L'association Antigone perquisitionnée par la gendarmerie

Publié le par la Rédaction

 

 

Le mercredi 9 décembre 2009, l’association Antigone [Antigone est un café-bibliothèque-librairie associatif auto-géré situé au 22 rue des Violettes à Grenoble, lieu d’accueil et de ressources pour les groupes, réseaux, collectifs, associations de Grenoble et d’ailleurs. On y organise des évènements politiques et des temps plus festifs dans le but d’agiter les esprits et les individus autour de pratiques politiques et artistiques.] a subi une perquisition de la gendarmerie dont les motifs implicites restent encore aujourd’hui obscurs. Nous entendons par le présent communiqué en informer la presse et dénoncer ces pratiques.

 

Le mercredi 9 décembre 2009, les membres du bureau de l’association Antigone (présidente, trésorier, ex-trésorière et ex-secrétaire) ont subi une perquisition à leurs domiciles respectifs. La gendarmerie de Grenoble, qui opérait, a également perquisitionné le même jour les locaux de l’association au 22 rue des Violettes, à Grenoble. Ces perquisitions simultanées ont duré entre trois et six heures.

 

Le prétexte à cette intrusion policière ? Une plainte pour «injures et diffamation» déposée par deux journalistes du Dauphiné Libéré. L’objet incriminé : deux articles anonymes postés sur Indymédia Grenoble [Indymédia est un site d’information alternative ayant pour but de permettre la diffusion d’une information libre et autonome.] au mois de mai 2008 à propos de manifestations lycéennes. Les journalistes en question ont considéré que les propos tenus dans cet article portaient atteinte à leur intégrité. Nous laissons chacun-e en juger [ Article du 19 mai 2008 ; Article du 27 mai 2008.]. En tout cas le procureur de la République en a été convaincu, et c’est pourquoi il a déclenché une enquête.

 

Quel lien entre Antigone et cette affaire ? Les enquêteurs de la gendarmerie, mandatés par une commission rogatoire émise par un-e juge d’instruction grenoblois-e, sont partis à la recherche du «responsable» du site Indymédia sur lequel ces articles ont été publiés. Faisant chou blanc dans leurs investigations auprès des hébergeurs, ils se sont dirigés vers un certain nombre d’individus et de groupes grenoblois publiant régulièrement sur Indymédia ou censés être en lien étroit avec. Apparemment, ils se sont mis à ratisser large, et le fait que des soirées d’Antigone ont déjà été annoncées sur Indymédia a visiblement suffi pour que nous nous retrouvions sur leur liste !

 

Le but officiel de cette perquisition était donc d’obtenir de nous des noms. Pour ce faire nous avons évidemment eu droit à toute la panoplie du genre : questions «gentilles», puis plus pressantes ; tentatives d’intimidation ; copie des disques durs des ordinateurs et des cartes sim des téléphones portables ; fouilles dans nos documents (relatifs à l’association… ou non !), saisie de carnets d'adresses…

 

Nous avons attendu la fin de la commission rogatoire pour parler de cette affaire : ce moment est venu.

 

Nous ne saurons peut-être jamais si ce motif officiel était le motif réel, mais il nous a semblé absurde. Absurde d’aller déployer autant de moyens policiers (personnes et matériel) pour une affaire aussi mineure. Absurde d’aller perquisitionner chez des militant-es associatifs aussi éloignés du sujet de la plainte, et qui n’avaient strictement aucune information à apporter à l’enquête. Absurde enfin d’y passer des heures, et d’emporter une telle masse d’informations (personnelles ou en lien avec l’association), là encore sans aucun rapport avec l’enquête.

 

Même si sur la forme cette perquisition s’est déroulée dans le respect des règles, avec une relative courtoisie, sur le fond ce qu’elle révèle est très dur. Il nous semble évident qu’elle fait partie d’une volonté des autorités politiques, judiciaires et policières de mettre la pression sur les individu-es et les groupes qui résistent à leur pouvoir et à leur politique. On peut facilement imaginer que cette plainte a servi de prétexte pour nous montrer les dents, nous prouver qu’on nous a à l’œil, et pour glaner en passant des informations sur le milieu militant.

 

Nous ne céderons évidemment pas à ce type d’intimidation, et nous maintiendrons notre volonté de résister. Y compris face au Dauphiné Libéré, à cette presse et à ces journalistes serviles qui sont, comme le soulignaient les articles incriminés (et nous sommes a posteriori solidaires de leurs propos), non seulement les instruments mais aussi les acteurs de cet Etat autoritaire et ultra-sécuritaire.

 

Communiqué de presse, 3 avril 2010.

 


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