L'Algérie à la veille de l'insurrection ? - 8 janvier

Publié le par la Rédaction

Les quartiers huppés touchés pour la première fois par les violences

 

Les récentes émeutes en Algérie, les plus graves depuis l'ouverture politique dans ce pays en 1989, ont débordé des quartiers populaires et touché les zones huppées, selon des témoignages recueillis par l'AFP et les médias algériens.

 

 

Et les habitants et commerçants disaient samedi redouter la violence des jeunes «casseurs» qui, armés de sabres, s'attaquent aux lieux fréquentés par les couches les plus aisées de la société.

 

Les hauteurs algéroises d'El Biar ou les quartiers résidentiels de la banlieue ouest d'Alger présentaient le même spectacle de désolation que les secteurs plus populaires de Bab el Oued ou Belcourt : vitrines défoncées, magasins vidés, et bâtiments publics saccagés.

 

Dans les rues, où les services de la voirie sont intervenus rapidement pour remettre les chaussées en état, les marques noires de pneus enflammés étaient encore visibles ainsi que des pavés arrachés.

 

À El Biar, une bijouterie a été prise d'assaut jeudi soir par une quarantaine de jeunes gens qui l'ont dévalisée, selon les habitants du quartier. Ils étaient armés de sabres, et ont volé bijoux et diamants.

 

Les «casseurs», qui protestent contre le renchérissement de la vie et le manque de perspectives professionnelles dans un pays touché par le chômage, se sont attaqués à d'autres boutiques et ils ont mis à sac un restaurant, a constaté un correspondant de l'AFP.

 

Selon l'agence APS, des jeunes du quartier sont intervenus le lendemain vendredi pour interdire un nouvelle attaque contre un magasin de prêt-à-porter.

 

Ces émeutes ont incité les clients habituels des restaurants haut de gamme de ces quartiers à rester chez eux, et les propriétaires pestaient contre le manque à gagner d'un week-end de violences.

 

«Cela a coïncidé avec le week-end où nous faisons 50% de nos bénéfices hebdomadaires», s'énervait vendredi soir Sofiane, le propriétaire d'un restaurant dans le quartier de Draïra, dans la banlieue sud-ouest d'Alger.

 

De plus, se plaignait-il, «nous avons été obligés de demander à nos serveurs de se transformer en gardiens pour protéger nos biens».

 

À quelques distances, des policiers en civil étaient déployés pour protéger le siège du concessionnaire de véhicules chinois Gelly, alors que deux garages Renault ont été incendiés dans un autre secteur de la ville depuis mercredi.

 

Dans le quartier proche de Texraïne, où vivent des cadres, des jeunes manifestants ont saccagé en moins de deux heures vendredi un dispensaire et une antenne de la mairie. «Ils ont tout volé», s'est plaint le gardien au correspondant de l'AFP. «Même le fauteuil dentaire et les radiateurs ont disparu.»

 

Un habitant du quartier présent a laissé exploser sa rage : «Personne ne peut accepter cela. C'est nous les perdants.» «Je ne crois pas que ce soient les jeunes du quartier qui ont fait cela», a-t-il ajouté. «Je suis né ici et j'ai presque 50 ans et je n'ai jamais vu cela.»

 

«Même durant les événements de 88, rien n'a bougé ici», a-t-il assuré en référence aux émeutes contre la vie chère du 5 octobre 1988, peu avant l'ouverture libérale du régime.

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 8 janvier 2011.

 

 

 

 

Le pouvoir face à la rue 

 La contestation populaire prend de l’ampleur

 

Près d’une semaine après le début des émeutes, les autorités continuent à se retrancher dans un profond mutisme.

 

À l’exception de l’intervention, jeudi, devant les caméras de la télévision et les micros de la Radio nationale, du ministre du Commerce, Mustapha Benbada, qui est revenu sur les «raisons» de la flambée des prix de certains produits de large consommation, comme le sucre et l’huile, et qui, par ailleurs, a promis «un retour à la normale à partir de la semaine prochaine», aucun responsable important de l’Etat n’a encore daigné s’adresser à la population pour la rassurer.

