Journée d'émeute à Akbou (Kabylie) - 6 janvier

Publié le par la Rédaction

 

Reportage au cœur d’une émeute : «Tu vois, je n’ai qu'un pantalon rapriécé. Je n’ai rien à attendre de ce pouvoir…» 

 

Le tribunal d’Akbou, le siège de la Sonelgaz (Société nationale pour l’électricité et le gaz), la régie communale des eaux ainsi que le commissariat de police de la ville. Voilà les cibles sur lesquelles s’est déversée la colère de milliers de manifestants ce jeudi 6 janvier à Akbou, traditionnellement ville symbole, chaudron bouillant en matière d’activisme politique et capitale politique et économique de la Haute Soummam. Reportage de notre envoyé spécial.

 

 

Combien étaient-ils ? À notre arrivée à Akbou aux alentours de 16 heures, ils sont, au bas mot, près de deux mille jeunes émeutiers à assiéger le tribunal. Façades ravagées et fenêtres explosées par les jets de pierre et les cocktails Molotov, le siège, flambant neuf, du tribunal d’Akbou subit depuis le début de l’après-midi les assauts des émeutiers. À l’intérieur de l’immeuble ainsi que sur le toit, ils ne paraissent pas très nombreux ces policiers anti-émeute chargés de défendre l’institution juridique. De temps à autre, ils apparaissent aux fenêtres ou sur le toit pour tirer un coup de fusil à grenades lacrymogènes vers les émeutiers qui les assiègent. Ceux-ci se dispersent rapidement avant de revenir à la charge à la même vitesse.

 

Munis de bouteilles de bière remplies d’essence et de gravats, les jeunes émeutiers font le siège systématique du tribunal. Ils se relaient. Trois fronts, au moins, ont été ouverts. La façade principale, le mur principal et la partie arrière de l’immeuble. Les manifestants concentrent l’essentiel de leurs attaques sur ces trois fronts.

 

En première ligne, ils sont, en tout et pour tout, une centaine à se relayer à intervalle régulière. Le gros des troupes se trouve derrière. Plusieurs centaines de jeunes essaient de reprendre leur souffle ou de se pourvoir en «munitions». Bouts de trottoir ou de pierre éclatés que l’on se répartit entre amis. Ceux qui sont chargés de pourvoir «l’infanterie» en cocktails explosifs et en pierres forment la deuxième ligne. Des bouteilles de vinaigre circulent.

 

Les manifestants s’aspergent les mains et s’arrosent les vêtements avant de plaquer un morceau de tissu imbibé de ce précieux liquide sur le visage pour pouvoir contrer les effets du gaz lacrymogène et respirer un peu d’oxygène.

 

«Tu vois, je n’ai qu'un pantalon rapriécé. Je n’ai rien à attendre de ce pouvoir de m…», m’apostrophe un jeune émeutier, la vingtaine tout au plus. Il a repéré le journaliste qui essaie tant mal que bien de cacher son appareil photo sous son cache nez. En effet, son pantalon, un vieux K-way, est rapiécé mais ouvert sur plusieurs coutures.

 

Une bonne partie des émeutiers s’est détachée pour s’attaquer au commissariat de police, mitoyen de l’hôpital de la ville. Le petit bureau de poste qui jouxte le tribunal est complètement saccagé. Papiers et chèques jonchent le sol. Les émeutiers fracassent la grille de fer apposée à son entrée pour nous permettre de prendre des photos de l’intérieur. Quelques temps auparavant, des nouvelles sont arrivées annonçant que le siège de la Sonelgaz a été mis à sac et incendié. Nous nous rendons sur place pour vérifier l’information.

 

Effectivement, les murs du siège sont noircis, mais la place est déserte. Retour vers la nouvelle ville, un attroupement attire notre attention. Des manifestants mettent à sac le siège de la régie des eaux, situé non loin de la gare routière. Des tapis de papiers jonchent le sol. La nuit est déjà tombée. Des grappes de jeunes sillonnent la ville livrée aux émeutiers.

