Journal des étudiants de Paul Valery (Montpellier 3) - 5 novembre

Publié le par la Rédaction

Bilan et perspectives

 

En bref

 

Quoi qu’en disent les médias et le gouvernement qui les contrôle, la mobilisation continue et se durcit. À Montpellier, les étudiants des facs de lettres, sciences et droit se mobilisent et multiplient les AG. Suite à celle qui a voté le blocage à Paul Valery (UM3), un cortège étudiant de 500 personnes a rejoint la manifestation intersyndicale et interprofessionnelle qui a eu lieu le jeudi 28 octobre. Les actions de blocage et de tractage ont été multipliées et des AG se tiennent régulièrement dans tous les secteurs en lutte.

 

En France, les facultés continuent à se mobiliser et amplifient le mouvement. Une soixantaine d’AG doit avoir lieu avant la fin de la semaine et de nombreuses facs sont maintenant bloquées (Grenoble, SaintÉtienne, Le Mans, Nantes, Montpellier 3…). Une cinquantaine de facs sont actuellement mobilisées à des degrés divers et le mouvement étudiant se renforce. Une coordination nationale étudiante se tiendra ce week-end à Paris-13-Villetaneuse. En parallèle, la répression du mouvement est toujours d’actualité, avec des interventions policières à Saint-Étienne et à la Sorbonne.

 

Tous les secteurs en lutte se réunissent et organisent des actions de blocage de l’économie et d’information. Une coordination nationale des AG interprofessionnelles se tiendra à Tours ce week-end. Malgré la reprise du travail dans les raffineries et l’arrêt partiel de la grève dans certains secteurs, la colère et la contestation restent présentes et la mobilisation garde le soutien de la population. Les regards se dirigent maintenant vers les lycées et les facultés qui sont capables de relancer et d’amplifier la lutte.

 

Suite du mouvement

 

Aux yeux du pouvoir, il ne s’est rien passé et il ne se passera plus rien. Le mouvement de colère basé sur une réforme des retraites injuste est déjà enterré par le gouvernement et ses relais médiatiques.

 

Pourtant, la rentrée sociale annoncée a bien eu lieu. Les directions bureaucratiques et l’impuissance des intersyndicales n’ont pas empêché l’éclosion d’assemblées générales interprofessionnelles. Dans chaque ville des salariés s’organisent pour agir directement, au-delà des appartenances syndicales et professionnelles. Certes, aucun mouvement de grève générale sur une longue durée n’est venu entamer la morgue du pouvoir en place. Contrairement à la lutte de décembre 1995, le spectre de la grève générale ne plane pas au dessus des gouvernants. Pourtant, si les salariés ne s’engagent pas dans des grèves dures pour des raisons financières, le mouvement demeure largement populaire. Et la colère reste intacte.

 

Il n’y aura probablement pas d’explosion révolutionnaire en 2010. Mais un mouvement de longue durée s’est amorcé. Les actions se multiplient : blocages, occupations, manifestations… Les assemblées générales réunissent des étudiants, des chômeurs et des salariés dans une perspective de blocage de l’économie. Les raffineries et les transports restent perturbés. Les actions de blocage des grands axes de communications fragilisent le capitalisme qui repose de plus en plus sur un fonctionnement en flux tendu.

 

Le Medef et le patronat s’affolent déjà des coups portés au bon déroulement de la société marchande. Les pertes de profits pour les entreprises ne sont pas négligeables. Comme en 1936 ou en 1968, le patronat se précipite auprès de l’État pour exiger la fin de la lutte par des négociations.

 

Ensuite, l’irruption d’une grève générale insurrectionnelle découle souvent d’une période de forte agitation sociale. La multiplication des actions permet également à la population de prendre conscience de la capacité des individus dans le cadre d’action collective. 50 personnes peuvent bloquer une fac. Quelques centaines peuvent perturber les axes de communications. Ainsi, un mouvement qui regroupe l’immense majorité de la population peut ouvrir des possibilités bien plus importantes. Le mouvement sur Paul Valery s’approprie d’un espace de réflexion et d’organisation collective. Il ne s’agit pas d’un frémissement corporatiste mais d’une lutte bien plus large qui peut accueillir la révolte des salariés et de tous les exploités. Comme à Caen ou dans d’autres villes, un mouvement inter-catégoriel se construit. L’université Paul Valery peut accueillir cette lutte. Surtout, la population étudiante qui circule sur le campus peut et doit se mobiliser pour apporter une dynamique forte afin de lancer un mouvement d’ampleur. Si des milliers d’étudiants participent à une lutte permanente contre le capitalisme, le discours fataliste de la résignation face à l’ordre imposé ne tient plus. Puisque l’utopie méritocratique de la réussite individuelle après l’obtention d’un diplôme n’est plus crédible, il ne reste plus que l’utopie de l’invention collective d’une autre société.