 

Au moment où les rumeurs évoquant un embrasement général se sont répandues comme une traînée de poudre et où, à Alger, les manifestations se sont étendues jeudi soir à la station balnéaire de Staouéli où résident les principaux décideurs politiques du pays et aux nouveaux quartiers résidentiels de Draria et de Chéraga, il était pour ainsi dire impossible, hier, de recueillir un avis officiel sur la situation quasi insurrectionnelle qui prévalait dans plusieurs villes du pays. Les services de sécurité ont été très peu communicatifs concernant l’étendue et le bilan de ces émeutes que l’on explique par la cherté de la vie et qui ont pour point de départ Fouka, une petite localité de Tipasa. Tous les policiers accostés ou sollicités ont gentiment refusé de s’exprimer à la presse. Toutefois, un officier de police a indiqué sous le couvert de l’anonymat que «cette explosion sociale était prévisible depuis longtemps eu égard à la misère, aux inégalités sociales et à la chute drastique du pouvoir d’achat». «Tout cela figure dans les rapports que nous envoyons régulièrement à nos chefs», a-t-il poursuivi.

 

Aux abonnés absents

 

D’habitude, très prolixes, certains membres du gouvernement étaient injoignables durant toute la journée. Connus pour leur éloquence, le Premier ministre tout autant d’ailleurs que le président de la République sont, également, restés aux abonnés absents. Le chef de l’État qui, pour ainsi dire, vit ces derniers mois à la marge de la vie politique nationale n’a pas prononcé de discours à la nation depuis sa réélection en avril 2009. Il consacre l’essentiel de son temps à ses déplacements à l’étranger. En une année, il ne s’est déplacé que deux ou trois fois à l’intérieur du pays. Sa dernière sortie date du mois d’octobre 2010.

 

Le président de la République s’était rendu à Ouargla pour y annoncer l’ouverture solennelle de l’année universitaire 2010-2011. Puis plus rien ! Mépris ? Craintes d’attiser la colère de la population ? Mauvaise évaluation de la situation ? Difficile de savoir ce qui se trame dans la tête des principaux décideurs du pays qui semblent s’être «bunkerisés». Un constat cependant : face à ce black-out institutionnel, la colère de la population n’a fait que monter crescendo hier.

 

Les villes de l’est du pays, qui étaient jusque-là épargnées par les émeutes, ont fini par être secouées par de violentes manifestations.

 

L’ire de la population est attisée par les scandales de corruption en série qui ont éclaboussé ces derniers mois le sommet de l’État et l’incapacité du pouvoir à répondre aux besoins de la population, alors que le pays enregistre, grâce à l’exportation des hydrocarbures, des rentrées d’argent record. Comme attendu, le département dirigé par Mustapha Benbada a annoncé, dans le courant de l’après-midi d’hier, la tenue aujourd’hui d’un Conseil interministériel «pour examiner les moyens de juguler la forte hausse des prix de certains produits de large consommation enregistrée ces derniers jours». Une hausse à l’origine des émeutes. Cependant, il est peu probable que cette annonce soit suffisante pour calmer les émeutiers et une population auprès de laquelle le pouvoir «corrompu» a perdu toute crédibilité.

 

Zine Cherfaoui - El Watan, 8 janvier.

 

 

Des dizaines de blessés dans les deux camps lors des affrontements à Tizi Ouzou

 

Pas moins de 27 blessés ont été enregistrés dans les rangs des manifestants, au cours de ces dernières 48 heures, qui ont suivi le déclenchement des émeutes dans la wilaya de Tizi Ouzou, selon des sources dignes de foi. Trois d’entre eux ont été grièvement blessés.

 

 

Les forces de l’ordre, de leur coté, dénombrent 21 blessés légers parmi les agents de police. Au troisième jour des manifestations, les affrontements ont redoublé d’intensité. Les émeutes qui ont  eu comme point de départ le quartier les Genêts, jeudi, se sont propagées à plusieurs quartiers et à d’autres localités de la wilaya.

 

Des affrontements ont éclaté dans la ville d’Ain El Hammam, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Tizi Ouzou, ou les manifestants ont mis le feu à l’agence bancaire BDL (banque de développement local).

