant ?

Où, sinon partout ?

 

Ce nous n'est pas identitaire, ni figé ni fermé, il est plusieurs, multiple, affinitaire, pirate, anonyme, éphémère, invisible, quelconque, fédéral, autonome, vivant.

 

Un climat s'instaure. Dans toute l'Europe.

Pour l'instant, cela reste un climat d'instabilité sociale à long terme.

Progressivement, cela devient un climat d'agitation généralisée à long terme, comme guerre sociale passant de basse à moyenne intensité.

Bientôt, cela sera un climat révolutionnaire de bouleversements sans précédent de guerre sociale à haute intensité.

Les prochaines années verront sûrement émerger et se concrétiser des guerres civiles européennes, comme guerres insurrectionnelles généralisées.

 

Dès lors, les «masses» de «gens», de «lambdas», de «citoyens-consommateurs», verront la guerre sociale comme unique réalité s'imposer à eux.

Dès lors, d'ici peu, la question s'imposera à tous : QUI EST L'ENNEMI ?

Percevoir, admettre, assumer et prendre position individuellement et collectivement dans la guerre sociale en cours sera la question qui s'imposera à tous.

C'est une question humaine plus que politique. Grève humaine, sabotage humain, occupation humaine, blocage, pillage, autodéfense, réappropriation, bande, groupe affinitaire, insurrection de vie.

 

D'où le fait que l'Etat en appelle déjà à la délation comme devoir civique, à travailler toujours plus, à accepter la totalitarisation militaro-sécuritaire comme un bien, car lui-même pose la question à chacun : choisit ton camp, l'insurrection active ou la contre-insurrection (encore) préventive. Choisit ton camp : celui de la vie libre, joyeuse, désirante, affinitaire et horizontale ou celui de la survie sociale, de la sécurité, de la peur et du pouvoir.

 

Dans cette guerre ouverte, nous avons déjà créé de nouveaux moyens de communication, un nouveau langage, des nouvelles positions politiques et éthiques.

 

Car dans cette fronde insurrectionnelle généralisée, nous ne revendiquons rien, nous ne quémandons rien, nous n'attendons ni n'espérons rien, nous n'acceptons ni tolérons rien de la part de nos ennemis. La perspective même du Pouvoir, comme idée de pouvoir et de propriété, d'État, de police, de prison, de frontière, de spectacle, est l'ennemi.

 

Comment et à quelle vitesse chacun va se réapproprier la perspective de guerre sociale, qu'impose l'État et que nous assumons ? C'est une vraie question, et essentielle.

 

Lorsque la question de la prise de position généralisée se concrétisera partout, nous aurons atteint un premier pallier de climat révolutionnaire.

Pour beaucoup, c'est un point de départ assumé. Pour plus encore, c'est un point d'arrivée contraint.

 

Par rapport à cela, les trotskystes et certaines franches libertaires s'auto-proclament «avant-garde».

Or, c'est à chacun de se réappropier individuellement et collectivemment cette prise de position inéluctable, nous n'avons pas à «expliquer», «plaire», «attendre», comme médiateurs entre État et forces de vie autonomes en lutte contre l'État. Nous assumons cette guerre et développons nos forces de frappe et outils d'émancipation et de réalisation comme armes essentielles, immédiates et locales contre nos ennemis. Sans pour autant n'avoir ni un esprit d'«avant-garde» ou de «médiateurs», ni pour autant un esprit identitaire et fermé.

 

De nouvelles questions tactiques et stratégiques sont à prendre à bras le corps. Ce qui est déjà en cours.

 

Nous sommes les quelconques, les anonymes, les visages et regards masqués, des individus sans identité ni appartenance sociales revendiquées. Nous sommes nos propres représentants, nous n’avons ni guide ni mythe à suivre ou chercher, nous ne nous fions qu’à nos capacités propres.

L’insurrection est permanente, jaillissante, partout, invisible, affinitaire.

D’où notre force.

 

À l'insurrection de vie qui se vit, à l'insurrection qu'on vit —

Solidarité, rage et courage. Ce n'est qu'un début…

 

guitoto - lundi 20 décembre 2010.

 


Publié dans Colère ouvrière

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hindou 20/12/2010 23:53



http://www.grapheine.com/bombaytv/movie-fr-4ac518a9049180514d8a2c6a82429298.html



bis repetita 20/12/2010 23:46



C'est une manie de l'auteur de pondre chaque année un texte qui annonce l'insurrection comme imminente ? L'année dernière c'était déjà L'insurrection qu'on vit.


Du coup je me permet de signaler un texte qui tente de décrypter le fétichisme de l'insurrection : L'insurrectionnalisme qui vient