 

Les rumeurs sur l’arrivée de renforts de la police se font de plus en plus précises. Une colonne de cars blindés aurait quitté la ville d’El Kseur en direction d’Akbou. C’est «Moustache», le fameux blindé anti-émeute ouvre la marche. Les jeunes émeutiers d’Akbou se préparent pour une longue nuit d’affrontement, au moment même ou ceux de Tazmalt, une localité limitrophe, viennent de monter au front.

 

 

Climat insurrectionnel à Akbou (Béjaia) : Le siège du tribunal attaqué, le commissariat assiégé

 

Des affrontements d’une rare violence ont lieu jeudi en début de ce soirée dans la ville d’Akbou, a constaté sur place un journaliste de DNA. Le bureau de la Poste a été saccagé alors que le siège du tribunal, récemment rénové, est attaqué aux cocktails motolov. Des manifestants assiègent le commissariat de police et des affrontements opposent jeunes émeutiers aux forces de l’ordre.

 

Des centaines de personnes ont pris le contrôle de la ville dans la soirée alors que les forces anti-émeute tentent de riposter en faisant usage de bombes lacrymogènes. Des pneus brûlent dans les différentes artères de la ville livrée aux manifestants.

 

Une tension très perceptible régnait jeudi matin dans la ville d’Akbou, principale ville de la Haute Soummam et véritable carrefour politique et économique de la région. La circulation clairsemée sur la RN 26, un axe habituellement encombré de jour comme de nuit, et l’absence de camions de transport de marchandises indiquaient bien que l’atmosphère électrique que connaissait Akbou et sa région n’allaient pas tarder à accoucher d’une émeute ou d’une manifestation.

 

 

C’est ainsi que vers le milieu de la matinée, plusieurs centaines de jeunes ont organisé une marche spontanée contre la cherté de la vie après avoir dressé plusieurs barricades de fortune sur la route et enflammé quelques pneus usagés. Rassemblés au niveau du carrefour dit «Patte d’oie», non loin du parc communal, les jeunes qui ont initié cette manifestation ont sillonné une route nationale coupée à la circulation automobile jonchée de pierres, de troncs d’arbres et d’objets divers.

 

Arrivée au niveau du carrefour de Guendouza, la procession a pris le chemin de la vieille ville en passant par le rond point du Lycée Haroun Mohamed. Les manifestants, qui n’étaient qu’une poignée à leur départ, sont devenus de plus en plus nombreux tandis que se joignaient à eux de jeunes citoyens massés le long des trottoirs. À noter que tous les slogans scandés par les manifestants stigmatisaient la cherté de la vie et la récente hausse des prix de la plupart des produits alimentaires.

 

Alors que durant la journée du mercredi, plusieurs barrages de la police et de la gendarmerie étaient dressés en plusieurs endroits de la RN 26, d’Akbou jusqu’à Bejaia, il est à noter que les services de sécurité se sont faits extrêmement discrets ce jeudi. Seuls quelques policiers en civil surveillaient de loin les manifestants.

 

La route nationale no 26 a été coupée à la circulation en plusieurs endroits, notamment aux carrefours comme celui de Taharacht et Guendouza. Tout comme elle avait été coupée depuis mardi passé au niveau de la localité de Tazmalt par de jeunes lycéens d’Ath Mellikeche qui protestaient contre la hausse du prix qui a récemment touché le transport scolaire.

 

En début d’après-midi, des files de voitures ont commencé à se former au niveau des stations d’essence. Appréhendant des lendemains incertains, beaucoup d’automobilistes tenaient, en effet, à faire le plein.

 

Selon des informations que nous venons de recevoir ces toutes dernières minutes de plusieurs citoyens de la ville d’Akbou, les écoles ont commencé à évacuer les élèves alors que le rond point du Lycée Haroun, fermé à la circulation par plusieurs barricades des dizaines de pneus ont été allumés. Des manifestants commencent également à se masser non loin du commissariat jouxtant l’hôpital d’Akbou. La tension est montée de plusieurs crans.

 

Arezki Said 
Dernières Nouvelles d’Algérie, 6 janvier 2011.

 


Publié dans Internationalisme

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