 

Dans les universités, comme dans les entreprises et les quartiers, des individus s’organisent directement en s’appropriant des espaces de lutte.

 

Journal de Vole pas le riz no 1, 5 novembre 2010.

 

 

 

 

Communiqué

 

Cela fait quelques semaines que les étudiants de l'université Paul Valery (Montpellier 3) s'organisent et se réunissent afin de soutenir la lutte contre la réforme des retraites et dans une plus large mesure contre un système qui peu à peu nous prive de nos droits et libertés fondamentales.

 

La mobilisation en place au sein de l'UM3 a permis de créer un lien solidaire entre des personnes en lutte qui donnent la force nécessaire à la poursuite du mouvement. Les moyens autoritaires mis en œuvre par le gouvernement, dont les directives sont appliquées sans remise en cause par l'administration, limitent nos champs d’action. Nous sommes restreints par le biais d'une forte répression ajoutée à la manipulation de l'opinion publique, que ce soit par le gouvernement via les médias ou de façon plus directe par la présidence de l'université via des communiqués diffamatoires, envoyés à tous les étudiants, qui discréditent le mouvement et incitent à une mobilisation anti-gréviste.

 

Il est évident que la suprématie exercée par les institutions en place au sein de la société nous dérobe le droit d'exprimer une quelconque opposition face au gouvernement.

 

En effet nous avons pu constater ces dernières semaines qu'aucune de nos revendications votées à la majorité lors des Assemblées Générales n'ont été prises en compte. La Présidence de l'université ne reconnaît pas la souveraineté de l'AG et de ce fait exerce un pouvoir décisionnel autoritaire et minoritaire.

 

Suite aux nombreuses formes de répression parfois violentes telles que l'envoi des forces de l'ordre, quarante agents de la BAC, lors de l'occupation de nuit de l'Amphi A (votée à la majorité lors de l'AG) afin de nous évacuer brutalement et sans sommation, évènement qui a suscité un fort sentiment d'injustice et de révolte. Les étudiants ont voté l'occupation du conseil d'administration tenu le vendredi 29 octobre afin de faire valoir les revendications, la légitimité des décisions prises durant les AG ainsi que de demander la justification de l'envoi des forces répressives. Une fois de plus la présidence de l'université n'a pas tenu compte de nos revendications et nous a témoigné un certain mépris.

 

Le CA a tout de même eu lieu plus tard dans la journée au rectorat, rue de l'Université. La réaction de l'administration face à l'occupation s'est traduite par une nouvelle fermeture administrative (condamnation de l'amphi A) ainsi que des plaintes nominatives et conseils de disciplines dirigés de façon aléatoire contre certaines personnes mobilisées. Ajouté à cette censure autoritaire, un communiqué mensonger a été envoyé par la présidence aux étudiants afin de manipuler l'opinion et d'éveiller l'opposition aux différents mouvements de grève. Les mesures qui ont été prises cherchent nettement à éloigner toute opposition du milieu universitaire, la présidente évoque la possibilité de «sacrifier une génération d'étudiants pour montrer l'exemple», pression exercée pour soutenir l'arrêt de l'occupation qui est notre principal moyen de lutte.

 

Cependant nous pouvons constater une volonté commune de se faire entendre. Nous invitons toutes les personnes en lutte face à cette division de la société, qui s'inscrit dans une logique ultra-libérale et individualiste et qui met en danger tous nos acquis sociaux. La liberté d'expression n'est pas un droit négociable, le savoir ne doit pas être monnayable, si la faculté est une propriété privée d'État, l'État devrait être la propriété du peuple, réapproprions-nous la faculté, réapproprions-nous nos vies.

 

Communiqué du comité de mobilisation (contact)

 

 

Publié dans Colère ouvrière

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