 

Dans la même journée, le siège d’Algérie Telecom et la caisse nationale des assurances sociales ont été également pris d’assaut. En plus des dommages occasionnés à l’édifice, le matériel informatique de la CNAS a été pillé.

 

À Draâ Ben Khedda (10 km à l’ouest de Tizi Ouzou), c’est l’agence de la BNA qui a été la cible des jeunes manifestants en furie. Les manifestants s’en sont pris au siège de la sûreté urbaine de Tadmaït dans la nuit de vendredi.

 

Nordine Douici - El Watan, 9 janvier.

 

 

Tizi Ouzou : Les affrontements se poursuivent

 

Les affrontements ont repris, samedi 8 janvier 2011, à travers plusieurs quartiers de la ville de Tizi Ouzou et certaines localités de la wilaya.

 

Il est midi. Plusieurs dizaines de jeunes manifestants se regroupent devant le siége de la CNEP, situé au boulevard Abane Ramdane, au centre ville. Un bac à ordure fut brûlé. Des barricades sont dressées sur la chaussée à l’aide de panneaux métalliques et de blocs de pierres. Les vitres de l’édifice ont été brisées. Quelques minutes plus tard, les forces de l’ordre sont intervenues, usant de gaz lacrymogène pour repousser les manifestants.

 

Les échanges de tirs de gaz lacrymogène, de projectiles et d’insultes entre les deux camps se sont poursuivis jusqu’à 18h. Dans le même temps d’autres foyers d’émeutes ont éclatés. Dans les autres localités, à l’image de Ain El Hammam, des heurts se sont produites dans la ville de l’ex-Michelet. Les jeunes ont barricadé plusieurs ruelles ; ce qui a suscité l’intervention de la police. Les émeutiers ont mis le feu à la banque de développement local (BDL). L’édifice a été complètement ravagé par les flammes, d’après notre correspondant sur place. Les jeunes en furie, s’en sont pris, par la suite au tribunal.

 

Dans la même localité, à 5 km du chef lieu communal, un groupe de jeunes du village Ath Bouyousef, ont bloqué la RN15 dans la nuit à l’aide de pneus enflammés. À dix kilomètre l’est de Tizi Ouzou, dans la daïra de Draâ Ben Khedda, l’agence de la banque d’Algérie (BNA) est passée à sac par les manifestants qui ont continué le long de l’après midi à harceler les brigades anti-émeute. Notons en fin, que dans la nuit de vendredi, le commissariat de la ville de Tademaït a été la cible des protestataires.

 

Les jets de pierres ont causé des blessés parmi les policiers, selon des sources locales. La rue principale de la commune de Tizi Ghénif, dans le sud de la wilaya, a été bloquée dans la nuit de vendredi, mais aucun incident n’a été enregistré.

 

Nordine Douici - El Watan, 8 janvier.

 

 

Algérie : nouvelles violences à Annaba, transformée en ville fantôme

 

De nouvelles violences dans la ville côtière d'Annaba (600 km à l'est d'Alger) ont opposé samedi manifestants et forces de l'ordre et transformé cette agglomeration de 800.000 habitants en cité fantôme, selon des sources concordantes.

 

Au moins 21 personnes ont été blessées, dont sept policiers, depuis vendredi, selon les secouristes, et la police a arrêté une cinquantaine de manifestants, selon une source préfectorale dans cette ville proche de la frontière avec la Tunisie.

 

Samedi, des jeunes manifestants ont brûlé des pneus et dressé des barricades pour barrer les accès du centre de cette métropole industrielle, ont rapporté les correspondants de presse. Et ils ont lancé des pierres contre les brigades anti-émeutes de la police, qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogènes.

 

De crainte de nouveaux pillages, les magasins ont gardé leurs rideaux baissés alors que les transports en commun étaient rares.

 

Annaba, surnommée «la coquette» pour la beauté de ses plages, offrait l'image d'une ville fantôme. Le Cours de la Révolution, principale avenue sur le front de mer, abritant des banques, des édifices publics et des représentations consulaires, faisait l'objet d'une surveillance renforcée des forces de l'ordre.

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 8 janvier 2011.

 

 


Publié dans Internationalisme

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