Jean-Émile ou de l'anti-émancipation

Publié le par la Rédaction

 

Tout juste assis sur son trône, le roi Gombert investi des pleins pouvoirs en vertu de la LRU, s’en va-t-en guerre. Interrogé par le Mensuel rennais, l’héritier du devenu chevalier Gontard, paré quant à lui de la Légion d’honneur, affiche clairement son hostilité à l’égard de sujets insubordonnés.

 

 

Selon le belliqueux Gombert, «les blocages des années passées n’ont rien de marquant». Allons majesté, un peu de modestie. Dites plutôt que vous préférez oublier ces temps-là, dont beaucoup souhaitent pourtant qu’ils reviennent.

 

Afin de conjurer l’esprit de ces épisodes, vous vous gardez bien de vous remémorer, les seuls véritables moments marquants qui ont traversé l’université. L’oubli comme thérapie vous préservant tout au plus de nuits agitées par de cauchemardesques souvenirs de scènes de joie explosant à chaque vote en faveur du blocage. Nous vous imaginons réveillé brutalement par une vision nocturne s’apprêtant à précipiter cette tête au bout d’une pique. À ces agitations vous leur préférez ce rêve éveillé : votre main de fer tendu vers celles des capitalistes confondant étudiant et ressource humaine. Quels que soient vos propos sur les blocages, vous vous doutez bien que votre piètre avis n’entame en rien leurs existences passées et à venir, ni même les développements et corollaires que ces évènements permettent (assemblées générales, comités, cours alternatifs…).

 

Votre considération sur le blocage est bien similaire à celle de n’importe quel détenteur d’un pouvoir privatisé-confisqué au nom d’un titre à gouverner — qui discrédite, par la seule légitimité d’une fonction occupée, toutes tentatives d’apparition populaire de la politique. Seule cette politique-là pourtant fait vivre par son propre mouvement la démocratie absente du cours normal des choses quand le président préside, l’enseignant enseigne et l’étudiant étudie pendant que les capitalistes capitalisent en paix : chacun sa place. Maintien de l’ordre. Sachez aussi que bien des étudiants de Rennes 2, d’hier et d’aujourd’hui, garderont comme principale trace de l’université ces temps de grève. Ne vous en déplaise.

Vous déclarez aussi sur le même papier que : «Les événements de la Maison de la grève prouvent que les bloqueurs ne sont pas des étudiants. Il s’agit bel et bien de groupes extérieurs, d’agresseurs, qui entraînent la masse étudiante.» Pourtant, à notre connaissance personne ne vous a vu dans cette maison où étudiants, salariés, chômeurs syndiqués ou non se retrouvaient pour élaborer collectivement la résistance à l’annonce d’une mesure de plus à la faveur des capitalistes.

 

«D’où tirez-vous vos sources ?» s’insurgerait le prof face à l’étudiant qui pris par le temps improviserait son exposé. Pour un soi-disant universitaire vous négligez la méthode. Assurément, vous remplissez bien là une fonction de police, en définissant les contours d’un groupe extérieur à la population rennaise, indésirable, à isoler que vous qualifiez «d’agresseurs». Avec un tel discours, tenu du haut de votre rang, les agressions policières seraient la juste mesure, le traitement justifié à adopter contre une partie du peuple — celle-ci indisciplinée — qui a fait le choix de résister aux manœuvres des rois de votre classe s’accaparant pouvoir et richesse.

 

Les mauvais jours finiront Gombert et sachez que «la masse étudiante», elle-même divisée, que vous gérez, mais dont une partie vous échappe parfois, n’en finira pas de se révolter contre cette détestable subordination accrue de l’université aux lois du marché.

 

Décidemment, vous vous livrez sans retenue face au Mensuel, dans lequel nous apprenons que votre «carnet de route table sur une structuration de l’université» et que vous ambitionnez de «travailler plus au local». Autrement dit, vous poursuivez l’édifice dont les premières pierres ont été posées par Gontard fanfaronnant à propos de l’application de la LRU qui selon ses termes a «fortement modifiée notre image auprès du patronat. Nous devenons un interlocuteur majeur.»

 

En octobre 2010, le projet du devenir entreprise de l’université se concrétise davantage avec l’ouverture d’une chaire intitulée Modélisation des imaginaires, innovation et création en partenariat avec les entreprises Dassault Systèmes, Orange, PSA Peugeot Citroën et Ubisoft. Cela promet. Un pas de plus allant à l’encontre de l’idée d’un savoir autonome garantissant une réflexion et des gestes critiques à l’égard de ce monde sous tutelle capitaliste.

 

Inscrit dans votre époque, Gombert, au côté des contre-pieds de l’émancipation, fidèle à la restructuration de cette économie avilissante postfordiste dans laquelle l’intégration du travail cognitif devient l’un des enjeux majeurs. De ce point de vue, l’entrée massive à l’université d’éléments extérieurs, ne vous pose pas de problème, pourvu que ceux-ci proviennent du monde économique et des entreprises, en étant nommés par vous-même au sein des Conseils d’administration.

 

C’est donc en toute logique que la Maison de la grève, dont des étudiants de Rennes 2 ont participé au processus constituant, vous fait horreur. Probablement aussi du fait que les grévistes de ce lieu occupaient les anciens locaux de vos camarades de la CFDT… tout un  symbole.

 

Savourez paisiblement le commencement de votre règne…  jusqu’à la prochaine fronde.

 

Le comité de liaison
universitaires-précaires, 21 janvier 2011.

 


Publié dans Éducation

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